BIBLIOTHÈQUE
DE L'ÉCOLE
DES HAUTES ÉTUDES
PUBLIÉE SOUS LES AUSPICES
'DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE SCIENCES PHILOLOGIQUES ET HISTORIQUES; CENT-SEIZIÈME FASCICULE                   :
L'ALSACE AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE, PAR RODOLPHE REUSS
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PARIS
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR
67, RUE DE RICHELIEU, AU PREMIER
1897
Tous droits réservés

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CHALON-SUR-SAONE
IMPRIMERIE FRANÇAISE ET ORIENTALE DIS L. MARCEAU

L'ALSACE
AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE


L'ALSACE
AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
AU POINT DE VUE
GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE, ADMINISTRATIF ÉCONOMIQUE, SOCIAL, INTELLECTUEL ET RELIGIEUX
RODOLPHE REUSS
MAITRE DE CONFERENCES A L 'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES ANCIEN BIBLIOTHÉCAIRE DE, LA VII. I. E DE STRASBOURG
TOME PREMIER
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PARIS
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR
67, RUE DE RICHELIEU, AU PREMIER 1897
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MONSIEUR AUGUSTE HIMLY
MEMBRE DE L'INSTITUT DOYEN DE LA FACULTÉ DES LETTRES DE PARIS
HOMMAGE D'AFFECTION DE RECONNAISSANCE ET DE RESPECT


PRÉFACE
Le but du présent travail est de retracer, aussi fidèlement que possible, le tableau de l'Alsace au XVIIe siècle, tant pour les années qui précédèrent sa réunion à la France que pour celles qui suivirent la conquête. Exposer brièvement la géographie physique de la nouvelle province, en raconter l'histoire, examiner tour à tour sa situation politique, administrative, économique, intellec­tuelle et religieuse, depuis le début de la guerre de Trente Ans jusqu'à la paix de Ryswick, c'est ce que je voudrais faire dans le présent volume et dans (relui qui suivra, avec autant de précision que le permettent les sources disponibles, avec cette ferme volonté d'impartialité, qui est le premier devoir de l'historien.
C'est un sujet assez vaste et qui n'avait point encore été abordé dans ses menus détails. Sans doute, les aperçus sommaires sur cette période ne manquent pas dans les histoires générales de l'Alsace et d'excellentes monographies ont été consacrées à quelques-uns des points que j'aurai à toucher ici. Je le reconnais d'autant plus volon­tiers que j'ai beaucoup profité des travaux de certains de mes devan­ciers. Mais personne encore n'avait pris à tâche de réunir et de condenser les nombreux matériaux disséminés dans la littérature alsatique ancienne ou contemporaine, et bien peu d'entre mes pré­décesseurs avaient songé à porter leurs investigations dans les dépôts d'archives du pays, afin d'en tirer les documents néces­saires pour mieux éclairer la situation de l'Alsace d'alors. Il est vrai que ce travail de dépouillement des archives, pour être un peu complet, aurait exigé des loisirs autrement prolongés que les miens, et je n'ai pu le poursuivre que dans une assez faible mesure, à travers des occupations professionnelles très absor­bantes, pendant plus de trente ans. Travail un peu ingrat aussi, dans certaines de ses parties, puisque, pour fournir un tableau d'ensemble complet, il fallait y aborder une série de questions techniques auxquelles l'auteur se sentait moins compétent pour1 R. Rkess, Alsace.                                                                                        n.

II                                     L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
répondre, tout en craignant que bien des lecteurs ne_ trouvassent ces. chapitres trop longs, voire même inutiles. Cependant il n'est plus permis de nos jours aux historiens d'ignorer, dans leurs récits, les problèmes économiques et de passer sous silence les détails administratifs en apparence les plus arides. L'histoire de la civili­sation, reflétée dans les idées et les mœurs, les coutumes, les superstitions même des populations les plus obscures, nous paraît, à bon droit, plus utile à connaître, et parfois plus attrayante, que l'histoire des guerres et des intrigues diplomatiques. Du moins elle marque quelque chose de plus durable dans les étapes de l'huma nité, alors que les rencontres sanglantes des nations sur les champs de bataille n'ont jamais fixé la victoire que pour un temps, et que les traités de paix qui les ont suivies, démentent, d'époque en époque, en se renouvelant en sens contraire, la décevante éternité pour laquelle on prétend les conclure.
Le long et intermittent labeur de la juxtaposition de tant de maté­riaux, réunis durant un si grand nombre d'années, était rendu, doublement fastidieux par l'état dans lequel se trouvaient, au, XVIIe siècle, ces contrées vogéso-rhénanes dont j'ai tâché de retra­cer l'histoire. Elles n'ont réellement eu droit à un nom collectif, et n'ont pu s'appeler la province d'Alsace qu'au moment où elles s'absorbaient dans le sein de la monarchie française. Pour étudier^ de plus près ces microcosmes politiques, pour s'intéresser à leur_, vie propre, à leur épanouissement comme à leur décadence, il faut être soutenu par l'amour profond du sol natal. Il faut peut-être avoir atteint aussi cette sage résignation, fruit de longues années d'expérience, qui nous montre les grandes scènes de l'histoire universelle se modifiant sans cesse aux yeux de-la-postée-rite, selon les lueurs changeantes que projettent sur elles les pas­sions contemporaines. Désespérant alors de fixer jamais d'une façon définitive ces tableaux plus vastes, à la perspective plus pro­fonde, on se prend à croire que, dans une sphère plus modeste, et plus étroitement circonscrite, la vérité serait moins rebelle à qui lâcherait de l'atteindre. On se dit, — et peut-être n'est-ce qu'une illusion de plus, — qu'à force de serrer les détails, d'en détermine!* les données minutieuses, on a quelque chance d'échapper aux juge­ments arbitraires de « l'animal politique », comme à l'erreur des imaginations du poète, qui vivent en nous tous et s'y réveillent,

Préface                                              iii
parfois assez mal à propos, pour contrecarrer les efforts du savant sincèrement épris de vérité.
Je ne puis feindre d'ignorer que le sujet choisi doit paraître brûlant à plusieurs et qu'il leur semblera difficile de le traiter, sans se laisser entraîner par les émotions contemporaines qui s'agitent autour de lui. Il ne faut pas oublier pourtant, que ce qu'on appelle « la question alsacienne » n'est pas née d'hier seulement. Sans remonter à des périodes plus lointaines, sans évoquer ici le souve­nir- des luttes entre Francs et Allamans ou les partages répétés entre les descendants de Charlemagne, ni même la tentative de Henri II de France, au milieu du XVIe siècle, on sait qu'elle s'est posée nettement dès le début de la guerre de Trente Ans et n'a cessé d'agiter les esprits pendant tout le reste du XVIIe siècle. Elle lui a survécu, à vrai dire; au cours de sa lutte inégale contre l'Europe coalisée, Louis XIV offrait, encore en 1709, de rendre Strasbourg à l'Empire, afin d'en obtenir la paix. Les traités d'Utrecht et de Rastatt écartent bien pour un temps cette discus­sion de l'ordre du jour de la politique courante, mais, quatre-vingts ans plus tard, elle est rouverte par les guerres de la Révolution, et les armées autrichiennes, envahissant l'Alsace, réclament cette province pour ses maîtres d'autrefois. Repoussée alors par les armes victorieuses de la République, la revendication semble un instant à la veille d'aboutir en 1815, après la défaite de Napoléon. Dès ce moment, les « patriotes » d'outre-Rhin demandent avec vio­lence cette annexion de l'Alsace qui devait être, un demi-siècle plus tard, la conséquence fatale de la coupable incurie, des folies et de l'écrasement du second Empire. Si je rappelle ces faits indis­cutables et connus de tous, c'est uniquement pour montrer qu'aucune période de l'histoire d'Alsace ne pourrait être traitée, pour toute la durée des temps modernes, si l'on voulait s'abstenir de toucher à ce problème délicat, qui passionna les esprits des siècles écoulés, comme il passionnait ceux d'hier et comme il préoccupera ceux de demain.
J'ai tâché cependant de faire abstraction complète de l'heure pré­sente en retraçant ce tableau du passé de l'Alsace, que je me suis appliqué à rendre absolument historique, c'est-à-dire entièrement impartial. Il m'a fallu par moments, je l'avoue, un certain effort sur moi-même, pour rosier fidèle à cette objectivité complète, idéal

IV                                         l'ALSACE AU XVIIe SIECLE
inaccessible peut-être, mais sur lequel l'historien doit tenir sans cesse les yeux fixés avec la ferme volonté de l'atteindre. J'espère n'avoir cédé nulle part à la tentation de faire de cette étude une œuvre de tendance et de polémique, tentation bien naturelle pour­tant, alors que je heurtais sur mon chemin certains produits de la littérature soi-disant « historique » des vingt-cinq dernières années. Assurément je dois m'être trompé plus d'une fois dans les pages qu'on va lire, et la critique la plus bienveillante y pourra signaler, sans doute, des lacunes et des erreurs. Enfant de l'Alsace, passion­nément attaché à la grande comme à la petite patrie, j'ai mis pour­tant tout ce que je pouvais avoir de volonté tenace à écrire cette page d'histoire, un quart de siècle après la plus récente conquête, comme je l'aurais écrite avant ou sans les événements de 1870, sans me cacher d'ailleurs que cette impartialité ne me garantirait pas contre les récriminations des uns et m'exposerait peut-être aux reproches des autres. J'ai cru qu'il était plus vraiment utile pour tous, plus conforme en tout cas à la dignité de l'histoire, de ne me préoccuper ni de ces accusations ni de ces blâmes possibles, et de me laisser guider par la seule passion permise au savant, l'amour de la vérité. C'est elle que j'ai recherchée partout d'un ardent et sincère effort; au risque de me heurter à de vieilles erreurs et à des préjugés respectables, j'ai tâché de la suivre partout où elle a voulu me conduire. Aux hommes compétents par leurs études, aux esprits impartiaux et vraiment désireux de savoir, de dire si mon travail a quelque valeur, au moins à ce point de vue, et s'il leur a fourni, par surcroît, quelques informations nouvelles sur une période importante de notre histoire nationale.
Le présent volume n'est cependant qu'une partie de l'étude d'en­semble que j'ai entreprise sur l'Alsace au XVIIe siècle et sur sa transformation graduelle par l'influence et 1'administration françaises. A moins de resserrer en un espace trop restreint une quantité dû faits considérable et de refaire une fois de plus, sur certains points, le résumé sommaire que présentent la plupart des histoires un peu détaillées d'Alsace, il fallait me résigner à étendre mon exposé bien au delà des limites traditionnelles d'une thèse académique, qu'il m'était interdit de franchir. Un partage s'imposait; heureusement, il n'a été ni long ni difficile à faire. En décrivant d'une part l'état matériel de l'Alsace, en dépeignant de l'autre son état social, intel-

PREFACE
lectuel et moral, on pouvait aisément grouper les divers chapitres de cette étude en deux moitiés, de dimensions à peu près égales. C'est par une esquisse géographique du territoire et par un croquis ethnographique des habitants de l'Alsace au XVIIe siècle, que s'ouvre notre travail. Celte esquisse est suivie d'un aperçu rapide sur les destinées de la région rhénano-vosgienne, depuis les origines jusqu'à la guerre de Trente Ans, et d'un tableau plus détaillé des luttes mémorables qui, se continuant à travers un siècle presque tout entier, aboutissent à changer le cours des destinées du pays. Le troisième livre débute par l'exposé de l'organisation générale de l'Alsace au temps de son autonomie, pour autant qu'on peut parler d'organismes communs et de rapports intimes dans cet ensemble de petits Étals, indépendants les uns des autres et souvent même hostiles; puis il retrace les débuts du gouvernement nouveau; les mesures qu'il prend pour unifier graduellement l'administration proprement dite, celle de la justice et celle des finances, et pour absorber complètement la direction des affaires politiques et mili­taires, de façon à donner à la province conquise les premiers éléments d'une autorité commune et le sentiment d'une cohésion toute nouvelle. Il faudra s'armer ensuite de quelque courage et de beaucoup de patience pour plonger dans ce fouillis de territoires d'origine et de nature si diverses, et pour apprendre à connaître, par le détail, les principautés ecclésiastiques et laïques, les comtés, les grandes et petites seigneuries, les villes libres et les villes impé­riales dont l'inextricable enchevêtrement rend à la fois la conquête plus facile, et complique l'administration de la façon la plus embar­rassante pour les nouveaux venus. Cette étude de détail forme l'objet du quatrième livre. Le tableau de l'Alsace économique clôt le volume. On y trouvera, dans une série de chapitres, un ensemble de données en partie nouvelles, sur l'agriculture, sur la viticulture, sur l'élève du bétail et sur l'exploitation des forêts. Il y est éga­lement traité de la grande et de la petite industrie d'alors, depuis l'exploitation des mines d'argent seigneuriales jusqu'au travail manuel des humbles artisans de village; de l'organisation des corps de métiers urbains et des associations provinciales; de l'introduction de la fabrication moderne par les privilèges royaux; du commerce par terre et par voie fluviale; des routes et du service postal; des foires et des marchés; des articles divers du trafic local, etc.

VI                                          L'ALSACE AU XVIIe SIECLE
Le second volume, qui suivra, je l'espère, le premier d'assez I>rès, retracera tout d'abord, et très en détail, le tableau de la société alsacienne d'alors, les mœurs des grands seigneurs et de la noblesse, celles des bourgeois des villes et des populations rurales. On y par­lera de leurs coutumes, de leur vie de famille et de leurs distractions, des lois somptuaires et ordonnances innombrables qui les enserrent et les brident à chaque tournant de l'existence, réglant avec un rigorisme méticuleux, qui nous semblerait intolérable, tous les actes de leur vie publique et privée, et jusqu'à leurs pensées. On y étudiera tour à tour le gentilhomme alsacien dans ses plaisirs cynégétiques, le bourgeois cossu dans ses exploits épulaires, le paysan dans ses réjouissances bruyantes et grossières et ses superstitions tragiques, plus grossières encore. L'hygiène publique, l'assistance publique, pour autant qu'elles existaient alors, ne sauraient manquer à ce tableau; nous verrons donc aussi cette société alsacienne dans sa lutte contre la misère et la maladie, contre les épidémies si fré­quentes alors et si terribles, contre le vagabondage et la mendicité, nous la verrous à l'œuvre dans ses asiles, ses hospices et ses hôpi­taux. Un autre livre sera consacré à la vie intellectuelle de l'Alsace au XVIIe siècle. Nous y parlerons de sa langue et des progrès, lents, ruais cependant sensibles, qu'y faisait la langue française, dès la fin de cette époque; de la littérature contemporaine, faible écho de celle du siècle précédent, qui lut l'âge d'or de l'Alsace littéraire; des rares artistes de talent auxquels la dureté des temps permit d'y produire quelque œuvre durable, soit qu'ils fussent enfants du pays, soit qu'ils y fussent venus de l'étranger. Nous nous appliquerons à donner un tableau fidèle et véridique de l'enseignement primaire comme de l'enseignement secondaire dans les écoles et les gymnases d'Alsace, et nous parlerons des Académies et des Universités, dont les maîtres, illustres alors et presque oubliés de nos jours, attiraient à Strasbourg et à Molsheim de nombreux étudiants du dehors. Le huitième livre enfin traitera de l'étal religieux de l'Alsace au XVIIe siècle. On y trouvera l'exposé de la situation matérielle et de l'organisation officielle des deux Églises qui se partageaient, moins inégalement qu'aujourd'hui, la population du pays; le tableau des mœurs et de l'influence morale du clergé catholique et du clergé luthérien; celui de l'éducation religieuse des masses et des mani­festations extérieures de leur foi (confréries, pèlerinages, etc. ). On

PREFACE                                                    VII
y trouvera aussi les renseignements les plus précis sur les rapports mutuels des différentes confessions, sur leurs âpres controverses, sur l'attitude des gouvernements successifs de l'Alsace au XVIIe siècle, à l'égard des différentes Églises. Un chapitre sur le triste sort des Israélites de la province, également honnis par les adhérents de l'un et de l'autre culte, et non moins opprimés d'ordinaire par l'autorité civile, terminera ce dernier livre.
On s'étonnerait bien à tort de voir la question religieuse occuper une place, relativement si large, dans l'exposé de la situation poli­tique, intellectuelle et morale de l'Alsace d'alors. On s'expose en effet à ne rien comprendre à l'histoire de cette province, — ni, en général, à celle du XVIIe siècle tout entier, dans les contrées où n'existe plus l'unité de la foi, — si l'on ne tient pas grand compte de la situation religieuse. C'est là seulement qu'on peut trouver la clef d'une foule de faits et de phénomènes, qui pour l'observateur superficiel semblent absolument étrangers à cette sphère et ne s'ex­pliquent en aucune manière. Nier son importance capitale, par igno­rance ou parti pris, c'est donc se rendre volontairement incapable de comprendre et de juger les hommes et les choses de ce temps. Si ce sont les principes de 1789 ou l'idée de nationalité qui nous donnent à nous, enfants du XIXe siècle, l'explication de nos luttes contemporaines, si l'on peut affirmer que, pour les hommes du XXe siècle, la question sociale primera les problèmes politiques, la question religieuse, qu'elle aboutisse à l'autorité absolue de l'Église ou à la liberté des consciences, dominait de haut toutes les autres, il y a deux cent cinquante ans; tout le reste est d'ordre secondaire aux yeux des contemporains.
Je dois remercier ici les savants qui m'ont facilité ma tâche: M. le Dr Pfannenschmid, directeur des Archives de la Haute-Alsace, à Golmar; M. le professeur Wiegand, directeur de celles de la Basse-Alsace, à Strasbourg; M. le Dr Winckelmann, archiviste de la ville de Strasbourg. Je dois avant tout un souvenir affectueux et recon­naissant à la mémoire de mes deux excellents amis, M. Jean Brucker, archiviste de la ville de Strasbourg (-f-1889), et M. Xavier Mossmann, archiviste de la ville" de Colmar (-f- 1893), qui, pendant près d'un âge d'homme, m'ont accueilli dans leurs dépôts et m'ont fourni tant d'indications précieuses par leurs communications, parleurs inven­taires et leurs propres travaux. J'ajoute volontiers à leurs noins

VIII                                      L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
celui de mon ami, M. Alfred Eriehson, directeur de l'Internai ihéo- _ logique et archiviste du Chapitre de Saint-Thomas "de Strasbourg, grâce auquel j'ai pu utiliser dans ce riche dépôt tant de pièces rela­tives à l'histoire religieuse et scientifique du temps. J'ai pu large­ment puiser aux richesses de l'ancienne collection d'alsâliques de Charles-Frédéric Heitz, fondue dans la bibliothèque de l'Université de Strasbourg, grâce à l'obligeance constante de son conservateur, en chef, M. le professeur Barack; M. André Waltz, bibliothécaire de la ville de Colmar, a plus d'une fois mis à ma disposition les trésors de la collection Chauffour, coniîés à sa garde, et je me croirais bien ingrat, si, au risque de paraître me louer moi-même, je ne mentionnais pas ici la nouvelle Bibliothèque municipale de Strasbourg, que j'ai dirigée, depuis le jour de sa création, pendant vingt-trois années et dont les plaquettes rares et les manuscrits alsatiques m'ont été mainte fois d'un si grand>secours pour mon travail.
Je tiens à signaler moi-même, en terminant, une lacune volontaire dans les sources dont j'ai fait et aurais pu faire usage. En dehors des dépôts publics de l'Alsace, il était naturel de consulter éga­lement ceux de Paris. On pense bien que je n'ignorais pas qu'aux Archives de la guerre, comme aux Archives étrangères et aux Archives nationales se trouvait une série de dossiers, de correspon­dances administratives avec les gouverneurs, les intendants, les préteurs royaux, etc., en Alsace, qui m'auraient fourni des rensei­gnements complémentaires précieux pour certains chapitres de mon ouvrage. Mais au cours de mes recherches, commencées il y a de longues années déjà, j'appris qu'un jeune compatriote, dont nous attendons beaucoup pour l'histoire d'Alsace, M. Gh. Pfister, profes­seur à la Faculté des lettres de Nancy, avait récemment et longuement exploré ces dépôts en vue d'une publication future de longue haleine sur l'administration française en Alsace à la fin du XVIIe et au cours du XVIIIe siècle. Je me serais fait scrupule de priver le biographe de Schoepflin, le savant et sympathique historien de Sainte-Odile et du duché d'Alsace et du Comté de Horbourg, du fruit légitime de ses recherches, en reprenant, d'une façon forcément superficielle, les dossiers parcourus par lui et en déflorant de la sorte un travail dont la publication ne tardera pas trop, je l'espère, qui complétera certainement le mien, en le rectifiant sans doute sur plus d'un point

PHKFACE                                                            IX
et qui en sera tout à la fois le prolongement naturel et la contre-épreuve.
Si ce livre, commencé jadis à l'ombre de la vieille cathédrale de Strasbourg, terminé dans le calme profond de ce Versailles où tout nous parle encore du « Grand Roi », pouvait, malgré ses défauts, faire connaître davantage l'Alsace d'autrefois à la France d'aujour­d'hui; s'il lui en rendait le souvenir plus cher, en lui rappelant un moment plus heureux de sa propre histoire, je me sentirais lar­gement récompensé de tout ce qu'il m'a coûté de recherches et de peines. Je n'ai pas besoin, je le sais, de souhaiter qu'il me rappelle au souvenir de mes amis de là-bas. La douce souvenance de la terre natale, la mémoire pieusement conservée de bien des joies et de tant d'épreuves communes, ont formé des liens trop solides et trop chers pour que les frontières et les années puissent les affaiblir ou les rompre jamais.
Versailles, 13 octobre 1896.

BIBLIOGRAPHIE
Nous avons réuni dans le tableau systématique suivant, les plus importants travaux imprimés qui se rapportent aux différentes matières traitées dans les chapitres du présent ouvrage. Il ne pou­vait être question de donner en cet endroit une bibliographie absolu­ment complète du sujet, et le lecteur est averti qu'il y cherchera en vain maint article et maint volume cités dans les notes au_bas des\ pages, mais dont le contenu ne se rapporte qu'incidemment à l'Alsace. D'autres publications, en assez grand nombre, n'ont pas été mentionnées parce qu'on ne voulait pas avoir l'air de les recom­mander aux travailleurs sérieux, alors qu'elles n'ont aucune valeur scientifique. Enfin j'ai systématiquement laissé de côté les quantités prodigieuses de brochures contemporaines des événe-, ments, pamphlets politiques ou religieux et écrits de circonstance divers en prose et en vers, pièces assurément fort utiles à rhisto*-rien, mais dont rénumération aurait réclamé plus d'une centaine de_ pages, sans que le lecteur, ne sachant où les trouver (car elles sont assez rares pour la plupart), en eût tiré grand profit.
On aurait tort surtout de considérer ce catalogue sommaire, comme une espèce de Bibliographie générale alsatique. Il y manque une foule d'excellents ouvrages, anciens et récents, qui font hon­neur à l'érudition alsacienne, comme à celle du dehors, mais qui ne figurent point ici, puisqu'ils ne touchent pas, ou ne touchent qu'à peine à l'histoire du XVIIe siècle, qui seule est visée dans ces pages. Si quelque lecteur désirait pourtant se renseigner sur la littérature des périodes avoisinantes, il pourra consulter, soit le catalogue dressé, il y a bientôt quarante ans, par l'imprimeur strasbourgeois, Charles-Frédéric Heitz1, soit celui de la collection dudit bibliophile, publié par moi en 1868, œuvre de jeunesse fort imparfaite d'ailleurs2, soit
1.  CF. Heitz, Catalogue des principauté ouerages imprimés sur le dépar­tement du Bas-Rhin et liste des cartes de ce département, dans la Descrip­tion du département du Bas-Rhin, Strasbourg, Berger-Eevrault, 1858, t. I, p. 417-518.
2.  Bibliothèque Alsatique. Catalogue des Uores, manuscrits, etc., de feu M. C. F. Heitz, aeec notice préliminaire par Rod, Reuss, Strasbourg, Heitz, 1868, xui-335 p., ia-8".

