"Défense de Photographier"

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"Tous ceux qui ont franchi l'entrée grillagée de l'Oflag XVII-A se souviennent du panneau de bois (photo ci-contre) portant l'inscription :
 

FOTOGRAFIEREN FUR JEDERMANN VERBOTEN !!!

 


Les Allemands nous interdisant de photographier ? Quelle tentation !
Un Kodak personnel (qui disparut lors d'une fouille en 1943), un Rolleiflex (qui y échappa à quatre reprises) prêté aimablement par un camarade, permirent de créer l'atelier photographique clandestin du camp dès novembre 1940.
Les pellicules me parvinrent le plus souvent dans les colis, dissimulées dans les extrémités de saucissons. Disciplinés, les gardiens coupaient régulièrement ces derniers au milieu, jamais sur les bouts.
Dès que possible, je signalai cette particularité à ma famille, grâce à un code mis au point pendant la drôle de guerre.
L'escamotage de plusieurs colis à l'arrivée me permit de soustraire à la fouille pellicules, révélateur, hyposulfite, papier et, par la suite, film cinématographique, caméra, lampes photoflood. Ainsi, par ces divers moyens, me parvint tout le matériel nécessaire pour photographier et même filmer.
Cette activité clandestine, qui se prolongea cinq années, se doubla de la réalisation du film « Sous le Manteau » en 1944. Elle permit de rendre de multiples services : photos d'identité, de cartes d'état-major, de diverses pièces et documents destinés aux camarades devant tenter une évasion.
Près de deux mille clichés sur le camp furent également pris, constituant un reportage unique sur la vie à l'Oflag XVII A pendant cinq années.
Un choix de ces Photos vous est présenté dans « Défense de photographier ». Je me suis efforcé d être objectif et complet afin de donner à tous ceux qui parcourront ces pages une idée impartiale du cadre qui fut le nôtre de 1940 à 1945, de nos conditions d'existence, de nos quelques joies et de nos souffrances, des incidents de divers ordres qui illustrèrent notre captivité, de notre libération.
Certaines épreuves manquent de netteté. D'autres sont tachées.
Mes anciens camarades m'excuseront car ils savent dans quelles conditions difficiles il a fallu prendre et développer les clichés, puis les faire rentrer en France.
Je souhaite que ce Défense de photographier » corresponde à ce qu'espéraient mes amis lorsqu'ils me demandèrent, au camp, de sélectionner et de publier une série de ces documents sur l'Oflag XVII A.

 

   Marcel CORRE."

 

 

Extrait de "Défense de Photographier", un livre de Marcel CORRE, imprimé le 28 Janvier 1954 sur les presses des imprimeries de la montagne 25 rue Morel-Ladeuil, Clermont-Ferrand

 

PS: Je souhaiterais entrer en contact avec M. Marcel CORRE ou ses ayants droits au sujet de ce livre. 

 

 

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