BIBLIOGRAPHIE                                                     XI
enfin le Catalogue de la Bibliothèque C/iauffbur, rédigé avec le plus grand soin par M. André Waltz, bibliothécaire de la ville de Coh mai'1. Le Catalogue sommaire des principaux ouvrages publiés sur l'Alsace, joinl par M. Eugène Waldner, l'archiviste actuel de la même ville, à L'Alsace de feu Charles Grad, a paru en 18892; s'il est nécessairement inoins détaillé que les précédents, il embrasse en plus la littérature d'une dizaine d'années, et en les combinant tous ensemble, on composerait sans trop de peine, non la Biblio­graphie alsatique complète, qui sans doute ne se fera jamais3, mais un manuel bibliographique assez complet pour suffire aux besoins de la plupart dès travailleurs qui s'occupent du passé de notre province '■.
Topographie
Si<n, Muxstkh, Cosmograpbia oder Beschreibung der gantzen
Weltt,etc. Basel, bey den Heinricpetrinischen Erben, 1628,1 vol.
ïn-fol., ill. iMartin Zeiller), Topographia Alsatiae, das ist Beschreibung und
eygentliche Abbildung der vornehmbsten Staett... im Obern und
Untern Elsass, etc. Franckfurl am Mayn, Merian, 1646, 1 vol.
in-fol., ill. — Même ouvrage, deuxième édition. Franckfurt a. M., Merian,
1063, 1 vol. in-fol., ill. P. du Val, La carte et la description de l'Alsace françoise, Paris,
Pepingue, 1662, 1 broch. in-12°. Ch. Nerlinger, Une description de l'Alsace en 1662. (Revue
d'Alsace, 1895j. Joh. Koenig, Soc. Jesu, Institutio geographica elementaris, ... qui-
1. Catalogue de la Bibliothèque Chauffeur, dressé par ordre du Conseil municipal, par André Walts. Manuscrits et imprimés concernant l'Alsace. Colmar, Jung. 1889, ijx-769 p., in-S°. M. Ignace Chauffour est mort en 1879 déjà.
è. Ch. Grad, L'Alsace, Paris, Hachette, 1889, 1 vol. in-fol., p. 1-11.
3.  Combien la tâche serait énorme, et tout à fait au-dessus des forces d'un seul homme, on peut s'en rendre compte en voyant le beau Catalogue des Alsatica de la Bibliothèque de Oscar Berger-Leorault (Nancy, 1886), qui compte six volumes et qui cependant ne renferme absolument que les pièces imprimées ou éditées par la maison Levrault, depuis un peu plus de deux siècles.
4.  Afin d'éviter le reproche immérité d'avoir négligé tel ou tel ouvrage ou travail, relatif à notre sujet, qui aurait paru alors que l'impression de notre volume était achevée, nous constatons que le bon à tirer de cette Biblio­graphie a été donné le 19 juin 1897,

XII                                       L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
bus aocedit Topographia Alsatiae et Brisgoiae, etc. Argentorati,
Dolhopff, 1677, 1 vol. in-16°. Mart. Zeiller, Itinerarium Germaniae nov-antiquae, teutsches
Reyssbuch, etc. Strassburg, Laz. Zetzner, 1632,1 vol. in-fol. — Même ouvrage, nouvelle édition. Strassburg, S. Pauli, 1674,
2 vol, in-fol. M. Ursenson, Elsass und Breyssgau, aus Joh. Bapt. Melecii
lateinischer Geographi gezogen und nach gegenwsertigem
Zustand entworffen. Strassburg, Dolhopff, 1679, 1 vol. in-12°.
F.  R. von Ichtersheim, Gantz neue Elsassische Topographia, das ist der so wohl vor-als jetztmahlige Estât des gantzen Elsass,* etc. Regenspurg, Seidel, 1710, 1 vol. in-4°.
Ch. Grad, L'Alsace, le pays et ses habitants. Paris, Hachette, 1889,
1 vol. pet. in-fol., ill. Cn. Grad, Heimatskunde, Schilderungen aus dem Elsass. Golmar,
Jung, 1878,1 vol. in-8°.
G.  Bleicher, Les Vosges, le sol et les habitants. Paris, Baillière, 1890, 1 vol. in-18°.
Ch. Grad, Orographie des Vosges (Revue d'Alsace, 1877).
Ch. Grad, Essai sur le climat de l'Alsace. Golmar, Decker, 1870, 1 broch. in-8°.
S. Billing, Chronique des hivers rigoureux en Alsace (Revue d'Al­sace, 1859).
J. DiETiucH, Froids extraordinaires en Alsace, 764-1709 (Revue d'Alsace, 1860).                                                                          '--■
Dom Ruinart, Voyage littéraire en Alsace au XVIIe siècle, trad:. du latin par M. Matter. Strasbourg, Levrault, 1826, 1 vol. in-8°.
Aug. Stoeber, Curiosités de voyages en Alsace, du XVIe au XIXe siècle. Colmar, Barth, 1874, 1 vol. in-8°.
Histoires générales d'Alsace
R. P. Laguille, Histoire de la province d'Alsace depuis Jules-César jusqu'au mariage de Louis XV. Strasbourg, Dôulssecker, 1727, 1 vol. in-fol., planches.
J.-D. Schoepflin, Alsatia illustrata. Golmariae, Decker, 1751-1761, 2 vol. in-fol., planches.
J.-D. Schoepflin, L'Alsace illustrée, trad. L.-W. Ravenez (avec additions). Mulhouse, Perrin, 1849-1852, 5 vol. in-8°, planches.
Joh. Friese, Neue vaterlaendische Geschichte der Stadt Strassburg und des ehemaligen Elsasses. Strassburg, Lorenz, 1791-1801, 5 vol. in-8°.

bibliographie
A. W. Strobel, Valerlaendische Geschichte des Elsasses von der frûhesten bis auf die gegenwaertige Zeit, fortgesetzt von H. Engelhardt. Strassburg, Schmidt, 1841-1849, 6 vol. in-8°.
L. Gloecklek, Das Elsass, kurze Darstellung seiner politischen Geschichle. Freiburg i./B., Herder, 1876, 1 vol. in-8°.
J.-E. Sitzmanx, Aperçu sur l'histoire politique et religieuse de l'Al­sace. Belfort, Péligot, 1878, 1 vol. in-18°.
J. Rathgeber, Die Geschichte des Elsass (2e édition). Strassburg R. Schultz, 1882, 1 vol. in-8°.
0. Lorexz u. W. Scherer, Geschichte dos Elsasses (3e édition). Berlin, Weidmann, 1886, 1 vol. in-8°.
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XiV                               l'alsace au xvii* siècle
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H. Rocholl, Der Feldzug des Grossen Kurfùrsten gegen Frank­reich, 1674-1675. Berlin, Mittler, 1879, 1 broch. in-8°.
H. Rocholl. Der grosse Kurfùrst von Brandenburg im Elsass, 1674-1675. Colmar, Decker, 1877, 1 vol. in-8°.
1. Cet ouvrage vient de paraître au moment où nous corrigeons les épreuves de notre Bibliographie. C'est une étude très sérieuse, qui, vu ses dimensions notables et les recherches laites par l'auteur aux Archives de Vienne, précise et élargit naturellement nos connaissances sur certaines phases des négociations de Westphalie. Cependant, tout en le signalant avec reconnaissance, il faut dire que le volume de M. Jacob ne nous apporte point de révélations inattendues, ni rien d'absolument nouveau. Nous n'avons surtout rien trouvé, dans son argumentation, qui nous oblige à modifier uotre propre manière de voir sur son sujet.

Xvi                              l'alsAcè Au xvii* siècle
H. Rocholi., Die braunschweigisch-liineburgischen Truppen im
Feldzug des Grossen Kurfiirsten gegen Frankreich, i674-1675
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1 broch. in-8°.
Ch. Gérard, La bataille de Turckheim (Revue d'Alsace, 1851). (Deschamps), Mémoires des deux dernières campagnes de M. de
Turenne en Allemagne, etc. Strasbourg, Dbulssecker, 1734, 1 vol.
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de Turenne, 1672-1675, Paris, Chardon, 1782, 2 vol. in-fol. P. Luemkemaxx, Turennes letzter Feldzug. Halle, Karras, 1883,
1 vol. in-8°. B. Han, Das Seelzagende Elsass, das ist ausfùhrliche Beschrei-.
bung, etc. Nurnberg, Loschge, 1679, 1 vol. in-16°. Claude Joly, Relation du voyage (en Alsace) de l'arrière-ban de
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1880, 1 vol. in-8°. A. Legrelle, Louis XIV et Strasbourg, 4e édition. Paris, Hachette,
1884, 1 vol. in-8°, A .Wëiss, Le 30 Septembre 1681, étude sur la réunion de Strasbourg
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XVIII                                i/aLSACE AU XVIIe SIÈCLE
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Paris, Durand, 1860, 1 vol. in-8°. N. de CoiiisEitox, Mémoire historique sur le Conseil souverain
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1742, 1 vol. in-8°. F. Lauth (J. Reisseissen), Conspectus judiciorum Argentinensium.
Argentorati, Heitz, 1784,1 vol. in-4°. Aug. Stoebeis, Das Staedtchen Ober-Bergheim und sein Asylrecht
(Neue Alsatia, 1885).                                                                    :
Rod. Riîuss, La justice criminelle et la police des mœurs à Stras­bourg au XVIe et au XVIIe siècle. Strasbourg, Treuttel et
Wiirtz, 1885, 1 vol. in-16°. Aug. Stoeber, Pages inédites pour servir à l'histoire des péna-_
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A. Gaxier, Costumes des régiments et des milices recrutés dans, les anciennes provinces d'Alsace et de la Sarre pendant le XVIIe et le XVIIIe siècle. Epinal, Froereisen, 1882, 1 vol. in-fol., ill.
Rod. Reuss, L'artillerie strasbourgeoise du XIVe au XVIIe siècle (Revue Alsacienne, 1879-1880).                                                  \
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1SIBLI0GRAPHIK                                             XIX
Alph. Coste, Fort-Louis du Rhin (Revue d'Alsace, 1862). R. TscHAHBEii, Geschichte der Stadt und ehemaligen Festung Hùningen. Sankt Ludwig, Perrotin, 1894, 1 vol. in-8°.
Les Territoires Alsaciens
Die alten Territorien des Elsass nach dem Stande vom 1 Januar 1648, herausgegeben vom Stalislischen Bureau. Slrassburg, Du Mont-Schauberg, 1896, 1 vol. in-8° (cartes)1.
M. Kirchxer, Elsass im Jahre 1648, ein Beitrag zur Territorial-geschichle. Duisburg, Raske, 1 vol. in-4° (carte .
L. Briele, La Maison d'Autriche en Alsace, ancienne Régence d'Ensisheim (Curiosités d'Alsace. 1864'.
Mémoires de deux voyages et séjours en Alsace, 1674-76 et 1681, publiés pour la première fois par L^e] Bibliophile) J(oseph) C(oudre) M(ulhousois). Mulhouse, Bader, 1886, 1 vol. in-8°, ill.
P. Malachias Tschamser, Annales oder Jahrs-Geschichten der Barfuessern zu Thann, 1724, etc. (publiées par A. Mercklen). Colmar, Hoffmann, 1864, 2 vol. in-8".
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F.-J. FuEss,Die Pfarrgemeinden des Cantons Hirsingen, ihre Alter-thùiner, etc. Rixheim, Sutter, 1879, 1 vol. in-8°.
A. Ingold, Notices sur Gernay(Revue d'Alsace, 1872).
L.,Briele, Inventaire des Archives de la ville de Cernav, anté­rieures à 1790. Colmar, Hoffmann, 1872, 1 broch. in-4°.
F.-J. Mercklex, Histoire de la ville d'Ensisheim. Colmar, Hoff­mann, 1840, 2 vol. in-8°.
Th. Nartz, Le val de Ville, recherches historiques. Strasbourg, Bauer, 1887, 1 vol. in-8°.
G. Dietsch, Le château de Hohkoenigsbourg. Sainte-Marie-aux-Mines, Cellarius, 1882, 1vol. in-18°.
P. Rossmann u. F. Ens, Geschichte der Stadt Breisach. Freiburg im Br., Wagner, 1851, 1 vol. in-8°.
1. Cette publication est due principalement à la collaboration de M. le Dr Fritz, professeur au Lycée de Strasbourg, et de M. Leomann, secrétaire au Ministère d'Alsace-Lorraine.

XX                                     L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
Alph. Coste, Notice historique et topographique sur la ville de Vieux-Brisach. Mulhouse, Bader, 1860, 1 vol. in-8°.
A. Ph. Grandidier, Œuvres inédites, publiées par J. Liblîn. Col-
mar, Decker, 1866-1868, 6 vol. in-801. L.-A. Gloeckler, Geschichte des Bisthum'sStrassburg. Strassburg,
Le Roux, 1880-81, 2 vol. in-8°.
Dag. Fischer, Le Conseil de Régence de Saverne (Revue d'Al­sace, 1865). Dag. Fischer, Die bisehoeflich-strassburgische Regierung in
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L. A. Kiefer, Pfarrbuch der Grafschaft Hanau-Lichtenberg, Strass­burg, lleitz u. Mûndel, 1890, 1 vol. in-8°.
L. A. Kiefer, Geschichte der Gemeinde Balbronn. Strassburg, Noiriel, 1894, 1 vol. in-8°.
A. Bostetter, Geschichlliche Notizen tiber die Stadt Brumath, Strassburg, Schmidt, 1896, 1 vol. in-8°, ill.
K. Letz, Geschichte der Stadt Ingweiler. Zabern, Fuchs, 1896, 1 vol. in-8°.
1. C'est dans cette publication que se trouvent les fragments et les notes du célèbre historien, se rapportant à son Histoire de l'Église et des êeêques de Strasbourg, dont le second volume, le dernier paru, s'arrête à la fin du Xe siècle, mais dont il avait esquissé les contours jusqu'au XVIIIe.

BIBLIOGRAPHIE                                            XXI
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Colmar, Lorber, 1882, 1 vol. in-8°. C.-D. de Papelier, Dissertatio de Mundato Weissenburgensi.
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1864). M. Sattler, Geschichte der Benediktinerabtei Altorf. Strassburg,
Bauer, 1887, 1 vol. in-8°.
J.-A. Silbermaxx, Lokalgesehichte der Stadt Strassburg, t. I (seul paru). Strassburg, Lorenz, 1775, 1 vol. in-fol., planches.
F. Piton, Strasbourg illustré. Strasbourg, chez l'auteur, Paris, Dumoulin, 1855, 2 vol. gr. in-40, planches.
Ad. Seyboth, Das alte Strassburg, geschichtliche Topographie, etc. Strassburg, Heitz u. Miindel, 1890, 1vol. gr. in-4°, ill.

XXII                                L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
Ad. Seyboth, Strasbourg historique et pittoresque. Strasbourg, imp. Alsacienne, 1894, 1vol. gr. in-4°, ill.
.1. Brucker, Inventaire sommaire des archives communales de la ville de Strasbourg, antérieures à 1790. T. I-IV (Série des docu­ments politiques). Strasbourg, R. Schultz, 1878-188J, 4 vol. in-4°.
J. Fréd. Hermaxn, Notices historiques, statistiques et littéraires sur la ville de Strasbourg. Strasbourg, Levrault, 1817-1819, 2 vol. in-8°.
J. G. Bernkgger, Forma reipublicae Argentoratensis. Argentorati, S. Pauli, 1667, 1 vol. in-4°.
— Même ouvrage, considérablement augmenté. Argentorati, S. Pauli, 1673, 1 vol. in-24». •
E.   Mïiller, Le Magistrat de la ville de Strasbourg, de 1674 à 1790. Strasbourg, Salomon, 1862, 1 vol. in-12".
P. Hassel, Aus dem Reisetagebuch eines maerckischen Edel-manns, besonders ûber Strassburg, 1602-1605. Hannover, Schlùter, 1872, 1 broch. iii-8°.
F.   Eheberg, Sirassburgs Bevoelkerungszahl seit dem Ende des XV Jahrhunderts. (Jahrbûeher fiir Nationaloekonomie, vol. 41 et 42.)
J. Friese, Historische Merkwùrdigkeiten des ehemaligen Elsasses,
aus den Silbermaennischen Schriften gezogen. Strassburg, Sil-
bermann, 1804, 1 vol. in-12°. L. Dacheux, Les chroniques slrasbourgeoises de Jacques Trausch
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XXXIV                                  L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
Mémoires des Révérends Pères Jésuites du collège de Golmar
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XXXVI                                 L ALSACE AU XVII0 SIECLE
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L'ALSACE AU XVII0 SIÈCLE
LIVRE PREMIER
LE PAYS
CHAPITRE PREMIER Description générale de l'Alsace
Ce n'est que longtemps après la chute de l'Empire romain, dans les premières années du VIIe siècle, que les contrées situées entre les Vosges et le Rhin se présentent à nous sous le nom d'Alsace qu'el­les porteront désormais. Le pays des Alscciones de la Chronique dite de Frédégaire 1, le pagus Alisacinse des Traditions de Wissembourg2 nous ont conservé les formes les plus anciennes de cette dénomina­tion nouvelle, donnée aux parcelles méridionales de la Germanie première et aux cantons septentrionaux de la Maxima Sequanonim.
Plus tard, au IXe siècle, c'est l'expression de pagus Elisaccnce qui prédomine 3, à laquelle correspond, en allemand, celle d'Helisase, puis à'Elsass. La science étymologique des auteurs de l'époque fai­sait dériver dès lors le nom d'Alsace de celui de la rivière d'Ill ou d'Ell qui traverse le pays, et cette opinion, catégoriquement affirmée au XIIIe siècle*, est restée dominante jusqu'à nos jours5. Aujour-
1.  Ed. Bruno Krusch, IV, cap. 37 (p. 138).
2.  Traditiones possessionesque Wizenburgenses, éd. Zeuss, Spirse, Neid-hard, 1842, p. 7, etc.
3.  Aug. Scbricker, Aelteste Gfaensen und Gaue im Elsass, Strassburger Studien, Strassb., Trûbner, 1884, vol. II, p. 305-403.
4.  Annales Colniarienses dans les Monumenta de Pertz, Scriptores, vol. XVII, p. 239.
5.  Schoepflin, Altsatia illuntrala, vol. I, p. 35.
K Reuss, Alsace.                                                                                         1

2                                      L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
d'hui cependant la plupart des érudits patronnent de préférence une_ origine différente du nom, et veulent que le nom d'Alsaciens, ou, (Vhommes établis sur la terre étrangère, ait été donné par les Alla-mans de la rive droite du Rhin à ceux de leurs compatriotes qui, les premiers, prirent pied sur la rive romaine du grand fleuve1.
Mais ce nom d'Alsace s'est appliqué, dans le cours des siècles, à des étendues territoriales bien différentes. Si, dans le sens de la largeur il a toujours répondu à la bande de terrain qui remonte des, bras multiples du Rhin à la crête des Vosges ou au rebord du pla­teau de Lorraine, il y a eu des extensions considérables vers le Sud et plus encore vers le Nord. Peut-être, dans son acception la plus ancienne, le pagus Alsacinse n'a-t-il compris que la partie moyenne de l'Alsace, renfermée entre le Selzbach au nord et l'Eckenbach au midi2. En tout cas, et dès la fin du VIIIe siècle, il gagne de plus eix plus vers le Sud, et finit par embrasser le Nortgau et une partie du Suntgau, refoulant ce dernier vocable, qui au XIIe siècle encore s'appliquait au pays jusqu'à l'Eckenbach, au delà de la Thiir, où il, reste définitivement fixé, par rapport à l'Alsace 3.
Vers le Nord, la détermination de la frontière alsacienne fut plus lente et plus compliquée. Si d'assez bonne heure une partie du Spirgau fut considérée par certains auteurs .comme appartenant à l'Alsace, il se trouve d'autres géographes pour maintenir en plein XVIIe siècle les frontières de l'Alsace proprement dite à la lisière septentrionale de la Forêt-Sainte de Haguenau, à la Zorn et à la Moder, en même temps qu'ils ne lui laissaient pas dépasser au Sud la Thur, la banlieue d'Ensisheim et la forêt de la Hardt*. Après que les traités de Westphalie eurent placé Landau, comme les autres villes de la Décapole, sous la suzeraineté de la France, l'opinion publique s'habitua peu à peu à reporter la véritable frontière de l'Alsace des bords de la Lauter à ceux de la Queich. Mais officiellement ce der-
1.  W. Hertz, Deutsche Sage im Elsass (Stuttgart, 1872), p. 14, et surtout Cb. Pfister, Le duché mérooingien d'Alsace JNancy, 1893), p. 6-7. Nous nç mentionnons que pour mémoire l'opinion émise au XVI8 siècle par plusieurs écrivains, par Sébastien Munster, entre autres, qui dérivaient Elsass de Edclsaxs, « terre des nobles » ou « quasi noble assiette », comme dit le tra­ducteur du géographe suisse, p. 513.
2.  Schricker, op. cit. M. Pfister se prononce contre cette étendue plus res^ treinte, sans me convaincre entièrement. Je doute que le souvenir de la vieille frontière romaine, marquée précisément à l'Eckenbaob entre la Geif-manie et la Séquanaise, ait disparu de si bonne heure.
3.  Vers le sud également les limites du Sundgau restèrent longtemps flot* tantes, par rapport à la Bourgogne, la Suisse et la Franche-Comté.
4.  Réimpression de la Panegyris Carolina de Jérôme Guebwiler, faite ji Strasbourg en 1642, p. 12.

LE PAYS                                                      3
nier tracé resta longtemps sujet à litige. Encore en 1702, un mémoire dressé par l'intendant d'Alsace avouait « qu'à la vérité les bornes de l'Alsace du côté de l'Allemagne n'ont pas encore esté bien précisément deci'ittes ny limitées' ». La question venait à peine d'être tranchée quand la Révolution effaçait les vieilles frontières et les traités solennels qui les avaient établies.
Il ne saurait cependant y avoir de doute sur l'acception à donner au nom de l'Alsace, alors qu'on l'emploie au XVIIe siècle, dont nous avons seul à nous occuper ici. C'est bien de l'ensemble du territoire, s'étendant de Belfort à Landau, dans l'intérieur des terres, et de Huningue à Guermersheim, le long du Rhin, que l'on entend parler % et la géographie officielle du temps indique nettement ses contours,, en disant que « la province d'Alsace est située entre l'Allemagne, dont elle est séparée par le Rhin, la Suisse qu'elle confine par les terres du canton et evesehé de Basle, la principauté de Montbelliard, la Franche-Comté, la Lorraine, la Sarre, le duché de Deux-Ponts, le Palatinat et les terres de l'evesché de Spire 3 ». Si elle se trompe quelque peu dans l'évaluation de la superficie de ce territoire, c'est moins à cause du peu de précision des frontières que parce qu'elle néglige les terrains improductifs et ne s'intéresse guère aux forêts et aux montagnes1. La seule modification notable introduite depuis, dans celte délimitation traditionnelle a été l'œuvre de la Révolution; pour des raisons d'ordre politique et religieux, celle-ci a réuni à l'ancienne Alsace les territoires du bassin de la Sarre orientale, qui continuent à faire partie de la Basse-Alsace actuelle, après avoir été fondus dans le département du Bas-Rhin, sans avoir jamais appai-tenu jadis à la province d'Alsace.
La géographie générale de l'Alsace est une des plus simples sur toute la carte de l'Europe. Son territoire occupe la moitié occiden­tale de la grande vallée du Rhin moyen, renfermée entre les contre-
1.  Mémoire sur l'Alsace, 1702, fol. 186 (Manuscritde la Bibliothèque de la ville de Strasbourg).
2.  La Grange, Mémoire sur l'Alsace, 169S, fol. 11. Ilexiste de nombreuses copies de ce mémoire ; je citerai d'après celle qu'a faite l'archiviste Xavier Horrer, en l'enrichissant d'additions multiples, et qui se trouve à la Biblio­thèque municipale de Strasbourg.
3.  Mémoire de 1702, fol. 1. Si P. Duval, dans son volume assez rare. L'Italie et l'Allemagne, dédiées à M. de Lamoignon, etc. (Paris, chez l'au­teur, 1668, in-16), dit, p. 157 : « On connaît sous le nom d'Alsace toute la région qui se trouve deçà et delà le Rhin, entre la Lorraine, la Suisse, la Souabe, etc., » c'est qu'il y comprend le Brisgau, chose assez naturelle, puisque l'intendant d'Alsace résidait eu ce moment à Brisach*
4.  C'est pourquoi La Grange ne donne à l'Alsace que « 4-5 lieues au plus» de largeur (fol. 11), Horrer constate qu'il néglige les montagnes.

4                                           L ALSACE AU XVIIe SIECLE
forts des Vosges et de la Forêt-Noire, qui ont été primitivement, sans doute, une seule et même chaîne, séparée longitudinalement par une iissure élargie de plus en plus1. Le voyageur qui descend par la voie ferrée de Bâle à Strasbourg, peut saisir d'un coup d'œiL le caractère général de notre province, son profil abrupt descendant de l'Ouest vers le fleuve, avec sa triple zone juxtaposée de mon­tagnes, de collines, et de champs ou de prairies. La plaine, plus ou, moins large, de quatre à sept lieues environ, se présente plate, uni-i forme de Bâle à Lauterbourg, sur une étendue de deux cents kilo-_ mètres 2, tantôt couverte de céréales et d'autres cultures, là où pré­domine le loess rhénan, tantôt présentant les derniers restes des vastes forêts d'autrefois, réduits à de maigres taillis, là où le Rhin lui-même et ses affluents vosgiens ont recouvert de sable et de gra­vier le limon primitif plus fertile3. Au-dessus d'elle, se dressent les_ coteaux et les mamelons de la plaine, les uns mis en culture depuis un temps immémorial, les autres recouverts de vignobles ou de châtaigniers, et dominés à leur tour par la chaîne des Vosges, qui forme la limite au couchant, avec ses forêts épaisses, et, dans sea parties les plus hautes, avec ses cimes arrondies, dénudées par les bises hivernales, dont les pâturages alpestres nourrissent en été de nombreux troupeaux4.
Ce n'est pas d'hier seulement que l'Alsace est signalée comme l'un des plus attrayants parmi les cantons montueux de l'Europe centrale, sinon comme « le plus charmant de tous 5 ». Dès le milieu, du XVIe siècle, le célèbre géographe Sébastien Munster en donnait une description enthousiaste dans sa Cosmographie, où il affirme qu' « il n'y a point encore une aultre région en toute la Germanie: qui puisse ou doibve estre comparée au pays d'Alsace0 ». Au XVIIe siècle, môme après les terribles dévastations de la lutte tren­tenaire, au milieu des guerres incessantes du règne de Louis XIV, elle ne faisait pas une impression moins agréable aux visiteurs du
1.  A. Himly, Formation, territoriale des États de l'Europe centrale, 1, p. 102-103.                                                                                                 :
2.   La pente entre Colmar et Strasbourg est d'une soixantaine de mètres, Colmar se trouvant à 200 mètres, Strasbourg à 140 mètres environ au-dessus du niveau de la mer.
o. Voy. sur la géographie physique de l'Alsace les ouvrages de Charles Grad, Heimatskunde (Colmar, 1878, in-8»), et l'A feace (Paris, 1889, in-fol.).
4.  Le ballon de Guebwiller, le plus élevé de tous ces sommets, atteint 1426 mètres.
5.   Himly, Formation territoriale, I, p. 103.
6.  La Cosmographie unioerselle, nouvellement translatée, Basle, Henriç-petri, 1552, fol., p. 511.

LU l'AYS                                                              5
dehors. Un touriste militaire, enfant de la plantureuse Bourgogne, (•crivait en 1674, en rentrant dans ses foyers : « L'Alsace passe pour une des meilleures provinces de l'Europe, et la contrée où nous avons élé porte abondamment tout ce qu'on peut souhaiter pour la commodité de la vie. Les vallons sont traversés par des rivières fort poissonneuses, sur le bord desquelles sont de belles prairies où l'on nourrit grande quantité de bétail. Les pentes et même en quelques endroits les sommets des montagnes, sont culti­vés et portent de très bons grains et des vins assez délicats, et ce qui n'est pas cultivé n'est pourtant pas inutile, car il est couvert de bois, dont une grande partie est de haute futaie, qui produisent des châtaignes et des glands en très grande abondance el qui fournissent une très grande quantité de gibier1.» Peu après, un Jésuite de Fri-bourg, le R. P. Jean Kœnig, affirme que notre province est le jar­din, mieux que cela, le Paradis du monde germanique. Il y signale Cérès et Pomone, embellissant les plaines, et Bacchus souriant sur les coteaux; les rochers eux-mêmes n'y sont pas stériles comme en d'autres contrées, mais cachent de riches veines d'argent et de plomb 2.
Même après les nouveaux désastres de la guerre delà succession d'Espagne, au début du XVIIIe siècle, cette note élogieuse ne tarit pas, etc'est avec un entrain lyrique que François d'Ichtersheim, l'auteur de la Topographie alsacienne, reprend le panégyrique de « ce paradis terrestre qui captive le cœur et les regards », avec ses villes et ses villages coquets aux maisons de pierre, cachées au milieu des jardins et des vergers, entourés « d'une mer d'épis doucement bercés par la brise, et mêlés à un nombre infini de fleurs, aux mille nuances et d'un suave parfum3 ».
§ 1. Montagnes
La conformation générale de ce territoire si favorisé était bien connue déjà au XVIIe siècle. La grande carte d'Alsace dressée par l'ingénieur strasbourgeois Daniel Specklin et publiée en 1576,
1.  Claude Joly, Relation de ce qui s'est passé à la convocation et pendant le voyage de l'arrière-ban de France eu Allemagne, en 1674 (Paris, Anselin, 1836, 8-1, p. 55.
2.  J. Kœnig, Institatio geor/rapkica... quibus aecedit topographia Alsatiae et Brisgoiae, etc. Argentorati, Dolhopff, 1677,16°, p. 99.
3. F. R. von Ichtersheim, Elsaessische Topographia (Regenspurg, Seidel 1710, 4»), II, p. 5.

6                              l'alsace au xvne siècle
donne une orientation suffisante pour les contrées, de la plaine et les vallées extérieures latérales. Mais le massif même des Vosges, encore très peu visitées, y est mal dessiné, et les mamelons réguliers qui le composent sont des signes purement conventionnels. On savait sans doute que de hautes montagnes, appelées de toute ancienneté les Chaumes, « dedans les monts des Vôges », formaient un mur séparant le duché de Lorraine de « la plaine d'Aulsay, es sommets desquelles sont de beaux gazons et riches pâturages, qui ne manquent en fontaines, les plus belles et les plus abondantes qu'on puisse désirer1 », mais, sauf les marcaires et les chasseurs, et peut-être quelques contrebandiers, nul ne songeait à escalader ces cimes, ni surtout à fixer les contours de ces régions perdues. L'aumônier militaire irlandais, le P. Thomas Carve, qui traversa ces contrées vosgiennes pendant la guerre de Trente Ans, en. suivant les troupes impériales de Colmar à Remiremont, parie avec une espèce de terreur du spectacle admirable qu'offraient ces; « horribles montagnes » couvertes de neige à leur sommet, de moissons à mi-côte, de vergers et de prés à leur base2.
Ce sentiment d'effroi persista longtemps encore et jusque vers le milieu du siècle suivant3; pour l'époque qui nous occupe, nous: n'avons rencontré de description tant soit peu cohérente des montagnes d'Alsace que dans la Topographie d'Ichtersheim, citée, tout à l'heure, et dont l'auteur avait sans doute_gravi lui-même: autrefois les hauteurs du Ballon de Guebwiller et du Hohneck*. On croit sentir comme un ressouvenir de sa lointaine jeunesse dans les lignes qu'il consacre aux « hautes montagnes», particulièrement à celles qui sont en arrière des vallées de Munster, de Murbach et de Saint-Amarin. « Elles s'élèvent, dit-il, si haut dans les airs qu'elles ne dépassent pas seulement lés cimes environnante_s, mais pénètrent jusque dans les couches supérieures de l'atmosphère, où l'on peu t apercevoir quelquefois avec bonheur au-dessus de soi le plus beau ciel du monde, tout bleu, tandis qu'on voit en même temps, avec terreur et stupéfaction, à ses pieds, s'échapper des nuages, un
t. Description manuscrite de 1594, de Thierry Alix, président de la Chambre des comptes de Lorraine, citée par Grandidier, CEuores inédites, vol. VI, p. 29.
2. Itinerarium R. D. Thomœ Carce (Moguntise, Heyll,1639, 16»), p. 145-146.
3.  Dans la description de l'ascension du Ballon de Guebwiller faite par l'archéologue Audré Silbermann, en 1745, on parle de la « cime vertigi­neuse » (Schauorooller Scheitel) de la montagne. Eriese, ffistorische Merckwardigkeiten (Strassburg, 1802, 18°), p. 2.
4.  Ichtersheim, II, p. 3. Son père avait été bailli de Saint-Amarin.

LK PAYS
déluge d'eau avec de la grêle et des éclairs, qu'on entend le ton­nerre, et qu'on se rend compte ainsi de la puissance de Dieu dans la nature... 11 y a là haut soit de vastes forêts, soit des pâturages. L'herbe y pousse, drue, entremêlée de gentianes, de boutons d'or et de toutes sortes de fleurs, rouges, blanches, brunes et jaunes, ainsi que de racines et d'herbes précieuses. »
Mais de pareilles descriptions sont rares et de toutes les cimes nombreuses que les manuels de géographie modernes et nos cartes actuelles énumèrent depuis le col de Yaldieu jusqu'à la frontière de la Bavière rhénane1, il en est bien peu que l'on trouve men­tionnées au XVIIe siècle, et ce ne sont pas les plus hautes. Les cols étaient naturellement mieux connus, puisque c'était en les traversant que s'opérait en partie le trafic du sel, du bétail et de quelques autres marchandises entre l'Alsace et la Lorraine. Mais il faudrait se garder de croire qu'en ces temps-là les nombreux chemins ouverts depuis dans la chaîne des Vosges, par l'art des ingénieurs, pour les besoins du commerce, existassent déjà, ne fût-ce qu'à l'état primitif. « Les principaux passages pour entrer du costé de France en Alsace, dit le Mémoire de 1702, et pour y conduire des armées et des voilures, sont celui de la vallée de Saint-Amarin qui entre par Bussang et de là à Thannes ; le val de Lièvre et de Sainte-Marie-aux-Mines, qui aboutit à Schelestadt; la grande route de Paris à Strasbourg, en passant à Phalsbourg et de là à Saverne. Ces deux derniers passages sont bons et le dernier est meilleur que l'autre. Il y en a un quatrième qui passe de Bitsche à Ingwiller et Haguenau; le dernier est celui de la vallée de Deux-Ponts qui vient par Annwiller à Landau2. » En dehors de ces trois grandes routes, le col de Bussang, celui de Sainte-Marie-aux-Mines et la descente de Saverne3, par lesquelles tant de fois des armées ont fait irruption dans la plaine alsacienne au XVIIe siècle, il existait sans doute encore d'autres passages, moins fréquentés, mais suivis pourtant par les trafiquants d'Alsace et parfois aussi par quelque troupe de hardis partisans, avides de butin, et que n'effrayait pas une escalade prolongée. On peut mentionner la Scherhol ou le col du Pigeonnier, près de Wissembourg, le passage de la Petite-Pierre,
1.  Ch. Grad, Orographie de la chaîne des Vosges (Reoue d'Alsace, 1877, p. 242.)
2.  Mémoire de 1702, fol. 4»b. Ces indications se trouvent d'ailleurs déjà chez La Grange, fol. 13.
3.  Le col de Bussang est à 722 mètres, celui de Sainte-Marie à 780 mètres, la montée de Saverne à 428 mètres au-dessus du niveau de la mer.

8                              l'alsack au xvii'' siècle
le chemin de Mutzig par le Donon, le col du Bonhomme surtout, qui servait au transport du sel de: Lorraine, etc.1 .
Les contreforts de la chaîne principale, aboutissant à la plaine étaient mieux connus, cela va sans dire. Là s'élevaient encore au XVIIe siècle d'assez nombreux châteaux, dont quelques-uns n'ont disparu que dans les guerres incessantes qui ravagèrent l'Alsace de 1630 à 1680, et qui restaient en communication suivie avec les populations voisines. Celles-ci venaient prendre d'ailleurs dans les forêts qui recouvraient alors en majeure partie ces chaînons latéraux, leurs bois de construction et de chauffage; cette exploi­tation formait une des principales richesses du pays, et comme elle était âproment disputée entre les seigneurs, grands et petits, et les communautés rurales environnantes, on comprend que cette région vosgienne moyenne était infiniment mieux explorée que la première. Aussi a-t-elle laissé une trace autrement considérable dans la littérature contemporaine. Nous n'avons pas à nous occuper en ce moment de son exploitation industrielle et commerciale, ni de sa valeur également considérable au point de vue de l'élève du bétail ; il en sera question plus tard.
Les forêts actuelles de l'Alsace, pour considérables qu'elles soient, ne constituent plus qu'une faible partie de celles du XVI0 et du XVIIe- siècle. Les plus étendues, celle de la Hardt dans la Haute-Alsace, la Forêt-Sainte au nord de Haguenau, le Bienwald au nord de la Lauter, ne sont plus que les débris de ce qu'elles étaient autrefois. En 1698, alors qu'elle avait déjà été exploitée à outrance, la forêt de la Hardt avait encore huit lieueg d'étendjje sur trois de largeur, celle de Haguenau quatre lieues de long sur cinq de large, le Bienwald à peu près la même étendue8. Celles de la montagne, moins commodément situées, privées presque partout des chemins d'exploitation nécessaires, ne servaient guère que pour leglandage3. On nous représente certaines régions comme « une forêt presque continuelle et fort épaisse de sapins, peuplée d'une grande quantité de venaison et même d'animaux dangereux * » et où : « l'on ne peut marcher qu'à la file, entre des montagnes toutes
1.  La Grange, fol. 13. Voy. aussi Grad, op. oit. (Reoue d'Alsace, 1877, p. 247.)
2.  La Grange, fol. 14.
3.  Encore en 1702 on se plaignait dans le Mémoire officiel, déjà cité, qu'on n'avait toujours pas trouvé le moyen de « rendre ces excellents matériaux aux ports de Sa Majesté » (fol. 3).
4.    Mémoires de deux eoyages en Alsace, publiés par J. Coudre (Mulhouse, 1886, 8»), p. 40.

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hérissées de sapin qui dérobent le jour et la vue du ciel1 ». Â côté du sapin dont les variétés diverses semblent avoir constitué princi­palement les forêts des hauteurs, du moins dans la Haute-Alsace, le chêne et le hêtre y tiennent la place principale, le premier sur­tout, disparu de nos jours en bien des endroits, par suite d'une exploitation inintelligente ; c'est lui qui était l'arbre favori de nos' ancêtres, à cause de la nourriture abondante qu'il fournissait aux troupeaux innombrables de porcs menés à la glandée. a Les mon­tagnes qui séparent l'Alsace de la Lorraine sont couvertes d'une infinité d'arbres, de chesnes beaux et excellens pour le service de la marine, suivant le rapport qui a esté fait par des gens habiles que l'on a envoyé les visiter à cette fin. Il s'y trouve aussi quantité de sapins qui portent jusques à six-vingt pieds de hauteur2. Les ormes et les érables, le châtaignier, l'if et le sureau, telles sont les autres essences forestières mentionnées par nos sources du XVIIe siècle J. Ces vastes forêts, tant celles des Vosges que celles de la plaine, étaient habitées alors par une foule de bêtes sauvages dont un bien petit nombre seulement se retrouve encore aujourd'hui devant le fusil des chasseurs d'Alsace. L'urochs et le bison, l'élan et le bou­quetin des Alpes que chassaient les rois mérovingiens aux alentours de leurs villas de Kirchheim et de Rouffach, avaient depuis long­temps disparu au XVIIe siècle4. Mais l'ours brun vivait encore en assez grand nombre sur les flancs abrupts du massif du Holmeck; il dévastait les vignobles de Thann et descendait en 1675 jusque dans la vallée de Barr". Le loup n'infestait pas seulement la mon­tagne, mais circulait par bandes dans la plaine et pénétrait même dans l'enceinte des villes fortifiées G. En fait de carnassiers moins dangereux, le chat sauvage, le lynx, le renard, le blaireau, la mar­tre se rencontraient en grand nombre. Des troupes de chevaux sau­vages erraient sur les hauts plateaux lorrains et le versant occidental des Vosges, aussi difficiles à prendre, à ce qu'assure le bon Elisée Roeslin, que les cerfs les plus rapides7, également fort nombreux
1.  Mémoires de deux voyages, p. 117.
2.  Mémoire de 1702, fol. 3 a.
3.  Ichtersheim.I, p. 2.
4.  Si tant est qu'ils y aient jamais été. M. Bleicher (Les Vosges, p. 214) n'admet pas. en désaccord sur ce point avec Ch. Gérard, que l'élan ait existé en Alsace, même au moyeu âge.
5.  Gérard, Faune historique d'Alsace, p. 111-112. Le dernier ours ne fut tué qu'en 1755 dans la vallée de Munster.
6.  Hecker, Munster im Gregorientkal, p. 170.
7.  Gérard, p. 277. Specklin.dans sa carte de 1576 inscrit aussi sur la crête

10                                    L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
au XVIIe siècle 1. Alors comme aujourd'hui cependant, les deux hôtes les plus répandus de nos forêts étaient le chevreuil et le san­glier,que les hécatombes des grandes chasses d'alors (nous y revien­drons ailleurs) ne parvenaient pas à décimer2. Encore vers le milieu du siècle, ce gibier foisonnait au point qu'on en voyait des bandes entières se baigner dans les rivières, assez près des portes des villes pour qu'on pût les observer et les compter à loisir3. Les lièvres abondaient ; les coqs de bruyère, si rares de nos jours, étaient un gibier fréquent au début du XVIIIe siècle i, et le faucon, l'autour et le gerfaut faisaient alors une guerre incessante aux hôtes ailés inoffensifs de la forêt5.
§ 2. Cours d'eau
De ces collines boisées, de ces montagnes plus hautes et qui pa­raissaient si imposantes aux rares touristes de l'époque, descen­daient vers la plaine des cours d'eaux nombreux, mais de minime importance, qui se dirigeaient presque tous, d'une course plus ou moins oblique, soit directement vers le Rhin, soit vers l'Ill, son principal tributaire en Alsace. Avant de dire un mot de ces modes­tes affluents vosgiens, il faut donc parler du grand fleuve qui sépa- T rait l'Alsace du reste du Saint-Empire romain, mais en lui offrant par contre la voie de communication la plus rapide et la moins dis­pendieuse avec le dehors.
Le Rhin, qui longe le territoire alsacien de Huningue à Lauter-bourg, conserve une allure précipitée pendant presque tout ce par­cours, la pente étant fort rapide de Bâle à Neuf-Brisach, et très accentuée encore jusqu'à l'embouchure de 1*111 près de Strasbourg; le courant ne prend une allure un peu plus modérée qu'au delà de ce point jusqu'à la frontière alsacienne0.
C'est une descente de cent trente-cinq mètres environ que les
des Vosges la légende : Menig wilde pfert. Après la guerre de Trente Ans on n'en entend, plus parler.
1.  Gérard, p. 340.
2.  En une seule chasse, faite en 1627 dans la forêt de laHardt,l'archiduc Léopold fit abattre six cents de ces pachydermes.
3.  P. Malachie Tschamser, Annales de Thann (année 1657), vol.II, p. 519.
4.  Ichtersheim, I, p. 1.
5.  Merian, Topographie, Alsatice, Frauckfurt, 1644, p. 3.
6.  Le niveau du Rhin à Huningue est à 240 mètres au-dessus du niveau de la mer, de 195 m. à Neuf-Brisach, de 135' m. à la Wàntzenau, près Strasbourg, de 104 m. à Lauterbourg. Ch. Grad, Reoue d'Alsace, 1877, p. 247.

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masses d'eau puissantes, venant de la frontière suisse, accomplis­sent sur une étendue d'un peu plus de deux cents kilomètres. Il ne faut pas oublier cependant que le Rhin n'était pas alors resserré partout, comme il l'est aujourd'hui, par des endiguements continus, qui, l'empêchant de répandre à droite ou à gauche le superflu de ses eaux, accentuent de beaucoup la célérité de sa marche et ren­dent actuellement son cours supérieur en Alsace inutilisable pour tout trafic et toute communication suivie. Au XVIIe siècle, la navi­gation rhénane était encore possible jusqu'à Bâle, bien qu'exposée à des embarras sérieux. Le Rhin servait alors « comme de rempart à l'Alsace contre les insultes de ses voisins en temps de guerre 1 », mais on 'signalait en même temps la difficulté de remonter son cours, « et particulièrement en été, lors de la fonte des neiges dans les montagnes de la Suisse et des pluies, qui le font déborder et enfler de six à sept pieds en deux fois vingt-quatre heures 2 ». Même à la descente, la circulation y était réputée « très dangereuse, à cause des arbres qu'il roule et qui s'arrestent dans son lit3». S'étalaiit au large dans les terres basses du Sundgau et du Brisgau, et plus encore sur celles de la Basse-Alsace et du margraviat de Bade, ses bras tortueux encadraient partout le cours principal du fleuve, formant des îles innombrables et d'étendue très diverse. « Depuis Huningue jusqu'à Fort-Louis, il y a peu d'endroits, dit une de nos sources, où l'on voye la largeur entière, d'une rive à l'autre, à cause des bois qui croissent dans ces isles 4. »
Malgré son cours rapide, il était fort poissonneux, et les carpes et les brochets du Rhin, les saumons et les esturgeons monstrueux qui en remontaient le cours étaient connus au loin 5. Dans les îles boisées gîtaient des colonies de castors, assez nombreuses pour fournir encore au début du XVIIIe siècle un rôti fort apprécié 6. Les inondations fréquentes du fleuve couvraient « les terres adja­centes d'un sable qui les rend stériles ; surtout dans la Haute-Alsace, du costé de la forêt de la Hart, il emporte les rivages et change souvent de lit7 ». Sans doute les chroniques du XVIIe siècle ne nous relatent plus d'aussi curieux bouleversements que ceux du moyen âge, où les caprices du Rhin transportèrent Brisach de
1.  La Grange, fol. 2.
2.  Id., ibid.
3.  Mémoire de 1702, fol. 2 a.
4.  Ibid., fol. 2 b.
5.  Chronique de Trausch, publiée par L. Dacheux, p. 47.
6.  Gérard, Faune historique, p. 237.
7.  La Grange, fol. 2.

12                               l'alsace au xvii1" siiiCLii
la rive gauche à la rive droite, après en avoir fait pour un temps une île au milieu des eaux 1,et engloutirent la riche abbaye de Honau, puis la vieille ville dcRhinau, au XIIIe et au XIVe siècle. On ne vit plus, à l'époque dont nous parlons, les eaux du fleuve pénétrer jusque dans les rues de Strasbourg, comme il était advenu plusieurs fois, deux cents ans plus tôt2. Mais trop souvent les communes rive­raines furent menacées ou môme détruites auXVII0 siècle3 et encore au XVIIIe siècle *, et les dégâts étaient parfois très considérables s.
Quant à une répression systématique et régulière de ces incursions si fréquentes des hautes eaux,on n'en rencontre point de trace avant l'établissement de l'administration française. Sans doute des travaux de protection étaient entrepris à certains endroits; ainsi les Ober-bauherrcn de la République de Strasbourg surveillaient durant tout le XVIIe siècle les digues de leur banlieue0, et dans d'autres localités en­core on rencontre trace de travaux analogues7, mais il ne se faisait au­cun effort complet ni commun pour détourner le danger. Ce sont les intendants d'Alsace au XVIIIe siècle qui ont eu l'honneur d'entre­prendre la grande lutte, continuée jusqu'à nos jours, contre le fleuve si menaçant pour les villages établis sur ses bords et « ne donnant point de relâche aux habitants » ; ce sont eux qui, pour mettre fin à des irruptions répétées, ont imaginé, comme l'écrivait l'un d'eux vers 1750,« de construire non seulement des épis et des digues, mais à barrer des bras entiers du fleuve 8 », assurant, il est vrai la sé­curité de l'agriculture aux dépens du commerce fluvial.
Après avoir parlé du Rhin, il ne reste plus à nommer, comme
1.  Au IXe siècle. Voy. Rossmann et Ens, Geschichte der Stadt Breisach (Fribourg, 1851), p. 42-4H.
2.   Hegel, Strassburger Chroniken, vol. II, p. 866.
3.  En 1651, une violente crue du Rhin envahit le village d'Offendorf près Bischwiller, daus la Basse-Alsace. Le pasteur de la localité, Quirin Mo-scheroseh, frère du poète satirique, eu a conservé le souvenir dans une pièce devers inscrite au registre paroissial. (Nouvelle Reoue Catliolique d'Alsace, 1883-84, p. 284.)
4.   Le village de Kuenheim disparut ainsi en 1766. Voy. Souvenirs de J. F. Au/schlager.publiés parRod. Reuss. Strasbourg, 1893,16°, p. 6.
5.  Le P. Malaehie Tschamser dit qu'en 1649, l'inondation du fleuve causa en Haute-Alsace pour plus de cent mille écus de dommages. Annales, vol. II, p. 550.
6.  Voy. Rod. Reuss, Geschichte des Neuhofs belStrassburg, Stras.sb., 1884, 8°, passim.
7.  A Lauterbourg, par exemple, les comptes delà ville pour 1613,1617, etc., portent des dépenses pour endiguenients nouveaux. Benz, Lauterbourg, Strasb.,1844, p. 223.
8.  Papiers de l'intendant de Serilly, toni. IV, p. 1089. Archives delà Basse-Alsace.

LE PAYS                                                     13
cours d'eau alsaciens, que des rivières tout à fait secondaires1. L'Ill elle-même, l'artère alsacienne par exellence, garde dans son coues longtemps irrégulier des dimensions fort modestes ; depuis le moment où elle sort de terre entre Winkel et Ligsdorf, au sud de-Ferrelle, sur les dernières pentes du Jura, jusqu'àcelui où elle se déverse dans le Rhin, près de Strasbourg, elle fournit à peine 180 kilomètres. Comme elle dévale sur ce parcours restreint d'une hauteur de près de 400 mètres2, elle a longtemps les allures d'un torrent plutôt que celles d'une rivière, et même après avoir atteint la plaine à Mulhouse, sa course n'en reste pas moins irrégulière et vagabonde3. Un vieux dicton de la Haute-Alsace, qui remonte pro­bablement au XVIIe siècle, disait que l'Ill coulait où elle voulait*. Quand elle se gonfle des eaux de pluie, ou par la fonte des neiges, surtout après une sécheresse prolongée, elle quitte son lit ordi­naire pour s'en creuser un autre dans le sol limoneux de la plaine, et plus d'une fois, même au XVIIIe et au XIXe siècle, les ingénieurs officiels ont vu les ponts construits par eux se dresser sur des terrains complètement abandonnés par la rivière. Le peu d'égalité de son débit a de tout temps empêché la circulation, même avec des barques de dimensions restreintes, sur la partie supérieure de son cours5. Ce n'est qu'en aval de Colmar qu'on a pu l'utiliser d'une façon sérieuse, pour le transport des céréales et des vins et pour le flottage des bois. A partir de l'embarcadère, du Ladlwf de cette ville, jusqu'à son embouchure, l'Ill a, par contre, rendu des ser­vices considérables, quand les routes de terre étaient mauvaises et peu sûres, et au XVIIe siècle l'intendant La Grange la proclamait « fort utile pour la province, particulièrement pour le commerce des vins, eaux-de-vie et vinaigres, qui se voiturent depuis Colmar jusqu'en Hollande0 ».
La plupart des petits affluents de l'Ill n'ont aucune importance
1.  On peut faire abstraction, dans cet aperçu sommaire des cours d'eau alsaciens, de l'AUaine et de la Savoureuse qui appartiennent au bassin du Doubs.
2.  Grad, Reçue d'Alsace, 1877,p. 247 ;plus exactement, c'est de 392 mètres.
3.  A Mulhouse, l'Ill est encore à 240 mètres au-dessus du niveau de la mer.
4.  « Die III geht ico sie wlll. » Grad, Aperça statistique et descriptif de l'Alsace, Mulhouse, Bader, 1872, p. 4.'
5.  Ch. Grad prétend bien qu'avant la guerre des Paysans des travaux d'art rendaient l'Ill navigable jusqu'à Altkircta, mais nous n'avons rencontré nulle part de documents qui permettent de l'affirmer. (Grad, Scènes et paysages des Vosges, Renie d'Alsace, 1878, p. 98.)
6.  La Grange, p. 6. Nous y reviendrons en parlant du commerce.

14                            l'alsace au xviic siècle
historique ou géographique ; même au point de vue économique, ils étaient loin d'offrir l'intérêt qu'ils présentent aujourd'hui comme force motrice régularisée d'une des régions industrielles les plus actives de l'Europe. Ils se précipitent avec impétuosité à travers leurs étroites vallées, quand les neiges ou les pluies ont grçssi leurs eaux, mais en été ils sontà peu près complètement taris1.
Comme l'IU elle-même, la Largue sort du Jura près du village d'Oberlarg, à une lieue et demie de Perrette, et se déverse dans l'IU, au-dessus d'Altkirch, près du village d'IUfurlh, après avoir par­couru un peu plus de quarante kilomètres. La Dollej-, qui arrive du fond de la vallée de Sewen, passe par Massevaux, et gagne 1*111 près d'Illzach, à une lieueenviron au-dessus de Mulhouse. La Thur prend sa source près de Wildenslein, sur le Grand-Ventron, au haut de la vallée de Saint-Àmarin, et passe par Thann et Cernay. Elle formait au XVIIe siècle la séparation entre le Sundgau et la Haute-Alsace proprement dite. Après une course très rapide de cinquante kilomètres, elle se déverse dans l'IU, au-dessous de Colmar.
La Lauch descend d'une allure plus sauvage encore vers la_ plaine, ses sources étant à 1160 mètres de hauteur, au fond de la vallée de Lautenbach; elle traverse Murbach et Guebwiller et tombe dans l'IU, après avoir longé Colmar; un de ses bras rejoint la Thur entre Golmar et Sainte-Croix.
De tous les affluents de l'IU la Fecht accomplit la descente la plus considérable, car ses sources se trouvent à 1200 mètres d'élé-^ vation sur le flanc du Hohneck ; elle arrose dans toute sa lon­gueur la vallée de Munster, et se déverse dans l'IJl près d'Illhaeu--sera, après avoir accueilli près d'Ostheim les eaux de la Weiss et celles du Strengbach, un peu plus loin.
L'Eckenbach, faible ruisseau, qui se jette dans FUI entre Guémar^ et Schlestadl ne mérite ici de mention que parce qu'il a marqué* depuis des temps fort reculés, la limite de la Basse et de la Haute-Alsace.
Plus importante est la Liepvre qui descend .du Bonhomme, tra­verse la vallée de Saînte-Marie-aux-Mines, rencontre au débouché du val de Ville la Scheer, et se jette avec une partie de ses eaux, dans 1*111 près de Schlestadt.
L'Andlau naît au pied du massif du Champ-du»Feu, dans l'en-
1. Grad, Aperçu, p. 5. Aussi donnaient-ils lieu, au XVIIe siècle, à des inondations dangereuses. Celle du 5 mars 1649 coûta la vieà sept personnes à Tnann seulement (Tschamser, II, p. 550).

LE PAYS                                                    15
tonnoir du Hohwald, et après avoir absorbé les eaux de la Kirneck, qui sortent de la vallée de Barr, elle rejoint l'Ill en aval 'de Fe-gersheim.
L'Ehn ou Ergers sort de la vallée du Klingenthal, traverse Obernai, et apporte à l'Ill son contingent peu considérable au-des­sous du gros village de Geispolsheim.
De toutes les petites rivières tributaires de l'Ill, la plus constante dans son débit est la Bruche, qui naît sur le versant oriental du Climont, près de Saales, et qui, après avoir descendu la vallée de Schirmeck, débouche près de Molsheim dans la plaine qu'elle traverse, ayant encore absorbé les eaux de la Mossig et de la Hasel, pour atteindre l'Ill à quelques kilomètres en amont de Strasbourg. Sans aucune importance aujourd'hui, elle en avait davantage comme servant directement au flottage des bois avant que le canal de la Bruche fût creusé en 1682. Quant au dernier affluent vosgien de l'Ill, il est à peine nécessaire de le mentionner ici, puisque la SoufFel, en descendant des collines du Kochersberg, parcourt à peine cinq ou six kilomètres avant de s'y jeter aux alentours de la Wantzenau.
Par ce qui précède on a vu que, de sa source à son embouchure, l'Ill avait empêché, par son cours presque parallèle au grand fleuve, les eaux du versant oriental des Vosges de gagner directe­ment le fond de la grande vallée rhénane., C'est à peine s'il existe quelques faibles ruisseaux qui, comme la Zembs et Fischer, sourdent dans la forêt de la Hardt ou sur les collines du Sundgau, et vont se déverser presque immédiatement clans le Rhin.
Il en est autrement dans la Basse-Alsace, où de nombreux cours d'eau peuvent se développer librement vers l'Est, depuis la crête des Vosges jusqu'au thalweg rhénan. Le premier d'entre eux est la Zorn, dont les sources se trouvent au versant septentrio­nal du Gross-Mann. Elle traverse le pays si pittoresque de Dabo, et vient déboucher dans la vallée profonde qui sépare les Vosges centrales des Basses-Vosges, à la trouée de Saverne. Elle traverse cette dernière ville, Brumath, Weyersheim, puis, se dirigeant vers le Nord-Est, elle va rejoindre la Mocler près du village de Rohr-willer. A partir de Saverne, ses eaux suffisaient, par moments, au flottage des bois.
La Moder (au XVIIe siècle on écrivait la Motter) descend des Basses-Vosges, aux environs de la Petite-Pierre, traverse, grossie par son principal affluent, la Zinsel, Haguenau et Bischwiller, et depuis la première de ces villes, « elle porte bateaux jusqu'à Dru-

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senheim, où elle entre dans le Rhin, à cinq lieues au-dessous de Strasbourg1 ».
La Sauer a déjà ses sources en dehors de l'Alsace actuelle, dans la Hardt palatine. Elle coule dans la direction du Sud, traverse. Woerth, puis Surbourg, et se jette dans le Rhin, au-dessous de. Beinheim, à une lieue environ de Fort-Louis. Elle n'était point navi­gable5.
Le Seltzbach, moins important encore, naît près de Mitschdorf dans le canton de Woerth, à l'intérieur de la boucle de la Sauer, et gagne le fleuve près de la petite ville de .Seltz. Il n'a droit à une mention que parce qu'il a longtemps passé pour marquer les limites naturelles entre l'Alsace propi'ement dite et les terres pala­tines.
La Lauter jaillit au pied du Graefenstein dans la Hardt, se dirige d'abord vers le Sud, et traverse Dahn, puis oblique vers l'Est, arrose la banlieue de Wissembourg et se jette dans le Rhin, un peu au-dessous de Lauterbourg; les lignes stratégiques appuyées sur elle par les ingénieurs militaires, ont rendu son nom célèbre, d'un bout à l'autre du XVIIIe siècle.
La Queich enfin, le cours d'eau que M. de La Grange appelle « la dernière rivière d'Alsace », prend sa source dans la vallée. d'Anwiller, passe ensuite par Landau et gagne le fleuve à Ger-. mersheim. « Elle est assez forte pour porter bateaux, ajoute l'in­tendant dans le texte cité tout à l'heure, si on voulait y faire la dépense pour la rendre navigable, mais il n'y a aucune nécessité, parce qu'elle ne vient pas d'assez loin pour servir au commerce du païs3. »                                                                                            :
Pour ce qui est des voies fluviales artificielles, il n'en a guère existé avant le XVIIe siècle, ou, pour mieux dire, avant l'occupa­tion du pays par Louis XIV. Quelques canaux avaient été creusés, il est vrai, dans la Haute-Alsace, comme le Quatelbach, datant du. XIIe siècle, mais c'étaient des canaux d'irrigation ou des prises, d'eau destinées à l'alimentation des moulins en temps de sécheresse4.
1.  La Grange, fol. 7. Il s'agit ici, bien entendu, dé l'embouchure de la" Moder au XVII" siècle. De nos jours les grands travaux de rectification" du Rhin ont entièrement changé son cours inférieur, et l'embouchure de la Moder est aujourd'hui au delà de Fort-Louis. (Compar. la carte de Specklin, 1576 et celle de l'ètat-major allemand, 1879.)
2. La Grange, fol. 7.
3.  Id., fol. 9.
4.  Mercklen. Histoire d'Ensishcim, I, p. 117-123. D'autres canaux furent projetés, comme celui de la Bruche, que voulut faire établir l'évoque Guil-. launie de Ûiest, dans la première moitié du XVe siècle, ou celui de Phals-

LK PAYS                                                           17
Dans cette esquisse rapide de l'hydrographie alsacienne nous n'aurions pas, à vrai dire, besoin de mentionner, même en passant, les nappes d'eau stationnaires, disséminées sur le sol de la pro­vince, car, perdues dans les replis des Hautes-Vosges, ou bien éparses dans la plaine de la Basse-Alsace, elles n'ont point joué de rôle, à aucun point de vue, durant tout le siècle qui, seul, doit nous occuper ici. Non pas qu'elles aient été alors moins étendues ou moins nombreuses qu'aujourd'hui : bien au contraire. Dans la plaine surtout, les étangs sembleraient avoir existé en bien plus grand nombre, pour peu que nous puissions nous fier aux cartographes du XVP et du XVIIe siècle1. Mais les sites les plus pittoresques de nos Vosges, les plus admirés de nos jours, avec le lac du Ballon, le lac Noir, le lac Blanc, le lac Vert, perdus à neuf cents ou mille mètres au-dessus du niveau de la mer, n'étaient guère hantés en ce temps que par de rares bergers ou quelques hardis chasseurs, et les populations alsaciennes en ignoraient généralement l'existence ; à plus forte raison étaient-ils inconnus aux étrangers. De nos jours cependant, on a cru pouvoir affirmer qu'on avait utilisé ces lacs de montagne, depuis des temps fort reculés, comme réservoirs natu­rels, au profit de l'agriculture; on nous assure que d'anciennes car­tes, remontant au XVIe siècle, « indiquent l'existence de nombreuses digues, formant autant de réservoirs, étages les uns au-dessus des autres dans toutes nos vallées2 ». Bien que n'aj'ant jamais vu les cartes en question (qui ne sauraient être en tout cas des cartes imprimées, Car toutes celles qui l'ont été ne présentent rien de semblable], nous n'osons contredire absolument une affirmation aussi catégorique. En tout cas, ce n'est pas seulement « la guerre de Trente Ans qui a détruit la plupart de ces ouvrages3 » ; et ce qui est également certain, c'est que lorsqu'on a refait des barrages dans quelques vallées des Hautes-Vosges, vers la fin du XVIIe siècle
bourg, que le fantasque comte palatin George-Jean de la Petite-Pierre imagina de créer au XVIe siècle, mais qui n'obtint même pas un commen­cement d'exécution.
1.  J'ai eu la. curiosité de compter les lacs et les étangs marqués sur la grande carte de Specklin, de 1576 ; j'enai trouvé plus de quarante, de dimen-sious relativement considérables, alors qu'aujourd'hui on en nommerait à peine une douzaine.
2.  Ch. Grad, Scènes et paysages des Vosges, Reouo d'Alsace, 1878, p. 98.
3.  Nous avons parcouru des centaines de liasses de pièces inédites rela­tives aux misères de cette guerre dans la Haute-Alsace, et jamais nous n'y avons trouvé trace de plaintes sur le sujet touché ici: nous n'avons rien trouvé non plus d'y afférent, dans les dossiers relatifs à l'époque prospère antérieure à 1618.
R. Rll-ss, Alsace.                                                                                       2

18                                   L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
ces travaux furent considérés par les contemporains comme une innovation considérable1.
§ 3. Climat
S'étendant du 47e degré 30' au 49e degré 40' de latitude Nord5, l'Alsace devrait jouir d'un climat tempéré. Mais enfoncée dans le. corps de l'Europe, loin des mers, dans une situation toute conti­nentale, formant d'ailleurs avec les contrées de la rive droite dû. Rhin moyen un long couloir, alternativement balayé par les vents du Sud et par ceux du Nord, elle est de plus longée par un fleuve puis­sant, el sillonnée par une foule de cours d'eau de moindre impor­tance, dont l'évaporation constante imprègne l'atmosphère d'une humidité tour à tour lourde et pénétrante. Aussi l'Alsace est-elle plus sujette que d'autres contrées à des changements de tempéra­ture fort brusques et souvent excessifs dans Un sens ou dans l'autre, qui se produisent dans la plaine aussi bien qu'au sommet des montagnes. Les étés y sont chauds, les hivers longs et froids, les printemps très courts, les pluies abondantes, les orages fré^ quents, les gelées tardives et souvent désastreuses pour les vi­gnobles3.
Ces observations, toutes actuelles, avaient été déjà faites il y a deux siècles, et les paroles consignées au rapport de l'intendanjt La Grange pourraient être contresignées par un bureau météoror logique contemporain : « Les hivers sont longs en Alsace, à cause de la proximité des montagnes ; le printemps y est fort court,' à cause des neiges des montagnes de Suisse qui ne fondent qu'au mois de mai ; les chaleurs y surviennent tout d'un coup ; par les pluies fréquentes et la diversité des temps, les saisons y sont inconstantes et souvent elles passent d'une extrême chaleur au froid. Les automnes y sont fort souvent très agréables, en sorte que les fruits y parviennent à une parfaite maturité1. •» . .
Les impressions des contemporains étrangers varient au sujet du climat. Un Parisien qui voyageait en juillet .1675 dans le Sundgau, écrit « qu'il gelait de froid dans le fort de la canigule » en cet « af­freux désert » quoiqu'il eût un bon manteau et de grosses bottes3. Un
1.  Diariutn de Bernard de Ferrettet éd. Ingold, Colmar, 1894, p. 23.
2. Ch. Grad, Hei/natsluinde, p. 1551
3.  Id., p. 162.
4.  La Grange, loi. 17-18.
5.  Mémoires de deux voyages, p. 117.

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gentilhomme bourguignon, par contre, qui l'année d'auparavant se trouvait également dans les Vosges, au commencement de novembre,, déclare que « l'air d'Alsace est si doux, que, bien que nous fussions campés sur des montagnes qui, depuis la Lorraine, sem­blaient plus élevées que les nues, nous n'avons point senti de froid, à la Toussaint, qui ne fût fort supportable1 ».
En apparence du moins, les documents ne font pas défaut pour décider entre des assertions aussi contradictoires. Depuis le moyen âge jusqu'au XVIIIe siècle les chroniqueurs locaux ont soi­gneusement noté les variations extrêmes de la température; mais ce sont précisément les données extrêmes qu'ils nous ont con­servées et les moyennes ne figurent pas d'ordinaire dans leurs notices. Même en additionnant soigneusement leurs chiffres, on risquerait donc d'arriver à des indications inexactes. Il paraît cer­tain, d'une part, que le nombre des hivers très froids a été, du moins au XVIIe siècle que nous étudions particulièrement ici, plus considérable que de nos jours. Quand nous lisons dans nos sources qu'en 1608 le vin gelait dans les chambres chauffées du couvent de Thann, et que les chats imprudents, léchant les plats dans la cuisine, y restaient attachés parla langue2 ; qu'en 1623 FUI supérieure était gelée jusqu'au fond de son lit, à quatre pieds de profondeur3; qu'en janvier 1658 on put traverser, pendant tout un mois, le Rhin près de Strasbourg, à cheval et en voiture4; que le même fait se reproduisit durant l'hiver de 1669 à 16705, il est incontestable que nous avons bien plus rarement subi, depuis un demi-siècle, des températures pareilles. D'autre part, on affirme la fréquence de phénomènes météorologiques absolument contraires. Ainsi l'ammeistre Reisseissen nous raconte dans son Mémorial que le 20 décembre 1660 il faisait si chaud qu'il s'assit dans son jardin pour y jouer de la guitare6, ce qui prouve bien que tous les hivers n'étaient pas également rigoureux. Cette question du climat d'autrefois a été posée plus d'une fois déjà d'une façon plus géné­rale, mais résolue en sens opposés. Il en est qui affirment qu'au moyen âge le climat de nos contrées était infiniment plus rude qu'aujourd'hui, et ils expliquent le fait par l'existence des forêts
1.  Claude Joly, Relation, p. 55.
2.  Tschamser, Annales, II, 309.
3.  Tschamser, II, 389.
4.  Walther, Strassburgische Clironik manuscrite, fol. 234 b.
5. Walther, Chronique, fol. 254 a.
. (i. Aufseichnungen non Franciscus Reisseissen herausgegeben von Rud. Reuss. Strassburg, Schmidt, 1880, p. 43.

20                            l'alsace au xvii6 siècle
immenses qui couvraient alors le sol, et des nombreux marécages depuis lors drainés et disparus. Ils ajoutent que les déboisements continuels et l'extension des cultures ont amené, à partir du XVIIe siècle, des changements de température plus brusques, et, à la place de froids plus intenses, des pluies plus fréquentes et plus prplongées1. Ce dernier phénomène ne nous semble nulle­ment établi5. D'autres auteurs sont d'avis que, même au moyen âge, —et à plus forte raison, au XVIIe siècle,— le climat de l'Alsace n'était ni plus rude ni plus doux que de nos jours1. En tout cas, et quelle qu'ait été la rigueur de certains hivers, la province ne pouvait certainement pas passer pour une contrée naturellement, froide et, par suite de son climat, naturellement pauvre, comme tant d'autres régions de l'Europe centrale.
§ 4. Fertilité du sol
Ce qui le prouve mieux que tous les arguments théoriques,'c'est qu'alors, comme de nos jours, les géographes et les administrateurs s'accordent à vanter la fertilité du sol alsacien. Au XVIe siècle déjà, Sébastien Munster écrivait que « près des montagnes d'Alsace, il n'y a pas un seul lieu mutile ne vuyde, qui ne soit habité ni labouré* ». Cent ans plus tard, l'auteur de la Topographie dite de Mérian, déclare qu'il n'est pas de province sur les bords du Rhin qui puisse rivaliser pour la fertilité de son sol avec la terre alsa­cienne, de sorte qu'on l'appelait avec raison « le garde-manger, le cellier, le grenier d'abondance et la nourrice d'une grande partie de l'Allemagne 5 ». Au moment même où les guerres de Louis XIV ajoutaient de nouvelles misères à toutes celles de la guerre de Trente Ans, un voyageur, observant avec sagacité tout ce qui l'en­toure, nous apporte un témoignage analogue : « Tout le païs, dit-il, est des meilleurs et des plus fertiles du monde, en tout ce qui est nécessaire à la vie. Ses plaines sont abondantes en froment et en toutes sortes d'autres grains ; ses coteaux portent d'excellens vins,
1.  Charles Boersch, Essai sur la mortalité à Strasbourg, Strasb., 18363 4», p. 39-46.
2.  En tout cas les raisons alléguées (déboisements, etc..) servent .d'ordi? naire comme arguments à l'hypothûse contraire.
3.  Ch. Grad, Hacmatskunde, p. 163. Pour mon compte, je suis disposé à admettre que la température était fréquemment plus rude au XVIL° siècle qu'aujourd'hui.
• 4 s Cosmographie, p. 515. 5. Meriaa, Topog raphia Alsatice (1644), p. 1.

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ses pâturages nourrissent tant de bestial que la chair s'y vend à très bas prix. On juge bien qu'un païs si gras et si fertile doit être bien peuplé. » Mais, ajoute notre voyageur, « frontière de la France et de l'Empire, il se voit si souvent exposé au ravage et aux malheurs de la guerre que ses habitans vivent dans des allarmes continuelles et ne peuvent jouïr de l'abondance dont ils seroient comblés sans ce rude fléau1 ».
Enfin, dans les dernières années du XVIIe siècle, le Mémoire sur l'Alsace de l'intendant La Grange a résumé d'un ton moins pitto­resque, mais avec les indications plus précises de l'administrateur moderne, et avec quelques restrictions de détail, le tableau d'en­semble du vaste territoire qu'il administra pendant de si longues années : « Toute l'Alsace est un pays fertile en toutes sortes de grains, vins, fourrages, jardinages et autres légumes, cependant en quelques endroits moins que dans d'autres. Carie pays qui est ren­fermé entre le Rhin, la Hart, et la rivière d'Ill, jusqu'à Strasbourg, est fort étroit et d'une fertilité médiocre, ni aïant point de vin et peu de prairies, à cause des débordemens du Rhin; il ne produit aussi que des seigles, orges et avoines. La partie continuée de la plaine, entre la rivière d'Ill et la montagne, depuis la ville de Soultz en Haute-Alsace jusqu'à deux lieues au-dessus de Haguenau, est très abondante en toutes sortes de grains, vins et fourrages. Ce qui est au-dessus de ladite ville de Soultz, jusqu'à Befort, en suivant la montagne, dans la largeur de trois lieues, l'est beaucoup moins, le païs estant rempli de bois et le peu de terres labourables qu'on y trouve n'est point fertile ; la plupart sont spongieuses et difficiles à labourer, ce qui fait que les habitans s'appliquent plus particu­lièrement à la nourriture des bestiaux, le païs estant d'ailleurs généralement assez abondant en prairies. La partie de la province attenante à celle dont on vient de parler, en tirant vers la montagne de la Suisse, et de là à Altkirch et Milhouse, est meilleure et la terre en est plus fertile.
» Le territoire de Haguenau, appelé la plaine de Marienthal, est tout en bruières sablonneuses, où il ne croît que du blé de Turquie et point de vin, à cause de la proximité de la forêt et des bois qui sont aux environs.
» Toutes les terres depuis la montagne de Saverne et la plaine de Strasbourg jusqu'au Rhin, sont encore plus fertiles que les autres et abondantes en toutes sortes de grains, tabac, légumes, graines
1. Mémoires de deux ooyages, p. 200.

22                             l'alsack au xvii° siècle
d'oignons, fleurs de safran, et en chanvre. C'est ce qui donne lieu à ceux qui viennent de Paris à Strasbourg par la route de Saverne, de s'écrier sur la beauté de cette province, n'aïant pas connaissance de sa partie ingrate et stérile. Celles qui sont situées entre la mon­tagne et le Rhin, depuis Haguenau en allant à Landau et Guer-mersheim, sont fort remplies de bois et de terres incultes, et sont plus abondantes en fourrages qu'en autre chose, à la réserve de la plaine de Landau, qui est abondante en grains. Ceux qu'on y recueillit sont pour la plupart espiaute, qui est une espèce de froment, seigle et avoine. Cette plaine peut avoir trois à quatre lieues de large sur autant de longueur. Le pied de la montagne, depuis cette place jusqu'à Wissembourg, est rempli de vignes, dont le profit est considérable 1. »
§ 5. Richesses minérales
Ce tableau sommaire de la géographie physique de l'Alsace ne serait pas absolument complet, si nous ne mentionnions en ter­minant les richesses naturelles du sous-sol lui-rnême, non pas encore au point de vue industriel et commercial, qui nous occupera plus tard, mais au seul point de vue de la minéralogie. Les gise­ments métallifères de la province semblent avoir été connus et même partiellement exploités longtemps avant le XVe siècle, mais c'est le XVIe qui en a vu le plus complet épanouissement. Au XVII0 siècle, les richesses du sous-sol commencent à s'épuiser déjà, et ce n'est pas la guerre seulement qui met fin à l'exploitation, si florissante naguère, des mines d'Alsace2. Les gisements les plus importants d'argent, de cuivre et de plomb se rencontrent presque tous dans la Haute-Alsace, soit dans la vallée de la Liepvre, soit près de Massevaux et du Rosemont, le canton de Giromagny actuel, soit à Steinbach, près de Cernay, etc. On a cherché également de l'argent dans la vallée de la Bruche, du XVIe au XVIIIe siècle, sans en trouver, du reste ; mais l'extraction des minerais de fer s'y pour­suivait avec fruit et y avait donné naissance, dès le XVIe siècle,
t. La Grange, fol. 15-16. Nous reparlerous naturellement plus en détail, de tous les points touchés dans ce paragraphe aux chapitres sur l'agricul­ture, la viticulture, l'élève du bétail, etc.
2. Il ne restait plus guère de filons riches à exploiter .et les frais aug­mentaient à mesure que les mines s'enfonçaient davantage dans le sol. On énonçait alors déjà la raison majeure qui en empêche l'exploitation de nos jours, c'est que « la despence pour avoir et façonner ces mètaulx égale presque le profit. » Mémoire de 1702, fol. 4 b.                                     j '

I,K PAYS                                                      23
aux hauts-fourneaux de Schirmeck et de Fi-amont. Des gisements analogues étaient exploités en Basse-Alsace, le long des Vosges, dans les environs de Niederbronn, à Westhoffen et en d'autres endroits1.
Le sel gemme venait presque exclusivement de Lorraine; les sources salines étaient rares et c'est sur un seul point de la Basse-Alsace, à Soultz-sous-Forêts, qu'on en avait trouvé une assez riche pour en tenter l'exploitation industrielle au XVIIe siècle2.
On connaissait également, dès cette époque, et l'on exploitait les gisements de gypse de Schvindratzheirn et de Waltenheim en Basse-Alsace3. La houille était recherchée déjà, mais sans grand succès, et les efforts faits au XVIIIe siècle pour en trouver, les concessions purement hypothétiques accordées jusqu'à la veille de la Révolution, par divers seigneurs territoriaux de l'Alsace, n'ont pas réussi davantage à en faire surgir de notre sol1. Par contre, l'asphalte était bien connu dans la Basse-Alsace et dès lors on recueillait à Lampertsloch « une pierre noire que l'on peut pétrir dans l'eau chaude comme de la cire, et qu'un docteur en médecine a appelé la vraie momie naturelle'" ». Dans la même région, au pied même des montagnes, on devait trouver plus tard aussi le bitume à l'état solide, mais ce n'est qu'au XVIIIe siècle que l'exploitation de ces tranchées succéda à la pêche du bitume, surnageant dans l'eau des sources6. Par contre, on y recueillait alors déjà le pétrole, qui filtrait à travers un sol poreux, excellente « eau médicinale à la couleur du petit-lait », que l'on employait également à graisser les essieux, à garantir les planches et les poutres contre la pourriture, et dont les paysans des environs garnissaient leurs lampes. La « fontaine d'huile » de Lamperstloch fournissait surtout des poussées d'huile abondantes aux mois d'avril et de mai de chaque année7.
1. Voy. pour les détails le chapitre sur les mines. a. La Grange, fol. 230.
3.   Archives de la Basse-Alsace, E. 1725 et 2399. Kiefer, P/arrbuch der Grafseha/t Hanau-Lickcenberg, p. 328.
4.  Archives municipales de Strasbourg, A.A. 2317.
5.  Mérian (éd. 1663), p. 28. Pour comprendre cette comparaison, il ne faut pas oublier que les momies égyptiennes, embaumées, servaient encore au XVIIIe siècle dans nos campagnes de juleps et de pâtes pectorales.
6. Grandidier, Œucres inédites, t. VI, p. 6-9.
7. Joh. Wolck, Hanauischen Erdbalsatns, Petrolel oder weichen Agsteins Beschreibung, etc. Strassburg, 1625, in-12.

CHAPITRE DEUXIEME La Population
§ 1. Données statistiques ' .
Dans cette plaine verdoyante d'Alsace et jusque dans les vallées les plus boisées des Vosges habitait, au commencement du XVIIe siècle, une population relativement dense et nombreuse. Vingt ans à peine après les misères épouvantables de la guerre de Trente Ans, le P. Jésuite Jean Kœnig affirmait que le pays était si riche en aggk>-_ mérations urbaines et rurales qu'on n'y pouvait faire un millier de pas sans voir se dresser devant les yeux les granges des paysans ou les manoirs des seigneurs1. Mais dès que l'on essaie de traduire _ cette impression générale par des chiffres, on est bien obligé de constater l'absence à peu près complète des matériaux nécessaires-pour les fixer.
La statistique est une science d'origine toute récente'; elle n'est guère antérieure à la bureaucratie moderne qui l'inventa, puis la_ perfectionna pour ses usages pratiques, longtemps avant qu'elle eût des adeptes pour elle-même. Aussi n'y a-t-il pas lieu d'être étonné que les premiers relevés généraux de la population alsacienne aient été dressés seulement vers la fin du XVIIe siècle, par les soins des intendants français, et encore d'une façon fort imparfaite et très som­maire. Pour vérifier ces premières données, si sujettes à caution, il y aurait bien un moyen, quelque long et dispendieux qu'il fût : ce serait ' de procéder au dépouillement systématique des registres paroissiaux, surtout de ceux des baptêmes, conservés soit dans les archives: civiles, soit dans les archives ecclésiastiques des communes*, et de rechercher ensuite, par les méthodes ordinaires, les données géné­rales à tirer de ces indications particulières3. Malheureusement, la destruction de la plupart de ces registres paroissiaux, qui ont péri soit dans les tourmentes continuelles de l'époque, soit plus récem-
1.  J. Kœnig, Institutio geograpfdca, Argentorati, 1677, p. 100.
2.  On sait que les manuels de statistique recommandent de préférence le chiffre des naissances comme base des calculs à faire, celui des décès étant plus sujet à des augmentations irrégulières par suite des épidémies.
o. On multiplie d'ordinaire par trente le chiffre des naissances annuelles pour arriver à un total approximatif-de la population, à un moment donné.

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ment par l'incurie des administrations modernes, a fait disparaître les matériaux indispensables pour un pareil travail. Il n'y a peut-être plus le quart des localités de l'Alsace où les actes de l'état civil remontent jusqu'au commencement du XVIIe siècle. On a bien pro­posé d'autres méthodes pour arriver à établir, au moins d'une manière approchante, les chiffres généraux de la population d'un pays. Un économiste distingué, M. Gustave Schmoller, a cru pou­voir établir que, vers 1620, avant la grande crise trentenaire, l'Allemagne comptait de 1,500 à 2,500 âmes par lieue carrée1. L'écart entre ces deux chiffres laisse une marge considérable dans l'appréciation de la population totale d'un pays aussi vaste que l'Alsace, et vu la grande étendue de forêts et de montagnes qu'elle présentait à celte date, la multiplication prescrite donnerait sans doute un chiffre trop fort si l'on employait le multiplicateur le plus élevé 2.
Il faut donc, se résigner à prendre pour base d'une évaluation toute hypothétique les premières données d'ensemble que nous ren­controns sur notre chemin. Cela nous fait descendre jusqu'en 1695. Pour cette date, nous trouvons dans la chronique colmarienne de Sigismond Billing, compilée dans la seconde moitié du dernier siècle, une énumération, assez singulièrement formulée d'ailleurs, de la population de notre province, laquelle se rattache sans doute au nouvel impôt de la capitation, introduit à cette époque en Alsace 3. « On a recensé, dit notre texte :
Pauvres et mendiants................      23.343 âmes.
Clergé catholique et protestant........        1.731   
Nobles.............................           239   
Chefs de famille.....................      43.536 —
Femmes et veuves...................      48.226   
Jeunes garçons.....................      52.915   
Jeunes tilles.......................      51.451   
Valets de labour et servantes.........      24.556   
Total.......... 245.997 âmes. »
1.  Sohmoller, Die historische Entwicklung des Fleischconsam's in Deut--sc/iland bis zum dreissigjaehrigen Kriege, dans la Zeitsohri/t/ûr Staats-œissenschaften. Tubingen, 1871, p. 359.
2.  Cela donnerait pour l'Alsace de 250,000 à 400,000 âmes, selon qu'on adopte le premier ou le second des chiffres proposés par M. Sohmoller. La première évaluation nous semble trop faible, quand ou la met en regard des chiffres donnés pour la fln du XVII11 siècle. La seconde, par contre, nous semblerait exagérée, sans que nous puissions cependant le démontrer d'une façon cer­taine.
3.  Sigismond Billing, Kleine Colmarer Clironik, herausgegeben eonAn-

20                                    L'ALSACE AU XVIIe SIKCLE
Ce relevé fiscal est probablement le même que celui sur lequel s'appuie M. de La Grange dans son mémoire de 1698,' qui entre un peu plus dans les détails. Il nous apprend que « le bureau (des finances) de Brisao est composée de 16 villes, y compris Brisac et Fribourg, et de 354 bourgs, villages et hameaux, contenant 13,525 feux et 65,355 âmes, dont 63,318 catholiques, 1,050 luthé­riens, 90 calvinistes, 897 juifs. Le bureau de Strasbourg renferme 27 villes, 271 villages, 23,712 feux, 122,735 âmes, dont 70,907 ca­tholiques, 45,740 luthériens, 4,558 calvinistes, 1,467 juifs. Le bureau de Landau enfin compte 23 villes, 440 bourgs et villages, 14,182 feux et 68,913 âmes, dont 37,504 catholiques, 22,896 luthé­riens, 7,352 calvinistes, 1,301 juifs1 ».
Cela nous donne pour la population de l'Alsace et des territoires transrhénans qui y étaient annexés à cette date, un chiffre total de 257,078 âmes, réparties en 66 villes et 1,065 villages5.
Une autre évaluation de la population alsacienne, sans les terres du Brisgau et sans les territoires septentrionaux rétrocédés par le irailé de Ryswick, se rencontre, au tournant du siècle, dans le Mémoire de 1702, déjà plusieurs fois cité. Il nous apprend qu'on « compte en Alsace, distraction faite des lieux rendus..., 56 villes, grandes et petites, et 911 bourgs, villages ou hameaux, 45,979 feux, 235,000 âmes, dont 156,500 catholiques, 66,500 luthériens, 8,700 calvinistes et 3,300 juifs3 ». Enfin, nous avons trouvé aux archives de la ville de Strasbourg un relevé de la population, daté de juillet 1709, qui accuse un total de 347,976 âmes pour toute la province 4. Nous aboutissons donc au tableau statistique suivant :
1695:                 1697:                 1702:                 1709:
245.997 âmes.— 257.078 âmes.— 235.000 âmes.— 347.976 âmes.
A quinze ans de distance, l'écart est très considérable, on le voit,
dreas Watts. Colmar, 1891, in-8°, p. 179. A la suite de nos chiffres on lit : « La somme répartie sur tout le pays fut de 48,000 livres. »
1.  La Grange, fol. 229.
2.  Ce chiffre se subdivise en 171,729 catholiques, 81,686 protestants et 3,665 Israélites. Nous avons réfait les calculs des commis deM. de La Grange et légèrement modifié — de quelques unités — les chiffres de son mémoire, puisqu'il est admis en pareil cas que les chiffres de détail doivent être pré­sumés plus exacts que les totaux.
3.  Mémoire de 1702, fol. 6". La Topographie d'Ichtersheim, publiée en 1710, mais écrite quelques années auparavant, ne donne (en additionnant les chiffres de la Haute et de la Basse-Alsace, p. 72 et 90) que 826 villages, mais 71 villes; il est vrai que l'auteur énumère à part les couvents, châteaux et lieux de pèlerinage.
1. Archives de la ville de Strasbourg, A.A. 2517.

LE PAYS                                                   27
et bien fait pour nous inspirer quelque défiance à l'égard de l'un ou de l'autre de ces chiffres, peut-être même à l'égard de tous. Tout ce que nous nous permettrons d'en conclure, c'est qu'à la fin du XVIIe siècle l'Alsace comptait vraisemblablement une population de 240,000 à 250,000 âmes environ1. Qu'en pouvons-nous conclure pour une époque antérieure ? Avant de répondre à cette question, rappelons un autre passage du mémoire de La Grange : « On voit par les anciens registres qu'avant les grandes guerres d'Allemagne, le nombre des villages, familles et feux de la Haute et Basse-Alsace, montait à un tiers de plus qu'à présent. La raison de cette différence est que la plupart des villes et villages ont été ruinés ou brûlés, les uns entièrement ou en partie, les autres tellement abîmés que d'un grand nombre de villages qui, avant les premières guerres de Suède étaient grands et très florissants, il n'en est resté que le nom et on n'en connaît que les endroits où ils étaient situés 2. »
Personne ne songera sans doute à taxer d'exagération l'adminis­trateur de l'Alsace sous Louis XIV, personne du moins de tous ceux qui ont examiné de plus près les dossiers relatifs aux pertes cau­sées par la guerre de Trente Ans et les guerres subséquentes, dans toutes les régions de l'Alsace. Ce ne sont pas seulement des indica­tions générales, fournies par les chroniqueurs et sujettes à critique par leur généralisation même 3. Nous avons des données très pré­cises, partielles, il est vrai, mais assez nombreuses pour en déduire des chiffres approximatifs *, et qui sont tirées de documents admi­nistratifs contemporains indiscutables. Ils nous ont donné la convic­tion que, dans certaines contrées au moins, ce n'est ni le tiers ni le
1.  En 1750, d'après Xavier Horrer dans ses annotations précieuses du ma­nuscrit de La Grange, l'Alsace comptait déjà 445,044 âmes sous le gouver­nement pacifique de la France; elle avait donc presque doublé sa population dans l'espace d'un demi-siècle.
2.  La Grange, fol. 231.
3.  Malachie Tschamser dit (à l'année 1650) que la guerre de Suède « a jeté dans la tombe plus du quart de la population alsacienne » (II, p. 556). Sept ans plus tard (1657), il écrit : « II n'y a plus la dixième partie des habitants dans le pays, de ceux qui s'y trouvaient il y a quarante ans » (II, p. 579).
4. Nous parlerons plus au long de ces documents dans le chapitre : Misères de la guerre de Trente Ans. Il suffira pour le moment de citer quelques chiffres h l'appui de notre assertion ; nous les choisissons au hasard : Strasbourg, place forte, jamais assiégée, neutre presque toujours, avait30,000 âmes en 1620; elle en a 25,000 en 1681. Guebwiller comptait 321 bourgeois en 1633,et 164 en 1657. Erstein a HA bourgeois en 1628, 117 en 1649. Geudertheim a 80 bourgeois en 1620, 40 en 1684. Mais il y a des diminutions bien plus effrayantes. Châte-nois compte 260 bourgeois en 1628 et 37 en 1649, Pfaffenhofl'en 60 bourgeois en 1620, et 11 seulement en 1679; tout le bailliage de Woerth renfermait 393 bourgeois en 1561; en 1640 il en reste 20, etc., etc.

28                            l'alsack au xvii1' siùclk
quart de la population, mais bien la moitié, pour le moins, sinon davantage, qui a péri de 1620 à 1650, et qu'une seconde période de décroissance, moins longue et moins pénible, mais très accentuée, elle aussi, s'est produite de 1670 à 1682. Un chiffre suffit d'ailleurs pour expliquer cette dépopulation terrible; des cent années du XVII0 siècle l'Alsace en a passé cinquante-trois et même davantage en état de guerre. Nous admettons en conséquence, et sans oser affirmer d'une façon trop absolue un fait qui se soustrait à toute démonstration mathématique, que vers 1620, la population de l'Alsace pouvait atteindre ou même dépasser quelque peu un total de 350,000 à 370,000 âmes.
A défaut de données plus nombreuses et plus strictement exactes, nous réunissons ici, dans un tableau d'ensemble, les chiffres sui­vants relatifs à quelques-unes des principales localités de l'Alsace, empruntés soit au mémoire de La Grange (1698) soit au relevé fait en 1709, en y ajoutant quelques données puisées dans un Etat des localités de VEvéché dressé en 166 i ', et ailleurs 2.
Colmar comptait vers la fin du XVII" siècle. 10.14"! Ames. (La Grange) 9.023 en  1709.
Belfort......................................         700     «              »             2.380         
Huninguc......,............................         500     »              h                          
Knsishcim...................................      1.200     »              »                          
Hibeauvillé...............................      2.200     »              »                          
Guelnviller...........................1.400 — 1.500     »              »                          
Soultz.......................................      1.200     »              »                          
Kaysorsborg.................,..............      1.100     »              »               1.322       
Roull'ach...................................      2.500      »              »                          
Thann.................,....................      2.000     »              «                          
Munster (sans douto avec les villages à l'entour).           »              «               3.680       
Tttrckheim.................................                   »              »               1.017       
AUkireh.....................................         300    1069          »                  709     1722.
Ntiuf-Briaarh...............................                                  »                  971     1709.
Strasbourg................................ 26.481      »              »             32.510       
Schlcstadt...................................     5.000     »              »               5.913       
Obernai....................................      3.000     »              »               3.949       
Roshcim ...................................     1.200     »              »               1.751       
Molsheim...........................1.300 — 1.400     »              »                          
Saverne.....................................      1.400     »              »                          
Haguenau..................................     2.G00     »              »               3.264       
Fort-Louis.................................         800      »              »               1.800       
Dambach (1664) ...........................      1.309      »              »                          
Rhinau (1664)..............................         382     »              »                          
Epfig (1664) ..............................         358     »              »                          
Wissembourg..............................      1.300     »              »               2.362       
Landau.....................................      3.800     »              »                          
1. A.B.A. G. 1256.
îi. Nous mettons entre parenthèses la date de quelques chiffres empruntés ailleurs.

LK PAYS                                                   29
§ 2. Origines de la. population alsacienne
Cette population alsacienne, que nous voyons décroître d'une façon si lamentable durant le cours du XVIIe siècle, d'où venait-elle et quelles étaient ses origines? Problème facile à résoudre en lui-même, si des préoccupations politiques, surexcitées par les événe­ments contemporains, n'en avaient obscurci, comme à plaisir, toutes les données, même les plus lointaines. Aux yeux de tout savant impartial, les habitants de la plaine rhénane et des montagnes vos-giennes, dans les temps préhistoriques, ont certainement été de race celtique. Ils n'auraient pas laissé de trace de leur existence dans certains monuments mégalithiques d'une authenticité certaine dressés sur nos montagnes, et dans de nombreux tumuli funèbres, retrouvés de nos jours, que l'on ne pourrait nier un fait évident par lui-même, puisque dans les siècles antérieurs à l'ère chrétienne les preuves incontestables de l'existence de cette race sur le sol de la Germanie future se recueillent jusque vers les bords du Danube, du Mein et de la Saale1.
Mais dès le moment où l'Alsace apparaît dans l'histoire, alors que César vient se heurter dans la plaine rhénane aux hordes d'Arioviste, la partie septentrionale de l'Alsace actuelle est occupée par des peuplades de race germanique, et les Triboques ont refoulé vers la montagne les Médiomatriques gaulois. Dans quelles proportions Gaulois et Germains ont-ils partagé notre sol sous la protection des aigles romaines, c'est ce qu'il n'est plus guère possible de de­viner aujourd'hui. Il serait également difficile d'affirmer quelque chose de certain sur le degré de civilisation auquel les populations de ces contrées, Celtes de la montagne et Germains de la plaine, ont pu arriver du Ie1' au IVe siècle sous la sauvegarde de l'Empire. La masse de la population sédentaire, — si tant est qu'il y en ait eu une assez nombreuse pour justifier cette expression, — n'a sans doute pu être modifiée considérablement par le nombre relativement restreint des colons romains, des marchands et des vétérans qui s'établirent alors le long de la rive gauche du Rhin, et
1. Il est parfaitement inutile de remonter plus haut et de faire revivre avec M. F. Voulot, le très convaincu et très consciencieux historien des Vosges aeant l'histoire (Mulhouse. Bader, 1872, fol.), les vieilles légendes des chroniqueurs du moyen âge au sujet des Assyriens deNinusetde Sémi-ramis, émigrés dans nos parages. Il a probablement été le seul à reconnaître leurs types sémitiques et jusqu'à leurs chameaux dans les profils bizarres de certaines roches vosgiennes. .                            -.            ....

30                             l'alsacë au xvne siècle
il est un peu hasardé de dire qu'au IVe siècle on ne parlait que le latin sur le sol de l'Alsace 1.
En tout cas la civilisation romaine fut balayée par les invasions répétées de tant de peuplades barbares, qui durant tout le cours du Ve siècle défilèrent à travers la plaine alsacienne, après avoir franchi la barrière, désormais impuissante, du grand fleuve. Il semble assez probable que les agriculteurs plus ou moins roma-nisés du plat pays disparurent en môme temps que leurs anciens, maîtres, massacrés ou chassés par les Vandales, les Suèves, les Burgondes, les Huns, qui successivement dévastèrent le pays. Les Allamans qui dès le IVe siècle avaient à plusieurs reprises occupé le centre de l'Alsace et même franchi les Vosges, en restèrent défi­nitivement possesseurs. Sauf de rares débris de l'ancienne race, cachés dans les replis des vallées vosgiennes supérieures, ils en formèrent dorénavant la population principale comme aussi celle de la Suisse septentrionale et du Brisgau; ils y restèrent l'élément do­minant, même après que les conquêtes des Francs les eurent sou­mis à Clovis et à ses successeurs.
Des frontières de la Bourgogne jusqu'à la forêt de Haguenau, c'est donc la race allemanique qui peuple l'Alsace; plus au nord, entre le Sellzbach et la Queich, les Francs les dépassent en nombre sans., être absolument maîtres du terrain. Mais la situation géographique de la province devait livrer fatalement ses habitants aux influences ethnographiques étrangères. Sur le fonds commun se sont greffés les rejetons d'invasions successives ; les Anglais de Coucy et les Armagnacs du dauphin Louis, les bandes de Charles le Téméraire, et les slradiotes d'Antoine de Lorraine, les reîtres du comte palatin Jean-Casimir et de Dohna, les Suédois de Gustave Horn, les mer­cenaires de Bernard de Weimar, les régiments de Louis XIII et de Louis XIV, ont modifié, au cours des siècles, la race alsacienne primitivement assez peu mélangée. Une autre invasion plus paci­fique et plus lente en ses effets, mais autrement efficace à la longue, fut celle des habitants des contrées voisines, moins favorisées par la nature, émigrant sans cesse vers l'Eldorado fertile qu'ils avaient sous les yeux. Suivant une loi constante, et qui pousse les races les; plus diverses à marcher de l'Est à l'Ouest, ce sont .surtout les Alle­mands de la région transrhénane méridionale qui sont venus aug­menter la population alsacienne, sans qu'il faille négliger cependant le contingent, infiniment plus modeste, il est vrai, qui, dès le.
1. Bleicher, Les Vosges, p. 292.

I.li PAYS                                                    31
XVe siècle et surtout au XVIe est descendu du versant oriental du plateau lorrain.
Dès avant le milieu du XVIe siècle, Sébastien Munster, qui connaissait bien notre pays, écrivait, non sans exagérer, à coup sûr : « La plus grande partie sont estrangiers, à scavoir Souabes, Bavariens, Savoisiens, Bourguignons et Lorrains : lesquelz quand ils ont une fois gousté ce que c'est du pays, ilz n'en veulent jamais sortir, élsur toulz aultres les Souabes aiment bien à y faire leurs nidz. Quiconque y vouldra venir, il sera reçeu de quelque part qu'il soit et principalement ceux qui s'appliquent à cultiver la terre'. » Arrêté tout naturellement au XVIIe siècle par la guerre de Trente-Ans, le mouvement d'immigration reprit avec une intensité nouvelle au lendemain de la signature des traités de Westphalie, favorisé de toutes façons par le gouvernement nouveau, qui pro­diguait les concessions de terre gratuites et les exemptions d'impôts. Les nouveaux venus furent alors principalement des Suisses et des Lorrains, auxquels vinrent se joindre, mais en petit nombre d'abord, des Français de l'intérieur. L'immigration française proprement dite n'a guère compté, au point de vue des chiffres, qu'à partir du second tiers du XVIIIe siècle, et, même alors, elle se produisit presque exclusivement dans les villes, négligeant les bourgs et dédaignant les campagnes.
De toutes ces influences ethnographiques diverses est résultée une population passablement mélangée, au type indécis et variable et dont on ne saurait classer les exemplaires en une seule et même catégorie. Le type alsacien convenu, l'homme aux cheveux blonds et aux yeux bleus, n'existe que chez de rares individus. Il y a des différences physiques très accentuées entre-le rude habitant des vallées jurassiques du Sundgau et le paysan de Wissembourg, entre le pâtre des Hautes-Chaumes et le riverain de l'Ill. La nuance prédo­minante des cheveux est le brun châtain, et les enfants, même les plus blonds en leur jeune âge, foncissent généralement en arrivant à l'âge viril. Les yeux sont bruns ou gris le plus souvent, la taille moyenne, rarement élancée; hommes et femmes sont généralement robustes et bien bâtis, plutôt que beaux2. Les Alsaciens du XVIIe siècle passaient pour des travailleurs consciencieux, mais un peu lents et sans grande initiative, et les visiteurs du dehors les trouvent « bonnes gens et assez officieux, mais grossiers3 ». Les
1. Cosmographie^ éd. française,p. 515. 2» Grad, Heimatskande, p. 30-31. 8. Claude Jolyt Relation, p. 551.

32                                       l'àLSACK A.U XVIIe SlÈCLIi
misères presque continuelles qui les accablent alors leur font d'autant plus volontiers chercher, quand ils le peuvent, l'oubli de tous les maux dans des jouissances peu relevées, et il est bien rare qu'ils atteignent un âge vraiment avancé1.
Mais si le type physique est mélangé, si l'ethnographe a quelque peine à marquer les traits généraux d'une population si singuliè­rement bouleversée par des siècles de luttes incessantes et d'in­vasions en sens contraire, l'action de ces mêmes causes a donné cependant un cachet historique particulier à l'habitant de l'Alsace. Habitué à voir les dangers et les agressions lui venir de gauche et de droite à la fois, il s'est replié de bonne heure sur lui-même; il ressent pour ses plus proches et plus dangereux voisins une défiance et parfois une antipathie qui se marque déjàau XVe siècle* et qui a persisté jusqu'au XVIIIe. Il craint beaucoup et n'aime pas ses voisins occidentaux, les Wclches, Lorrains, Bourguignons et Français ; mais, malgré ses affinités de race, il aime moins encore ses cousins d'Outre-Rhin, et peut-être lui inspirent-ils une moindre peur. Ce n'est pas de nos jours seulement que l'épithète de Souabe est dans les bouches populaires tout autre chose qu'un compliment flatteur. Au XVIIe siècle déjà, — c'est un Père jésuite de Fribourg qui l'a consigné dans son manuel géographique, — « les Alsaciens ne veulent pas être et ne veulent pas être appelés des Schivob3 ».
1. On est frappé, quand ou dépouille les chroniques locales, fort nom­breuses encore au XV1I° siècle, d'y rencontrer si rarement, alors qu'on y trouve de tout, des mentions de centenaires. Nous n'enavons relevé que trois au cours de nos recherches. En 1610, meurt à Thann un vieillard né en 1495 (Tschamser, II, 330); en 1629, on mentionne un vieillard d'Irigwiller mort centenaire {Lutz, Gesahichte con Ingceeiler, p. 70); en 1668 enfin, il est fait mention d'un centenaire à Hirsingue (Fues, Canton Huisingen, p. 352).
2.  Daniel Specklin nous conle l'anecdote bien significative d'un paysan sundgovieu qui met aux prises en 1445 un Armagnac et un Suisse, et qui, grâce à une méprise qu'il parvient à prolonger, amène ses deux interlo­cuteurs à, se couper la gorge. (Bulletin de la Société des Monuments histo­riques d'Alsace, XVII, p. 75.)
3.  « Quia Alsatœ hodie Suevones esse aut dici nolunt. » P. Joh. Kœnig. Institutio flcoyraphica, p. 101.

CHAPITRE TROISIÈME
Aperçu sommaire de l'histoire de l'Alsace jusqu'au XVIIe siècle
II ne saurait entrer dans le plan de cette étude d'y raconter, même d'une façon sommaire, tout le passe'', si peu homogène d'ail­leurs, de l'Alsace. Depuis les temps reculés où elle apparaît sur la scène historique, jusqu'au commencement des guerres qui la dévastèrent au XVIIe siècle et amenèrent le grand changement, naguère encore réputé définitif, il s'y est passé trop d'événements divers pour qu'on puisse en condenser le récit en quelques pages. Aussi bien cela n'est-il point nécessaire, car beaucoup d'entre eux, quelque importants qu'ils aient été en eux-mêmes, se sont déroulés en Alsace plutôt qu'ils n'ont influé sur son histoire, et ceux-là seulement qui ont véritablement pesé sur les destinées du pays "méritent qu'on ne les passe pas ici sous silence.
Nous avons dit déjà que, dès le moment où les historiens de l'antiquité mentionnent son existence, et longtemps avant qu'elle portât le nom qui la désigne encore aujourd'hui, l'Alsace fut une de ces terres contestées où se heurtent les races ennemies : Gau­lois et Germains avant Jules-César, puis après trois siècles de tran­quillité plus ou moins complète, l'Empire affaibli contre de nou­velles et plus puissantes invasions teutonnes. Un instant refoulés par les victoires d'Argentorat (357) et de Colmar (362), les Alla-mans l'emportent définitivement, lorsque les légions romaines sont retirées des Gaules, et ils s'y implantent d'une façon si solide que S. Jérôme lui-même, l'ermite de Bethléem, l'apprend dans sa solitude orientale'. Mais ils ne restent pas longtemps les maîtres de la province, car à la fin du Ve siècle, les Francs y pénètrent à leur tour et peu à peu la politique énergique des rois mérovingiens oblige les Allamans, soit à subir la loi du vainqueur sur les deux rives du Rhin, soit à se retirer en Helvétie, sous la protection de Théodoric le Grand^ pour y créer une Allémannie nouvelle2. L'Alsace,
1.  Lettre à Ageruchia (409). S. Hieronyml Opéra, éd. Vallarsi-Maffei, 1768, 4°, tome I, p. 914.
2. On peut consulter avec fruit sur cette époque passablement embrouillée de l'histoire d'Alsace, l'ouvrage de M. Haus von Schubert, Die Untericer-J'uny des AUamannen unter die Franken, Strassburg, Trûbuer, 1884, 8e.
R. Heuss, Alsace.                                                                            3

34                            l'alsace au xvne siècle
devenue terre franquc, est souvent visitée par les rois du VI0 siècle, qui séjournent volontiers dans leurs vastes villas de Marilegium et de Thronia1, et chassent l'urochs dans les immenses forêts de la plaine. Les ducs d'Alsace que l'histoire et plus encore la légende nous y ont fait connaître, sont des chefs mili­taires francs et non des dynastes autonomes. Néanmoins l'exis­tence de ces ducs mérovingiens, qu'on constate pour la durée d'un siècle environ2, est un fait d'importance majeure pour l'his­toire du pays. On a pu dire avec raison que a sans ce duché, il n'y aurait pas eu d'Alsace3 ». Le ducatus Alisatiœ lui-même disparut plus tard, mais le nom survécut à la chose, et ce nom servit à maintenir, en théorie du moins, et dans les réminiscences des populations, le souvenir d'une existence commune, même à l'époque où les territoires indépendants abondent sur la rive gauche du Rhin, et alors que l'Alsace n'est plus qu'une expression géogra­phique1.
Mais ce qui, bien plus encore que la conquête franque elle-même, donne à l'histoire de la province son cachet particulier, c'est le développement rapide de l'Eglise chrétienne, qui y fut à la fois l'auxiliaire et l'obligée des rois mérovingiens5. Moines écossais, irlandais ou saxons y arrivent en foule à travers les forêts austra-siennes, pour créer leurs ermitages et bientôt leurs couvents, sur les deux versants des Vosges, et des vallées solitaires ils descendent ensuite dans la plaine. Du VIIe au VIIIe siècle, nous voyons succesj-sivement surgir Marmoutier, Wissembourg, Ebersheimmunster, Hohenbourg, Surbourg, Murbach, Neuwiller,, Munster au val d_e Saint-Grégoire et vingt autres monastères. Les Vies de saints abondent et leurs traditions légendaires ne font souvent qu'épaissir le voile qui nous cache la majeure partie de cette période de l'his­toire d'Alsace". Peu importent d'ailleurs, à notre point de vue, les
1.  Marlenheim et Kirchheim.
2.  M. Pflster fait durer ce qu'on appelle vulgairement la dynastie éti-chonienne, de 683 à 739. (Le Duché d'Alsace, p. 22.)
3.  Pflster, p. 8.                                                              .              .".
4.  On rencontre encore le nom d'Alsace dans des chartes de Louis |e Débonnaire (816) et même de l'empereur Lothaire (849).
5.  Nous ne voulons point nier par là qu'il y ait eu des chrétiens en Alsace au IV» siècle, dans les derniers temps de la domiiiation_rqmaiue, mais notjs doutons très fort que le christianisme y ait survécu aux invasions germa­niques.
fi. Vers la fia du dernier siècle, l'abbé Grandidier,' dans les doux seuls volumes parus de son Histoire de l'Eglise de Strasbourg, avait fait un puis* sant effort pour porter quelque lumière dans ce chaos. £>è nos jours malheu­reusement, les légendes les plus absurdes et les plus fantastiques ont repris

lk pays                                          35
noms des fondateurs ou la date précise à laquelle ces centres reli­gieux ont été créés sur le sol alsacien. Ce qui fait l'importance de cet épanouissement de la vie ecclésiastique, c'est qu'il fut durable ; c'est que dès lors et jusqu'à nos jours, les populations de ces con­trées restèrent éminemment accessibles aux émotions religieuses et aux impulsions de la hiérarchie; c'est que le sol même de l'Alsace passa pour une part très considérable entre les mains du clergé, et. qu'il s'y constitua de la sorte, au cours du moyen âge, sur un terri­toire relativement restreint, une foule de seigneuries ecclésiastiques, dont quelques-unes, comme Murbach et Andlau, portèrent jusqu'à la'Révolution le titre de principautés du Saint-Empire romain.
Aussi longtemps que la nouvelle monarchie franque, préparée par Charles-Martel, consacrée par Pépin le Bref, transformée par Charlemagne en Empire d'Occident, resta forte et unie, l'Eglise, en 'échange de la protection qu'on lui offrait, resta fidèle et dévouée à la cause impériale. Quand les symptômes de déclin se manifes­tèrent, quand Louis le Débonnaire fit ce malencontreux partage du vaste domaine réuni par le génie paternel, l'Alsace fut un des pre­miers parmi les territoires francs à ressentir les effets funestes des luttes intestines qui le suivirent. C'est au Champ du Mensonge, clans un coin de l'Alsace méridionale, que le monarque est fait pri­sonnier par ses fils rebelles; c'est dans l'Alsace septentrionale, près de l'antique Argentorat, alors déjà nommé Strasbourg, que les rois Louis et Charles se prêtent le serment d'assistance mutuelle contre Lothaire, leur aîné (842).
Le traité de Verdun joint notre province à cette Lotharingie, qui, entre les deux royaumes des Francs occidentaux et des Francs orientaux, s'étend de la mer du Nord à la mer Tyrrhénienne, créa-lion mort-née, si l'on peut dire, et dont on a peine à comprendre qu'elle ait duré, même un âge d'homme. Si l'arrangement de famille de 843 prépare une distribution nouvelle des territoires réunis plus ou moins solidement, depuis trois siècles, sous la domination franque, le traité de Mersen (870) achève la séparation des groupes ethnographiques, dominés plutôt que fusionnés par l'ascendant de
quelque créance dans la littérature locale. Les ouvrages de M. l'abbé Glceck-ler sur Saint-Materne (Strasbourg, 1882, in-8») et de M. l'abbé Gatrio sur Saint-Florent (Risheim, 1883), marquent l'apogée de cette réaction fâcheuse contre les travaux des Grandidier, des Rettberg et des Friedrich. Les pre­miers volumes de l'Histoire ecclésiastique d'Allemagne récemment publiés par M. Hauck seront consultés par contre avec fruit pour s'orienter sur les faits, historiquement admissibles, des premiers siècles du christianisme en Alsace.

36                                   L'ALSACE AU XVII0 SIECLE
Gharleraagne. Dans le partage de la succession de'Lothaire II, fils de l'empereur de ce nom, Charles le Chauve s'adjuge le haut plateau lorrain, tandis que la plaine rhénane échoit à Louis le Germanique. Pour une longue période de près de huit siècles, l'Alsace allait appartenir au royaume de Germanie et avec lui au Saint-Empire romain germanique.
Un nouveau duché d'Àllémanie se constitue alors, s'étendant des Vosges au Jura souabe et jusqu'au pied des Alpes, sous la suzerai-_ neté presque nominale des derniers Carolingiens allemands, aux­quels la force fait défaut pour maintenir en une unité nationale les différentes tribus de la Prancie orientale, au milieu des soulèvements du dedans et des attaques du dehors.
Par leur énergie belliqueuse et d'habiles alliaîices de famille, les. premiers rois de la dynastie saxonne, Henri l'Oiseleur et Othon le Grand, rétablissent l'ordre dans le royaume et la paix sur les fron­tières. Si l'un des derniers Carolingiens de la Francie occidentale, paraît encore une fois dans la plaine alsacienne et sur les bords du, Rhin1, l'incorporation du duché de Lorraine au royaume de Ger­manie met fin pour des siècles aux agressions venues de l'Ouest.. Mais sollicités par les tâches les plus diverses, obligés de combattre, à la fois les Hongrois et les Polonais, les Italiens et les grands vassaux rebelles, les empereurs saxons ne réussissent pas, en défi­nitive, à reconstituer un pouvoir central aussi puissant que l'avait été celui de Gharlemagne. Pour tenir tête aux seigneurs laïques, ils encouragent et étendent les immunités ecclésiastiques; les évêques, dès le Xe siècle, exercent l'ancienne puissance comtale et leur appui est aussi précieux pour la royauté qu'il est apprécié par elle. Mal­heureusement quand les souverains de la dynastie franconienne (1024-1125) s'engagent dans une lutte gigantesque et sans issue contre l'Église, ce point d'appui leur fait bientôt défaut; dociles à la. voix du Saint-Siège, les anciens alliés se changent en adversaires. Le mouvement centrifuge, qui émiette de plus en plus les territoires du Saint-Empire, se fait sentir avec non moins de force qu'ailleurs, sur la rive gauche du Rhin moyen. A l'avènement des Hohenstaufen, la situation parait changer un moment au profit du pouvoir central. La nouvelle dynastie avait de nombreux et vastes domaines en Alsace ; ses plus puissants représentants résident volontiers dans le burg impérial de Haguenau, et visitent fréquemment les villes qui s'épanouissent, florissantes, sur les bords ou dans le voisinage du
1. Louis d'Outremer vint assiéger Brisach en 93Ô.

LU PAYS                                                    37
grand fleuve. Frédéric Barberousse et Henri VI, Philippe de Souabe et Frédéric II ont accordé tour à tour des privilèges considérables aux cités d'Alsace, quand ils venaient séjourner dans leurs murs1. On put croire que « l'idée impériale » allait refleurir de plus belle, à l'instant même où elle allait disparaître pour de longs siècles. Mais l'influence de la hiérarchie romaine était dominante dans les évêehés rhénans, dans cette longue « avenue des prêtres » [Pfaf-fenstrasse), comme on l'appelait alors, au moins autant que dans les autres contrées de l'Allemagne, et lorsque Frédéric II eut succombé sous l'excommunication d'Innocent IV, l'Alsace fut bientôt entière­ment perdue pour ses derniers descendants. Ce furent alors les évoques de Strasbourg qui se parèrent du titre de landgraves d'Al­sace, sans avoir cependant la force nécessaire pour former dans le pays un grand territoire purement ecclésiastique, comme les élee-torats de Trêves, de Mayence et de Cologne, plus au Nord. L'époque si troublée du Grand Interrègne, en favorisant les convoitises de tant de voisins ambitieux, et les aspirations à l'indépendance de tant de petits rnunicipes, amena, comme ailleurs, la dislocation définitive du sol alsacien en une foule de seigneuries ecclésiastiques et laïques, princières ou municipales, dont les limites ont pu varier depuis, mais qui n'ont disparu, pour la plupart, que dans les temps modernes. L'émancipation des villes du joug épiscopal ou seigneurial est le trait dominant de l'histoire de cette période en Alsace. Grâce à leur nombre, grâce à leur entente, grâce surtout à l'infini morcel­lement des terres seigneuriales, elles ont conquis alors une situation politique tout à fait disproportionnée avec l'étendue de leur terri­toire et le nombre de leurs habitants, et elles l'ont conservée en définitive pendant près de quatre siècles. Se couvrant de leur titre de villes libres impériales contre les attaques des évêques de Stras­bourg et des autres seigneurs du pays, ou contre celles des voisins, les margraves de Bade et les comtes palatins, elles ont su pourtant conserver une indépendance à peu près complète, pour leurs affaires intérieures, vis-à-vis de ce pouvoir suprême qui leur servait de bouclier. Elles surent se protéger contre lui, même quand les Habsbourgs, largement possessionnés en Alsace, et landgraves de la Haute-Alsace depuis le XIIe siècle, eurent ceint la couronne impé­riale. Rodolphe, le fondateur de la dynastie, avait été le bon voisin et l'allié des seigneurs et des villes libres du pays ; une fois roi, il se sentit trop attiré vers l'Orient pour songer à des conquêtes,
1. C'est à Philippe de Souabe que Strasbourg dut, en 1205, ses privilèges de ville libre impériale.

38                                l'alsace au XVIIe siècle
moindres et plus difficiles, dans la direction opposée. Il resta donc populaire sur les bords du Rhin, et, sauf quelques interruptions, temporaires, ses héritiers et successeurs continuèrent des relations généralement amicales avec les contrées alsaciennes. Ils avaient d'ailleurs cessé momentanément de porter la couronne impériale quand se produisirent les deux grandes crises du XIVe siècle, la prise d'armes générale des princes, dynastes et petits seigneurs de l'Empire contre les centres urbains, représentants d'un mouvement économique, industriel et littéraire nouveau, et l'effort parallèle des plus puissants parmi les anciens vassaux de la couronne, pour éta­blir tout autour d'eux leur domination territoriale et la rendre en même temps à peu près indépendante du pouvoir nominal du sou­verain. De ces deux mouvements, qui donnent un cachet particulier à l'histoire allemande dans la seconde moitié du XIVe siècle, le pre-? mier ayorta complètement en Alsace. Les tentatives assez nom­breuses de la part des évêques les plus belliqueux de Strasbourg pour prendre leur revanche de la défaite de Hausbergen (1262), leurs alliances avec les princes et seigneurs étrangers ne purent renverser les murs solides des villes libres, ni triompher de leur artillerie; et si d'autres ligues urbaines n'ont eu qu'une existence éphémère, celle des villes de la Décapole, conclue en 1354, dura^ jusqu'à Louis XIV. Par contre, les tentatives faites, pour créer, sur les ruines des petites seigneuries, des territoires plus considérables, ne semblèrent point d'abord sans quelques chances de réussite 1. Au XV8 siècle, la Haute-Alsace presque tout entière se groupe autour des possessions de la maison d'Autriche et l'on peut croire un instant que les Habsbourgs vont changer leur charge et dignité de landgraves en une possession territoriale absolue, Dans la Basse-Alsace, c'est la maison électorale palatine qui tente de grouper sous sa main, d'une façon analogue, les territoires au nord du Landgraberi, malgré l'opposition qu'elle y rencontre. Le titre de landvogt que lui a concédé l'Empire, l'appui que deux évoques de la maison de Wittelsbach, qui occupèrent le siège épiscopal de Strasbourg pen-
1. Daus leur Histoire d'Alsace, Lorenz et Scherer, en constatant que la puissance territoriale des princes « ne put jamais prendre racine en Alsace (3° édit., p. 21), déclarent que ce fut l'idée de l'unité de l'Empire, vivace dans ces contrées, qui empêcha leur réussite ». Sans doute les évêques, les comtes, les barons et les villes étaient d'accord pour ne vouloir reconnaître au-dessus d'eux d'autre souveraineté que celle des empereurs (p. 100), mais non pas, assurément, par suite d'aspirations unitaires; c'était le désir d'in­dépendance absolue qui se cachait sous ces apparences de respect; au XIV siècle les représentants de l'Empire étaient dans l'impossibilité d'exer­cer, en dehors de leurs propres domaines, une autorité (HerrschaJÏ) véritable.

LK PAYS                                                    39
dant soixante-six ans, prêtent à ces efforts, permettent aux comtes palatins de se considérer comme les vrais possesseurs de la majeure partie du pays entre la Moder et la Queich. Mais cette double con-; solidation d'une puissance territoriale déjà considérable fut entravée, puis empêchée d'aboutir par une suite d'événements qui se pro­duisirent du XIVe au XVe siècle clans l'Europe occidentale et qui eurent, dans la seconde moitié du XVe, une répercussion directe sur les destinées de l'Alsace.
La longue et terrible lutte entre la France et l'Angleterre avait favorisé vers les régions du Nord et de l'Est le développement de la maison de Bourgogne, qui sortie de la maison de France, avait tourné ses armes contre elle, et qui, pendant plus d'un âge d'homme, parut devoir reformer encore une fois un vaste royaume intermédiaire, une Lotharingie moderne, entre la France et l'Allemagne, également amoindries. Le rêve de Charles le Téméraire fut de réunir les parties encore séparées de son vaste domaine en s'emparant, de gré ou de force, des pays limitrophes, du duché de Lorraine et des terres d'Alsace. La tâche pouvait ne pas sembler au-dessus de ses forces. L'extrême division du territoire alsacien en rendait la défense à peu près impossible, si l'Empire tout entier n'était pas disposé ou ne se sentait pas capable de l'entreprendre. Déjà, cent ans auparavant, on avait vu les bandes d'Enguerrand de Coucy pénétrer dans le pays pour y disputer sa part d'héritage à ses cousins d'Autriche1, et les merce­naires, anglais et autres, des Grandes Compagnies avaient ravagé, par deux fois, sous Arnaud de Cervole, puis sous d'autres chefs, la majeure partie de la province (1365-1375). Tout récemment encore, le fils de Charles VII, le dauphin Louis, avait non seulement traversé, mais longtemps occupé bon nombre des localités de la Basse et de la Haute-Alsace, en les foulant de la façon la plus épouvantable (1444-1445)2. Une quinzaine d'années plus tard, Charles le Téméraire, en échange d'une somme relativement peu considérable, entrait en jouissance, au moins temporaire, du Sundgau,
1. Le sire de Coucy était le petit-fils du duc Lèopold d'Autriche et le gendre d'Edouard III, roi d'Angleterre. Aussi le nom des Anglais [Die ersten, die anderen Engellaender) est-il resté associé dans les souvenirs populaires à ses expéditions.
H. Il existe des relations très détaillées de cette Guerre des Armagnacs dans les appendices de Schilter, et dans les Collectanées de Specklin, sans compter les ouvrages modernes sur la matière de MM. Tuetey, Wûleker, Witte, etc., dans lesquels on trouvera toutes les données nécessaires pour apprécier l'importance politique de cette première grande invasion française de l'Alsace,

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engagé par le nécessiteux Sigismond d'Autriche. Son représentant, homme énergique et sans scrupules, Pierre de Hagenbach, s'em­pressait d'organiser dans ces parages la domination bourgui­gnonne, envers et contre tous ceux qu'effrayait un pareil voisinage. Ses imprudences et son orgueil, peut-être aussi des excitations secrètes venues du dehors amenèrent un conflit avec les cantons helvétiques, et vers le moment où Charles, continuant la mise à exécution de ses projets, mettait la main sur la Lorraine, Hagenbach succombait à la rancune, justifiée d'ailleurs, des Suisses et des dynastes alsaciens (1474)'.
On sait comment le désir de venger cet affront et la soif de nou­velles conquêtes amenèrent le duc de Bourgogne sur le sol des Confédérés et comment les journées de Granson et de Morat inau­gurèrent la catastrophe qui s'acheva par l'écrasement de Nancy (1477). Les contingents alsaciens avaient figuré à ehaqueétape de cette lutte, car seigneurs et villes libres avaient également compris qu'il y allait de leur indépendance à tous. L'effondrement de la domination de Charles, le partage de ses provinces entre les Valois et les Habsbourgs changea pour longtemps la situation des territoires de la vallée moyenne du Rhin. La Lorraine est entraînée dorénavant d'une façon directe dans la sphère d'influence de la politique française. Frédéric III et Maximilien Ier eurent, de leur: côté, une tâche plus urgente que celle de reprendre en Alsace la politique d'agrandissement territorial de leurs ancêtres; d'ailleurs, ils pouvaient la poursuivre, avec infiniment plus d'ampleur, sur le. théâtre plus vaste des Pays-Bas. Il devait leur sembler probable d'ailleurs, qu'à la longue, la vallée rhénane leur écherrait entiè­rement en partage. C'était incontestablement alors l'un des prin­cipaux centres de la civilisation allemande. Une industrie florissante, et variée ; un commerce qui s'étendait au Sud au delà des Alpes jusqu'à l'Italie, et vers le Nord jusqu'aux embouchures du Rhin; une activité intellectuelle attestée par des noms illustres dans les lettres et dans les arts, par des imprimeries nombreuses, par des_ écoles renommées au loin, donnaient aux cités de l'Alsace une_ importance des plus grandes au déclin du XVe siècle. G'çst préci-_ sèment aussi ce qui en fit, dès le début du XVIe siècle, un des centres principaux du grand mouvement religieux dont les flucr tuations successives et contraires allaient le remplir tout entier.
1. Voy. sur Pierre de Hagenbach les études détaillées,de M. Witte et le solide travail de M. Cb. Nerlinger dans les Annales de l'Est (Nancy, 1889 1890).

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Sol fertile en hérésies dès le moyen âge et tourmenté par moments par un mysticisme plus profond qu'orthodoxe, l'Alsace avait recelé de tout temps une vie religieuse intense, même aux périodes de la décadence de la foi1. Elle avait été des plus sincères à souhaiter, à réclamer par la voix éloquente de Geiler de Kaysers-berg, les réformes,nécessaires et le retour de l'Eglise corrompue aux austérités de l'Eglise primitive2. Mais l'espoir d'un changement pacifique et volontaire alla diminuant peu à peu, puis s'éteignit dans les âmes ; il se iit dans nos contrées un travail encore occulte d'abord, mais puissant, dans les esprits, et quand la révolte de Luther éclata, au nom de l'Evangile et de la conscience individuelle opprimée, l'Alsace fut une des régions de l'Allemagne où le pro­fesseur de Wittemberg trouva le plus tôt des partisans résolus3.
Avec la Réforme, nous rencontrons le troisième des facteurs primordiaux qui ont exercé une influence décisive sur les destinées de l'Alsace au XVIIe siècle. A côté du morcellement infini des terri­toires, à côté de l'absence, de l'éloignement ou de l'impuissance d'un pouvoir central, la question religieuse va décider de plus en plus, à mesure que nous avançons dans le XVIe siècle, du déve­loppement politique des contrées entre les Vosges et le Rhin, ou plutôt, pour parler d'une façon plus exacte, elle accentue leur décadence, au milieu des agglomérations plus considérables qui les enserrent et les menacent de toutes parts. Sous la poussée des dissi­dences ecclésiastiques, l'Alsace se désagrège, pour ainsi dire, et l'enchevêtrement bizarre de ses groupes religieux ajoute des causes nouvelles de rivalités et d'antipathies à tous les motifs plus anciens de querelles intestines. La maison d'Autriche, fidèle gardienne de la foi, se déclare en Alsace comme ailleurs adversaire intransigeant de l'hérésie, et parvient en effet, après l'écrasement définitif de la guerre des Paysans (1525) à étouffer en Haute-Alsace, sauf dans quelques rares domaines princiers et dans quelques villes libres, les germes assez nombreux d'abord de l'hérésie. Mais par cela
1.  Sur ce mouvement si curieux, si prolongé, et qui renaît périodiquement en Alsace, du XIIe au XVIe siècle, voy. les savants travaux de M. Charles Sohmidt (Tauler, Les Mystiques du XIV' siècle, Nicolas de Bâle, etc.), ceux de M. Aug. Jundt (Histoire du panthéisme populaire aumoyen âge, les Amis de Dieu, Rulmann Merswin, etc.), ceux de MM. Preger, Denifle, etc.
2. Yoy. sur lui l'ouvrage capital de M. le chanoine Dacheux, Jean Geiler de Kaysersberg, Paris, Delagrave, 1876,8'.
3.  J'ai à peine besoin de rappeler que je ne parle ici que du mouvement en général ; tout le monde sait qu'au point de vue plus spécialement théo­logique, l'Alsace se rattacha d'abord de préférence aux conceptions des réformateurs suisses.

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même elle perd en influence partout où la nouvelle doctrine triomphe, et dans ces régions, les anciennes sympathies pour les Habsbourgs, si vivaces encore au temps de Maximilien Ier, s'ef­facent et disparaissent sous le long règne de Charles^Quint. Il en est surtout ainsi à Strasbourg, qui, durant près d'un demi-siècle, représente alors, à juste titre, le protestantisme alsacien devant l'Empire et devant l'Europe. De même que la Genève de Calvin, et avant elle, la cilé alsacienne a été pour un temps l'un des grands centres intellectuels et moraux du nouveau mouvement religieux. Son influence s'est étendue bien au delà de sa sphère d'action normale; elle est devenue le lien naturel entre la réforme de Zwingle et celle de Luther, la négociatrice attitrée entre les princes allemands et les cantons suisses, l'abri sûr des fugitifs de tous pays, qui venaient chercher un asile en cette « hôtellerie de la justice ». Mais par tous ces actes et par son attitude énergique en faveur de la nouvelle doctrine, la grande métropole protestante creuse chaque jour davantage le fossé qui la sépare dorénavant de la maison de Habsbourg, des évêques ses voisins, et de tous les autres seigneurs ecclésiastiques, grands et petits, possessionnés en Alsace. Elle sent parfaitement le danger de cette opposition, forcément permanente, alors même qu'elle la dissimule sous les formules du respect, et par suite elle cherche au dehors un appui pour le cas d'une lutte trop inégale; aussi dès le milieu du XVIe siècle l'ombre de la puis­sance française se projette, avant-coureur des événements futurs, sur la carte d'Alsace1. Ce n'est pas du jour au lendemain que cette influence française s'est fait sentir dans notre province ; elle a été proposée discrètement, puis invoquée, puis imposée iînalemeiit par le développement naturel et pour ainsi dire forcé de l'histoire générale du XVIe et du «XVIIe siècle. Les débuts en furent acci­dentels, les premiers développements modestes et les origines n'en ont pas encore été suffisamment étudiés d'une manière impartiale et critique à la fois. Quand le futur Louis XI descend en Alsace, il s'y gère en adversaire et y est combattu par tous comme le pire ennemi. Quand, environ cent ans plus tard, Henri II franchit à son
1. Il ne faut pas se laisser tromper par les vieilles formules de dévoue­ment des protocoles et des correspondances officielles, qui subsistent tou­jours; en réalité Strasbourg ne poursuit alors qu'unbut, celui de réaliser plei­nement son titre de eille libre, en se créant une situation absolument indépendante de toute autorité impériale ; elle refuse à cette dernière tout serment d'allégeance quelconque, encore à la veille de sa capitulation de 1681. D'ailleurs les historiens allemands de bonne foi ont toujours reconnu cette tendance. (Voy. Lorenzet Scherer, p. 221.)

LE PAYS                                                    43
tour les Vosges et traverse sans obstacle la plaine jusqu'au Rhin, c'est en qualité de « défenseur de la liberté germanique », en allié des protestants d'Allemagne, qu'il y paraît. Si la défiance qu'ins­pire le conquérant de Metz n'est pas moindre que celle qu'éveilla jadis le dauphin, il ne retrouve pas en face de lui les antagonistes résolus et hardis dont les attaques incessantes avaient forcé jadis les bandes autrement nombreuses des Armagnacs à évacuer le pays1. Et pourtant, depuis un demi-siècle, les avertissements solennels et les objurgations patriotiques n'avaient point fait défaut en Alsace à « ceux qui, par ignorance, se laissent aller à croire aux droits antiques des Valois sur la rive gauche du Rhin, aux ambitieux et aux courtisans, qui éprouvent des sentiments d'affection plus pro­fonds pour la couronne de France que pour le Saint-Empire romain germanique2 ». Peut-être bien que, sans la grande crise religieuse, les exhortations d'un Jacques Wimpheling, et plus tard celles d'un Beatus Rhenanus, ou d'un Jérôme Guebwiler, eussent été plus fidèlement suivies par leurs compatriotes. Mais en face de la toute-puissance de Charles-Quint, de ses convictions intransigeantes sur le terrain de la foi, les protestants d'Alsace, moins encore que ceux du reste de l'Allemagne, n'avaient guère la liberté du choix dans leurs alliances. Pour sauvegarder efficacement leur liberté reli­gieuse, il fallait bien saisir la main que leur tendait François Ier et lier partie avec le seul prince d'Europe qui osât s'opposer à l'éta­blissement de la « monarchie universelle ». Ceux qui étaient les plus menacés par de puissants voisins catholiques, en même temps qu'ils étaient les plus rapprochés des terres de France, devaient être forcément amenés à appeler à leur aide le roi français ou du moins à solliciter son appui moral, bien qu'au fond il ne leur inspi­rât guère moins d'inquiétude que l'Empereur lui-même.
Après sa victoire, décisive pourtant, sur la ligue de Smalkalde, c'est bien certainement pour ne pas pousser Strasbourg dans les bras de la France, que Charles-Quint offre àcette ville des conditions
1.  L'expédition de Henri II a été racontée avec de nombreux et intéres­sants détails, par M. Alcuin Hollaender, mais à un point de vue bien exclusi­vement allemand. MM. Lorenz et Scherer racontent dans leur Histoire d'Alsace (p. 244) qu'on ne vit point paraître la rougeur de la honte sur le front de Henri II, alors qu'il entra dans Strasbourg qu'il méditait pourtant de trahir. Le malheur est que cette entrée n'eut jamais lieu que dans l'imagina­tion des savants écrivains.
2.  Ce sont les deux ordres d'idées qui sont développés dans la Germania de Wimpheling, dont une réimpression a été donnée par M. Charles Schmidt (Cienève, Fick, Id74, 4°) et une traduction allemande annotée plus récemment par M. ErnestMartin (Strasbourg,Trùbner, 1885,8°).

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de paix d'une mansuétude particulière ; c'est pour ne pas la rejeter sous l'influence des Habsbourgs que Henri II s'abstient de tenter contre elle un coup de main analogue à celui qui vient de lui sou­mettre la République messine. Quand le traité de 1555, la « paix de religion » d'Àugsbourg, a ramené, pour un laps de temps rela­tivement considérable, le calme dans les esprits en Allemagne, l'appui des rois de France n'est plus recherché avec la même ardeur, d'autant que la monarchie des Valois se fait plus encore la persécu­trice de la « bonne cause » que ne l'avait été naguère celle des Habsbourgs. Mais les rapports intimes et suivis avec la France ne sont pas interrompus pour cela ; tout au plus changent-ils d'objet. L'Alsace protestante devient à son tour un point d'appui, un centre de ravitaillement, un lieu de refuge au besoin, pour les repré­sentants de la Réforme française. C'est à Strasbourg que résident les chefs des huguenots bannis, les fils de Condé et de Coligny, les enfants de d'Andelot, les envoyés officiels et officieux du jeune roi de Navarre ; c'est dans la Basse-Alsace que se réunissent les reîtres allemands qui vont combattre sous Jean-Casimir, sous Wolfgang des Deux-Ponts et sous Dohna les régiments de Henri III et ceux de Henri le Balafré. Un chroniqueur strasbourgeois contemporain peut affirmer, avec une exagération d'ailleurs évidente, que sa ville natale compte un tiers d'habitants de langue française, fugitifs de France, de Lorraine ou des Pays-Bas1.
Puis la lutte recommence en Allemagne, quand au pacifique Maximilien II succède en 1576 l'empereur Rodolphe II, naturelle­ment borné, longtemps élevé sous la tutelle de Philippe II à Madrid, et qui, pendant un long règne, ne cessa d'être le docile instrument des Pères Jésuites et le jouet de la domesticité de son palais. Mais, à ce moment, la situation intérieure de l'Empire a complètement changé. Les catholiques se sentent portés par l'élan général qui anime l'Eglise restaurée, disciplinée et sûre d'elle-même, sous des chefs intelligents et hardis, disposant de milices aussi enthousiastes que nombreuses; les protestants sont affaiblis par de mesquines rivalités politiques et par des dissensions reli­gieuses insensées. La contre-réformation s'accentue sur tous les points à la fois de l'Empire, et vainement les princes luthériens et réformés d'Allemagne essaient de lui tenir tête avec leurs propres forces, et de regagner le terrain perdu ailleurs, par quelques nou­velles conquêtes. La tentative d'asseoir un archevêque protestant
1. Chronique de Sebald Biiheler, ad annum 1538; [Fragments des Chro­niques d'Alsace, par L. Dacheux, I, p. 82.)

LE PAYS                                                    45
sur le siège électoral de Cologne (1583) et de transférer àun calvi­niste la mitre épiscopale de Strasbourg échoue piteusement, après des luttes auxquelles se mêlent l'Espagne et les Pays-Bas, la Lorraine et les électeurs du Saint-Empire. De sa « guerre des Évêques » (1592-1595) date pour l'Alsace protestante une décadence irrémédiable, dont les effets immédiats ne peuvent être contreba­lancés que par l'appui, plus marqué dès lors, de la France enfin pacifiée par le Béarnais et déjà de nouveau fort puissante. Ce fut en effet, un heureux coup de fortune pour celle-ci, que la fin de ses guerres de religion correspondît à la réouverture de la lutte politi­que et religieuse en Allemagne, et qu'elle pût reprendre posses • sion d'elle-même au moment où le flot des guerres civiles allait sub­merger bientôt son ancienne rivale. Ce fut un bonheur non moins grand pour elle d'avoir alors à sa tête un prince, naguère protes­tant lui-même, représentant de la tolérance religieuse dans son pays comme au dehors, et connu d'ailleurs de longue date comme un souverain heureux dans ses projets^ parce qu'il était habile à les réaliser.
Cette habileté politique de Henri IV s'est exercée sur des théâtres plus vastes ; elle ne s'est jamais montrée plus constante et jamais elle n'obtint de plus heureux résultats qu'à l'égard des protestants d'Alsace et particulièrement de leur métropole, Strasbourg. C'est grâce à son intervention surtout que les résultats de la guerre des Evêques n'ont pas été plus désastreux pour cette dernière, après . le triomphe du cardinal Charles de Lorraine; c'est sous son égide bienveillante que l'Alsace a pu passer, dans une tranquillité à peu près complète, les années de 1600 à 1610, les seules d'une paix con­tinue qu'elle ait connues dans ce siècle, si néfaste pour elle. On lui en conserva lon'gtemps une reconnaissance respectueuse ; le sou­venir du « grand Henri » fut pour beaucoup dans la confiance avec laquelle les Etats prolestants d'Alsace s'adressèrent plus tard à son fils, quand Louis XIII, ou ses ministres, gagnés d'abord à la politique d'Espagne et paralysés par les discordes intestines, reprirent enfin au dehors l'attitude traditionnelle de la maison de France vis-à- vis de la maison d'Autriche. Cependant, — il importe de l'affirmer ici, en terminant cet aperçu- rapide des destinées de notre province jusqu'au XVIIe siècle, car il faut toujours rendre hommage à la vérité historique, — cette confiance et ce respect, témoignés à Henri IV, n'impliquaient encore en rien ce qu'on appellerait aujourd'hui des sympathies politiques pour la monarchie voisine. L'Alsace, allemande par la langue, les moeurs et les insti-

46                            l'alsace au xvne siècle
tutions politiques et sociales, par un passé dix fois séculaire, ne songeait alors nullement à abdiquer sa nationalité tudesque et à renoncer à sa place dans les cadres élastiques, si commodes pour ses aspirations autonomes, du Saint-Empire romain germanique.
Si la Confédération suisse avait été plus rapprochée encore, plus puissante et surtout plus unie, de vieilles et cordiales relations et des affinités nombreuses auraient probablement poussé les cités protestantes de notre province à se joindre à elle. L'exemple de Mulhouse, entrée dans l'alliance helvétique dès le-XVIe siècle, se serait généralisé sans doute. Mais cette union aurait-elle pu être durable ? Question aussi inutile à poser que difficile à résoudre, puisque les tentatives les plus sérieuses, faites en vire d'une union de ce. genre, ne purent jamais z'ecevoir qu'un commencement d'exé­cution1. Si, d'autre part, des princes intelligents et d'une volonté puissante, avaient occupé au XVIIe siècle le trône d'Othon le Grand, de Frédéric Barberousse et de Maximilien Ier, s'ils avaient su dé­fendre l'intégrité de leur vaste empire, sans alarmer les sentiments de liberté ni violenter les consciences de leurs sujets, le boulever­sement profond qui allait s'opérer, au cours d'un demi-siècle, dans la « marche occidentale de l'Empire », n'aurait pas pu se produire. Il fallut toute l'inintelligence politique, tout le fanatisme borné des successeurs de Charles-Quint pour pousser l'Alsace du côté de la France, toutes leurs infortunes militaires pour donner à celle-ci l'espoir fondé de prendre possession de la frontière du Rhin et pour lui faire réaliser cet espoir par un demi-siècle de luttes acharnées.
1. L'alliance restreinte de Strasbourg avec Zurich, Bàle et Berne, con­clue eu 1588, ne fut jamais renouvelée, tant on sentait, .de part et d'autre, qu'elle imposait des devoirs impossibles à remplir.

LIVRE DEUXIEME
HISTOIRE DE L'ALSACE AU XVII" SIÈCLE
CHAPITRE PREMIER
Événements politiques et militaires de la guerre de Trente Ans
Ce n'est pas un récit détaillé de tous les événements politiques et militaires, relatifs à l'Alsace, durant la guerre de Trente Ans que nous comptons présenter aux lecteurs dans ce chapitre de notre travail. Ni les invasions successives des soudards du Palatin, de ceux de Gustave Horn ou de Bernard de Weimar dans notre pro­vince, ni les négociations diplomatiques entre les différents États de l'Alsace, ni leurs rapports avec les puissances du dehors (surtout ceux de Strasbourg avec les couronnes de France et de Suède) ne sauraient être racontés par le menu dans une étude qui s'attache surtout à donner un tableau d'ensemble de l'Alsace au XVIIe siècle. Il faudra déjà dépasser de beaucoup les dimensions d'un chapitre ordinaire pour en esquisser seulement les principaux contours. D'ailleurs c'est assurément celui de tous dont les éléments sont le plus faciles à retrouver autre part. Les récits des chroniqueurs con­temporains de la Haute et de la Basse-Alsace, les nombreuses feuilles volantes, relations et pamphlets de l'époque, les vastes compilations du temps et les histoires générales modernes fournis­sent avec abondance les détails des dévastations de Mansfeld, de la venue des Suédois, des luttes entre les Impériaux et Bernard de Weimar, de l'occupation finale du pays par la France. Rien qu'en extrayant les volumineux in-folio du Theatrum Europœum et les gros in-douze du Mercure français ou les Relations semestrielles de Francfort, on composerait une histoire militaire assez complète de l'Alsace. Tous les historiens qui, de nos jours, ont écrit sur l'his­toire de la province ou sur celle de ses localités particulières se sont étendus tout naturellement sur une époque qui vit se pro*

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duire un si profond bouleversement dans le pays1. On a tiré des archives alsaciennes de nombreux et précieux documents, relatifs soit aux rapports politiques des belligérants entre eux, soit à ceux des protecteurs et des protégés pendant la lutte trentenaire s. Un nombre considérable de documents inédits repose sans doute en­core dans les dépôts publics ; mais aujourd'hui^ que la correspon­dance de Richelieu a vu le jour, ainsi que celle de Mazarin; que les papiers intimes do Bernard de Weimar et de son confident, le baron d'Erlach, ont été fouillés et commentés par des savants distingués, il n'y a plus guère de place pour des révélations inattendues sur les visées politiques et sur l'action diplomatique des puissances enga­gées dans la lutte, pour autant qu'elle se rapporte à l'Alsace.,
Nous ne nous arrêterons donc à décrire les opérations militaires des différentes armées qu'autant que ce sera strictement nécessaire pour expliquer les modifications dans l'attitude politique des puis­sances, et dans la disposition des esprits, forcément très variable et changeante, en Alsace, durant cette longue époque de souf­frances et d'épreuves 3.
L'histoire de la guerre de Trente Ans peut se diviser, pour ce qui concerne notre province, en trois périodes nettement distinctes. La première va de 1618 à 1630; c'est une période d'attente anxieuse pour les protestants.du pays, momentanément interrompue par l'apparition d'un allié plus dangereux, à coup sûr, que les ennemis eux-mêmes. Pendant dix-huit mois, l'Alsace est sous le cauchemar de l'invasion de Mansfeld ; une fois débarrassée de l'auda.cieux aventurier, elle n'est guère moins foulée par les troupes espagnoles et impériales, qui se recrutent ou se ravitaillent incessamment sur son territoire, épuisant le pays sans profit apparent, mais prépa­rant par leur présence, dans les intentions secrètes de Ferdinand II, le retour des hérétiques à la foi catholique. Inauguré par l'édit de
1.  VHistoire d'Alsace, de Strobel consacre plus de deux cents pages à-raconter la guerre de Trente Ans. Dans l'Histoire d'Obernaiûe M. l'abbé Gyss, dans celle de Haguenau de M. l'abbé Guerber, dans celle deSaoeme de M. Dagobei't Fiscber, dans celle d'Ensiskcim de M. l'abbé M.ercklen, dans celle de Colmar par Billing, etc., etc., les récits sur cette lugubre époque sont fort détaillés.
2.  On peut citer ici surtout, comme exemple à suiyre,. les extraits de M. Xavier Mossmann que l'infatigable érudit a publiés, pendant une quinzaine d'années sous le titre de Matérialise pour servir à la guerre de Trente Ans, tirés des Archioes de Colmar,<Lans la Recued'Alsaue (1876-1891).
8. Pour l'bistoire purement locale de cette époque on pourra en trouver les traits principaux plus loin, dans la description historico-topograpîiique des territoires alsaciens (livre IV).

HISTOIRE DE L ALSACE AU XVIIe SIECLE                       49
Restitution de 1629, le mouvement de réaction catholique violente est brusquement arrêté par la descente du roi de Suède en Alle­magne. Alors commence la seconde période de la lutte trentenaire pour l'Alsace ; c'est la contre-partie de la précédente, l'époque de la réaction protestante. Celle-ci se manifeste lors de la campagne de Gustave Horn et est continuée par ses successeurs; contrecarrée, dans une certaine mesure, par l'apparition des armées de Louis XIII, au delà des Vosges, elle se prolonge, en somme, jusqu'à la mort de Bernard de Weimar.en 1639. C'est aussi la période de la crise aiguë, celle des luttes incessantes sur le sol même de l'Alsace, celle de l'épouvantable famine de 1636 et de 1637, cette époque dont on parle encore de nos jours avec une vague terreur dans les cam­pagnes du Sundgau, comme de la « guerre des Suédois ». La troi­sième période qui s'étend de 1639 aux traités de Westphalie, peu riche en événements militaires importants, est peut-être plus épui­sante encore pour le pays, incessamment exploité, harassé, ruiné par le passage des troupes allant au delà du Rhin ou refoulées vers le grand fleuve. Elle contribue plus efficacement, après la fièvre des crises précédentes, à disposer ceux qui survivent à tant de catas­trophes et soupirent après la paix, à se soumettre à toutes les con­ditions qu'elle impose, pourvu que ce soit la paix.
Quand la lutte religieuse et politique se déchaîna en Bohême, du vivant même du vieil empereur Mathias, amenée surtout par la perspective de l'avènement prochain de l'archiduc Ferdinand de Gralz,et que les représentants des Etats du royaume tchèque eurent jeté par les fenêtres du Hradschin les représentants de l'empereur ;23 mai 1618), un observateur superficiel aurait pu croire que ces événements lointains n'auraient qu'une bien faible influence sur les destinées ultérieures de l'Alsace. C'était compter sans l'extrême surexcitation des esprits d'un bout à l'autre du Saint-Empire, on pourrait dire, d'un bout à l'autre de l'Europe. La contre-réforma-tion religieuse et la monarchie absolue, ou si l'on préfère un seul mot d'ordre, le principe d'autorité sous toutes ses formes, engagent la bataille, à celle date, sur toute la ligne, soit contre les vieilles libertés féodales, soit contre les nouvelles libertés religieuses. La lutte se prépare partout, non moins vive en France qu'en Alle­magne ; elle se produit également, avec des apparences différentes et des allures plus réservées, dans la Grande-Bretagne et aux Pays-Bas.
Les contrastes confessionnels étaient aussi marqués en Alsace qu'ailleurs, plus marqués peut-être que dans bien d'autres régions
R. Hkuss, Alsace.                                                                              l

50                               l'alsack au xvnc siècle
de l'Empire, car l'influence intellectuelle et morale de la République prolestante de Strasbourg y gênait considérablement,, s'il ne la contrebalançait plus, celle des archiducs d'Autriche, maîtres de la Haute-Alsace, de la préfecture de Haguenau et du siège épiscopal de la province1. Depuis l'issue malheureuse de la_ guerre des Évê-ques, non seulement la marche ascendante de la Héforme s'était, arrêtée, mais encore elle était energiquementrefoul.ee, tant dans les villes que dans les campagnes2. Une circonstance particulière, dont les détails étaient sans doute encore inconnus à ce moment en Alsace, mais qu'on pouvait vaguement deviner, rendait la situation politique et religieuse de l'Alsace protestante plus grave que jamais; c'était l'accord secret négocié enli'e les deux branches de la mai­son de Habsbourg. Pour assurer l'appui de l'Espagne, toujours en­core fort puissante, à sa candidature impériale, Farcjùduc Ferdinand avait signé le 20 mars 1617 avec le comte d'Ognate, ambassadeur espagnol à Vienne, un engagement secret par lequel la préfecture de_ Haguenau, l'Ortenau (dans le pays de Bade actuel), le Sundgau et la principauté de Finale en Italie étaient promis à Philippe III et à ses héritiers :l. De cette façon, l'Espagne achevait enfin l'acquisition de celle roule militaire si désirée, qui, du Milanais aux Pays-Bas, lui permettrait de faire circuler librement ses armées sur ses pro^ près domaines. C'était une provocation directe contre toute poli­tique française qui n'aurait pas complètement oublié les luttes de François l"1' contre Charles-Quint; c'était une provocation non moins directe contre l'Alsace protestante qui forcément devait pré­férer la perspective d'être sous la protection de la France à celle dépasser sous le joug espagnol'. C'est la crainte de ce danger avant tout, de cette main-mise de l'Espagne sur l'Alsace qui y a hanté les esprits dans les premières années de la guerre de Trente, Ans. Chaque fois que des troupes wallonnes ou flamandes remon­taient des Pays-Bas pour passer de la Haute-Alsace vers la Bohème, le Magistrat de Strasbourg soupçonnait les plus noires
1.    L'archiduc Lêopold d'Autriche avait été nommé coadjuteur de Charles de Lorraine, en 1598. L'instritmentum electionis notarié se trouvé aux Archives de la Basse-Alsace (G. 203}. Il lui succéda en 1607.            ."
2.  On trouvera plus tard les détails dans les chapitres consacrés à l'état religieux de l'Alsace au XVII8 siècle.
3.  L'envoyé de France à Vienne, Nicolas de Baugy, ayait eu vent de ces négociations secrètes qu'il dénonçait, tout en les croyant moins avancées, dans une dépêche à Richelieu, datée de Prague, le 29"avril 1617.
4.  C'est ce qu'on t reconnu des historiens fort peu sympathiques à la Francei MM. Lorenz et Scherer, Gcsch, don Elsassee, 3e ôâit., p. 334,

HISTOIRiî DE L'ALSACE AU XVIIe SIECLE                       51
embûches 1 et pour y échapper il s'associait à la politique de l'Union évangélique, afin de trouver chez les princes allemands 3~u Sud-Ouest un appui qu'il ne voulait point chercher encore en dehors de l'Empire et qu'il ne pouvait d'ailleurs espérer de l'étranger5 puis­que la politique française du moment paraissait tout à fait favorable aux projets réactionnaires de Ferdinand d'Autriche3. A ce moment l'Alsace élait toute remplie déjà de bruits de guerre ; le margrave de Bade écrivait à ses alliés strasbourgeois que les Espagnols étaient déterminés à extirper les hérétiques, qu'il en venait du Nord, qu'ils arrivaient de Suisse et d'Italie, que le duc de Lor­raine allait passer les Vosges, etc. '. Le Magistrat, qui tout d'abord s'était prononcé pour une neutralité absolue, et avait également refusé de fournir des secours en argent soit à l'empereur, soit aux Etats de Bohême, commençait à relâcher un peu les cordons de sa bourse et fournissait, en maugréant, quelques fonds aux confédérés de l'Union 5.
La méfiance des catholiques d'Alsace à l'égard des prolestants n'était pas moins grande. Ils se plaignaient amèrement des pam­phlets violents qui paraissaient à Strasbourg et ils s'attendaient à voir recommencer cette guerre d'escarmouches peu sérieuses, mais accompagnées de tant de pillages, que les troupes de l'Union évan­gélique et celles de l'Autriche s'étaient faite, en 1610, dans le pays même. On voyait déjà les reîtres du margrave d'Ànsbach s'avancer sur Saverne et l'on discutait sérieusement la question de l'appel
1.  En février 1619, l'évêque Léopold envoya le sire deRibeaupierre en am­bassade spéciale à Strasbourg pour combattre ces appréhensions. Il jure au Conseil des Treize « par le Dieu éternel dont il espérait voir la face a qu'il n'en voulait nullement à la ville (Procès-verbaux des XIII, 3 février 1619). En mars, nouvelle missive de la Régence autrichienne d'Ensisheim pour assurer que les cuirassiers campés en Haute-Alsace devaient combattre « les révoltés de Bohême et non pas les Évangéliques » (XIII, 15 mars 1619).
2.  Le Magistrat de Strasbourg fit bien examiner les traités signés avec Berne et Zurich pour voir s'il pourrait invoquer leurs secours (XIII, 30 avril 1619), mais il ne se cachait pas que ces alliés n'étaient pas de force à l'aider beaucoup.
3.  Empêcher l'archiduc Ferdinand d'arriver à la couronne impériale, écri­vait Baugy à M. de Puysieulx, le 21 octobre 1617, ce serait «grandement favoriser le party hérétique que nous ne devons pas moins appréhender que l'accroissement de la maison d'Autriche. J'estime que Sa Majesté aura à
plaisir de prendre part à sa promotion..... affin de l'obliger de plus en
plus et d'en retirer aussi quelque fruict ».
4.  XIII, 18 mars 1619.
5.  Sur l'attitude de Strasbourg au début de la guerre, je me permets de renvoyer à mon travail Straasuurg and die eoanyeliscke Union (1618-1621), dans VALsatia de Stoeber, Mulhouse, 1868.

52                            l'alsacis au xvne siècle
de garnisaires lorrains pour les différentes l'orleresses de l'évêché1. La régence d'Ensisheim faisait placarder un avis à ses sujets, les engageant à mettre à l'abri ce qu'ils avaient de plus précieux, pour éviter d'être dépouillés par les troupes, amies ou ennemies2. C'était en effet un défilé continuel de régiments nouveaux, dirigés vers le théâtre de la guerre, à travers l'Alsace et les terres de l'Autriche antérieure. Ceux de Haraucourt, de Lichtenstein et de Nassau passaient presque en vue de Strasbourg3 dont les gou­vernants recevaient mainte lettre anonyme, les mettant en garde contre une surprise des Impériaux'.
On comprend donc fort bien que les petits territoires protestants de la province, sans avoir aucune envie d'entrer en lutte ouverte contre leur suzerain, se soient rapprochés de l'Union évangélique qui, bien que faible et mal dirigée, leur présentait encore le refuge le plus naturel, et dont le chef, l'électeur palatin Frédéric V, priait instamment Louis XIII « d'empescher que les troupes qui se trouvent en ce moment sur les frontières de France, entrassent en Allemagne. Une telle entreprise, ajoutait-il, redonderait au préju­dice de la France, en fortifiant par ce moyen le party qui luy est contraire3 ». Il allait même jusqu'à imaginer naïvement» qu'on pourroit tirer du roy de France quelque assistance0 ». Sans doute celte alliance avec l'Union était assez onéreuse, car le Trésor de Strasbourg était, ainsi que le disait Baugy dans une de ses dépêches, « l'un des plus forts arcs-boutansT » de la. confédération. Mais une inquiétude beaucoup plus grave encore -que celle des pertes d'argent possibles et probables, vint tourmenter les pro-t'esiants d'Alsace vers le milieu de l'année 1619. Us ne voulaient aucunement suivre une politique agressive contre la maison d'Au­triche; nul ne désirait, ni à Strasbourg, ni à Bouxwiller, ni à Colmar, ni à Landau, que Frédéric acceptât la couronne de Bohême, et quand cette décision, si fatale à leurs intérêts, eut été^ prise, quand, après la mort de Mathias, le Palatin, non sans hésiter
1.  XIII, 23 juin 1619.
2.  Colmar envoya un exemplaire de ce placard à Strasbourg, par exprès, X11I, 28 avril 1619.
3.  XIII, 10 mai, 13 mai 1619.
4.  XIII, 26 mai, 5 juin, 27 déc. 1619.
5.  Lettre datée de Heilbronn, 1 juin 1619. (Bibl. Nât Manuscrits, fonds français, 15929.',
6.  Lettre de Frédéric V au duc de Bouillon, du 27 sept. 1619. (B. N . Msscr. f. fr. 15929.)
7.  Lettre de Baugy à Puysieulx, Metz, 22 septembre 1619 (B. N. Msscr. £. franc., 15929.)

HISTOIRE DE L'ALSACE AU XVIIe SIECLE                       53
quelque peu lui-même, eût fini par accepter l'offre des Etats de Prague, on peut affirmer qu'il y eut unanimité dans l'opinion publique alsacienne pour désapprouver absolument une pareille provocation, jetée à la face de la maison d'Autriche. Strasbourg refusa catégoriquement d'avancer de l'argent au jeune électeur1 et ses envoyés à la diète de l'Union déclaraient bientôt après qu'ils étaient incapables do subvenir aux dépenses de l'alliance2. Dès le mois de mai 1620, on posa môme au conseil secret la question s'il ne vaudrait pas mieux se retirer entièrement d'une association devenue si dangereuse3.
Le nouvel empereur, de son côté, ne négligeait rien, naturellement, pour diminuer le nombre de ses adversaires el prodiguait les paroles rassurantes. A plusieurs reprises, le sire Kverard de Ribeaupierre, dynaste de la Haute-Alsace, inféodé à la politique autrichienne, mais protestant lui-même, vint à Strasbourg pour affirmer au Magistrat les bonnes intentions de Ferdinand II à son égard, le prier de ne point se mêler aux troubles de Bohême et solliciter de lui un petit emprunt de cinquante mille florins, à uti­liser contre les Turcs, il est vrai. Après avoir essuyé d'abord un refus, le seigneur de Ribeaupierre revint à la charge et la ville offrit alors une avance de 15,000 florins, à la condition que l'empereur ferait évacuer toutes les terres d'Alsace occupées en ce moment par ses troupes et par les contingents espagnols de Spinola. Ainsi qu'on l'avait sans doute prévu, celte demande indiscrète amena la suspension des négociations1. Cette froideur à l'égard de Ferdinand était d'autant plus motivée que ses intentions secrètes n'étaient nullement favorables aux protestants d'Alsace. Lorsqu'il espérait encore de Louis XIII des secours effectifs, il avait fait dire à Baugypar son confident Eggenberg, qu'il comptait employer ces troupes près de la frontière, contre ceux qui voudraient soutenir l'usurpation de son adversaire, afin de ne pas trop les fatiguer par la difficulté des passages5. En parlant de la sorte, il ne pouvait songer qu'à l'Alsace, et c'est ce que l'envoyé français avait fort bien compris, car il ajoutait dans sa dépêche : « II entendoit à mon aviz la ville de Stras-
1.  XIII, 16 octobre 1619.
2.  « Der neraus isl debilis et ex/iaustus, » disaient-ils dans la séance du 20 janvier 1620, à leurs collègues, parlant cet incroyable mélange de latin et d'allemand qui était alors le « beau langage» des hommes graves et de la diplomatie.
3.  XIII.' 4 mai 1620.
4.  Archives de la Haute-Alsace, E. 514.
5.  Lettre de Baugy à Puysieulx, 5 février 1620. (B. N. f. franc., n° 15930.)

54                             l'alsace au xviic siècle
bourg, avec ceulx qui la suivent en Elsace, le marquis de Bade, etc. » Encore quelques mois plus tard, la chancellerie viennoise adressait des appels pathétiques à la cour de France1, sous la signature im­périale, et le monarque promettait que son frère Léopold recevrait de la façon la plus amicale les troupes françaises à la frontière; mais rien ne vint, si ce n'est l'ambassade du duc d'Àngoulâme.
On avait fini par reconnaître en effet, à Saint-Germain, ainsi que Baugy devait le dire plus tard, que « l'interest du Roi estoit que les affaires présentes d'Allemagne se terminent en sorte que ny la maison d'Autriche, ny les protestants en emportent une entière victoire» ». L'ambassade que Louis XIII envoyait à Vienne, soit pour essayer d'amener un rapprochement entre Ferdinand et ses adversaires, comme il l'assurait, soit pour se faire rendre un compte plus exact de leurs forces réciproques, arriva le 15 mai 1620 à Strasbourg, où sa venue (elle comptait, disait-on, plus de 300 cavaliers de suite)3 avait occasionné des préparatifs témoignant d'une certaine défiance4. Mais, en dehors de protestations d'amitié et de formules de politesse, les représentants de Louis XIII n'avaient rien à communiquer aux représentants de la petite République, et ils quittèrent la ville, après y avoir séjourné vingt-quatre heures seulement. Ils avaient demandé à visiter l'arsenal, l'une des curio­sités les plus appréciées alors de Strasbourg, et l'envoyé de Fer­dinand, Éverard de Ribeaupierre, conseilla lui-même aux Treize de _ les y conduire ; « ils y trouveront, ajoutait-il méchamment, bien deb choses qui ne leur feraient pas précisément plaisir5 ». Le duc d'An-goulême, le comte de Béthune et M. de Préaux se rendirent à Ulm, où étaient réunis pour lors les princes protestants, et firent agréer aux confédérés, peu capables de lutter contre leur habileté diplomatique6, un projet d'entente et de neutralité respective entre l'Union évangélique et la Ligue catholique. Cet accord fut signé
1. Lettre de Ferdinand II à Louis XIII, 28 mai 1880 : Nunc, nunc maxime" nécessitas efflagitat ut irritata universorum regum et pri ncipum poteutia viribus unitis... tueatur (B. N. loc. cit.).
2. Lettre de Baugy à Puysieulx, 23 sept. 1620 (B. N., loc. cit.).
3.  En réalité, l'ambassade comptait 255 personnes et 153 chevaux (XIII, 16 mai 1620).
4.  On fit faire des patrouilles nocturnes par les membres du Magistrat, tendre des chaînes devant les auberges, renforcer la garde de l'arsenal, etc. (X1II,13 mai 1620).
5.  XIII, 18 mai 1620.
6.  « Ces princes sont des esprits lents et glorieux, » disaient les ambassa-, deurs français daas un rapport au roi {Ambassade de MM. d'Angoulesme etc. Paris, Jolly, 1660, folio, p. 175).

HISTOIRE DE l'AI.SAOF. AU XVIIe SIECLE                       55
le 23juiu-3 juillet 1620, en présence des envoyés français, mais sans que ceux-ci voulussent le signer à leur tour comme garants1. C'était un vrai marché de dupes. La Bohême et le Palatinat étaient virtuellement abandonnés à leur sort parleurs alliés. Maximilien de Bavière pouvait entrer dans le premier des deux pays à la tête de l'armée de la Ligue sans avoir à craindre une attaque sur ses der­rières, et comme ni Ferdinand II ni le roi d'Espagne n'étaient membres de la Ligue catholique, le traité d'Ulm ne les empêchait nullement d'envahir le Palatinat, ni tel autre territoire de l'Union. Ainsi se termina l'action politique d'une alliance inspirée jadis et soutenue par Henri IV et dont les chefs avaient caressé, naguère encore, les plus ambitieux projets2.
Peu de semaines après le départ des ambassadeurs français, on vit arriver à Strasbourg un envoyé des Etats généraux des Pays-Bas, qui assura les délégués du Magistrat de toutes les sympathies de Leurs Hautes Puissances et essaya de leur faire partager sa con­viction que la France ne permettrait pas à Spinola de s'implanter en Alsace3. LTn peu plus tard, ce fut le tour de l'ambassadeur de Jacques Ier d'Angleterre, sir Henry Wotton, qui se rendait à Venise, de recevoir les hommages du Conseil ; aussi pessimiste que l'en­voyé hollandais, Aerssens, l'avait été peu, il proclama la situation aussi attristante que dangereuse, déclarant qu'il ne voyait aucun moyen d'y remédier, et demanda si Messieurs de Strasbourg en connaissaient un par aventure. Ceux-ci durent avouer modestement leur incompétence'1. Le danger s'approchait en effet de la province; déjà Spinola se préparait à envahir le Palatinat, et les villes septen­trionales de la Décapole pouvaient être menacées du jour au lende­main. On conduisit les canons sur les remparts 5; on décida de ne plus verser de contributions supplémentaires à la caisse de l'Union, qui ne faisait rien pour protéger le patrimoine de son chef; d'ail­leurs le Trésor public était réellement à sec" et les bourgeois étaient las de payer.
La bataille de la Montagne-Blanche (8 novembre 1620) et plus
1.  Ils déclarèrent qu'ils ne comprenaient pas assez d'allemand pour cela.
2. « Nous avons les moyens entre les mains, de renverser le monde, » écrivait le margrave Ernest d'Ansbach au prince Chrétien d'Anhalt, le 14 février 1619 (Archicium Uaito-protestantium, s. 1., 1628, p. 235).
3.  XIII, 18 juillet 1620.
4. XIII, 25 juillet 1620. « Wùstten auch keinparticularmittel. »
5.  XIII, 25 août 1620.
6.    Strasbourg dut emprunter 25,000 florins à la ville d'Ulm (XIII 8 déc: 1620).

56                                       L* ALSACE AU XYTI* SIECLE
encore la fuite honteuse de Frédéric au lendemain de sa défaite, ne mirent pas seulement finà la révolution de Bohême, mais décidèrent aussi pour des siècles le sort des protestants dans les Etats hérédi­taires de la maison d'Autriche. Le retentissement de cette victoire de Ferdinand fut immense, en Alsace comme ailleurs. C'est en vain qu'au commencement de décembre le colonel palatin de Helmstaett vint sollicitera Strasbourg des subsides extraordinaires, « la caisse étant vide et le soldat voulant être contenté » ; on lui donna à peine audience1 ; on accorda au contraire à l'empereur une avance de quinze mille florins, sans aucune garantie. Dès la fin de l'année, l'un des avocats généraux de la République entrait en relations avec le landgrave- Louis de Hesse-Darrustadt, l'un des hauts 'commissaires impériaux, chargés de négocier l'entière soumission des protes­tants, et en obtint des assurances qui hâtèrent le désir de Stras­bourg de sortir de l'Union. Le 21 janvier 1621, Ferdinand II lui-même exprime au Magistrat ses sentiments de bienveillance e.t pro­met d'oublier le passé. On s'excuse alors de ne plus assister à la diète de Heilbronn ; on permet aux messagers impériaux de pla­carder la mise au ban de l'Empire du Palatin fugitifsur les murs de la cité2, et si quelques-uns de ces placards sont arrachés par des mains inconnues, l'émotion générale n'est pas grande, la « bour­geoisie étant dégoûtée de l'Union3 ». Puis commencent les négocia­tions officielles avec l'électeur Jean-Suicard de Mayence et le landgrave de Hesse-Darmstadt, qui aboutissent le 24 mars 1621 à la signature du traité d'Aschaffenbourg. La ville quitte l'Union et s'engage aune neutralité absolue vis-à-vis de l'empereur, qui, de son côté, lui pardonne tous ses torts antérieurs, promet de respecter tous ses privilèges de ville libre et érige son Académie déjà célèbre en une Université de plein exercice. Le bénéfice du traité était réservé d'ailleurs aux alliés de Strasbourg, et beaucoup d'entre eux s'empressèrent de suivre son exemple*. Le 6. avril 1621, la notification formelle de sa sortie de l'Union était envoyée par la République au comte palatin Jean, dernier directeur de la confé­dération moribonde, laquelle n'avait obtenu aucundes triomphes rêvés par ses fondateurs, douze ans auparavant, ni empêché aucune
1.  XIII, 23déc. 1620.
2. XIII, 14 février 1621.
3. XIII. 16 janvier 1621.
4.  Voy. pour les détails mon travail déjà cité, Strassburg und die Union, p.85-91.

HISTOIRE DE L'ALSACE AU XVIIe SIECLE                       57
des catastrophes qu'un peu plus d'énergie aurait pu enrayer ou du moins atténuer naguère1.
Les gouvernants de Strasbourg étaient contents, car ils se croyaient à l'abri de tout danger futur, et si, dans le sein même des Conseils, le sentiment protestant de la minorité se souleva contre l'humiliation d'avoir abandonné la « cause », ce mécontentement n'osa se manifester que par des taquineries et des procédés vexa-toires dirigés contre les négociateurs du traité d'Aschaffenbourg2. Dans la population, prise en masse, la satisfaction était assurément moindre, car les influences religieuses y dominaient, et l'épouvan­table sac du Palatinat par les Espagnols, les Wallons et les Fla­mands de Spinola excitait d'autant plus les esprits qu'on pouvait voir arriver chaque jour de nombreux fugitifs, cherchant un asile à Strasbourg. D'ailleurs les masses ont par moments une intuition plus exacte des choses que les gouvernements eux-mêmes. Elles semblent avoir compris à ce moment que l'indifférence des uns et la lâcheté des autres encourageaient les adversaires à tout oser. « Plus vous montrerez craindre la guerre, avait dit naguère un auteur anonyme aux protestants d'Allemagne, plus vous l'attirerez sur vous, comme les enfants qui fuient l'aboy d'un chien; plus vous céderez et plus vous serez poursuivis; plus vous vous humilierez et plus serez-vous foulez, votre partie s'asseurant à l'opinion qu'elle a de votre peu ou point de force, n'y aïant point d'apparence qu'on endeure d'estre despouillé et souffleté par courtoisie ni par humi­lité. Et vous abandonnant vous-mesmes, qui attendez-vous qui vous assiste ? C'est folie de penser qu'autres feront pour vous ce que ne voulez pas vous mesines faire pour vous, le pouvant, et c'est impudence de le requérir. La fin donc de cette longue patience sera la fin des patiens, lesquels se rendront le jouet et la proie de tout le monde3. » Cette prophétie devait se vérifier pour l'Alsace, et plus rapidement qu'on n'eût pu le croire.
1.  Un mauvais plaisant publia une brochure sur les hauts faits de l'Union èvangélique, composée d'une série de feuillets portant uniquement le mot rien, encore rien, etc., et sur la dernière page, après les mots : Somme totale, un énorme zéro.
2.  Le vieil ammeistre Rodolphe Iugold, un des vétérans de la diplomatie strasbourgeoise fut envoyé, malgré lui, comme bailli de Wasselonne, à la campagne, et le docteur Wolff, créé comte palatin par Ferdinand, fut si mal reçu par ses collègues du Magistrat qu'il quitta le service de la Répu­blique pour entrer à celui du landgrave de Hesse. (XIII, 5 septembre, 20 octobre 1621.)
3. Advis sur Testât présent des affaires du Ro.y de Bohème, 1621. (B. N. Affaires d'Allemagne, manuscrits franc. 16931.)

58                             i.'alsaci? ,vu xvnp
On y était très satisfait de la paix garantie par les promesses de l'empereur, le seul pouvoir qui semblât dorénavant à craindre, quand le dernier représentant en armes du « roi d'hiver » fugitif, le comte Ernest de Mansfeld, adressa, le 21 août 1621, de Waydhausen, dans le Palatinat supérieur, une lettre, certes inat­tendue, au Magistrat de la ville de Strasbourg. De ce camp retranché, établi près des frontières de la Bohême, où il tenait tête, aux attaques de Tilly, il l'exhortait à s'associer à la lutte contre la_ tyrannie espagnole, et lui faisait savoir qu'il avait refusé dix mille hommes de troupes auxiliaires, offertes par Bethlén Gabor, prince^ de Transylvanie et roi de Hongrie, « pour ne pas inonder l'Alle­magne d'hôtes aussi barbares». Nul n'aurait pensé que, quatre mois plus tard, MansFeld inonderait lesplaines d'Alsace de, ses bandes mer­cenaires, qui ne le cédaient certes pas en férocité aux pandours de Belhlén. Cependant, pour ne pas irriter inutilement un hommeiqui res­tait redoutable, bien qu'il fût au bande l'Empire, on reçut en audience privée le messager de confiance qui apportait son épître1. On peut affirmer néanmoins que personne ne songea même à l'appeler dans le pays, et ce fut très sincèrement qu'à la diète provinciale, tenue à Haguenau le 1er septembre 1621, tous les États de l'Alsace se pro­mirent aide et secours mutuel en cas d'une attaque inattendue ; mais les parties contractantes se défiaient trop l'une de l'autre et manquaient trop, toutes ensemble, de l'énergie nécessaire pour organiser à temps une défense sérieuse.
Il faut dire aussi que le danger se révéla d'une, façon tout à fait inattendue, et que l'invasion du général palatin fut, pour ainsi dire, foudroyante. Pressé par Tilly, menacé par les Espagnols, incar pable de retenir ses soldats qu'il ne pouvait plus payer, Mansfeld les jeta d'abord sur les évêchés de Pranconie, faisant cruellement expier aux terres de Wurzbourg et de Bamberg le pillage de la Bohême; puis on le vit soudain déboucher sur le.Rhin, ayant que l'empereur, la Ligue ou l'Espagne eussent pu deviner ou du moins, empêcher cette pointe audacieuse. Le mois de novembre 1621 voyait le trop célèbre condottiere ravager l'évêché*de Spire, et menacer directement, dès lors, l'Alsace catholique et lès Pays-Bas espa­gnols. C'est le 17 novembre seulement qu'on apprenait à Stras­bourg'son arrivée dans le Palatinat et dès le 18 novembre il s'em­parait de Lauterbourg, puis il demandait, deux jours plus tard, Le
1. Un des avocats généraux, en opinant pour l'affirmative déclara qu'on ne pouvait savoir ce qui arriverait dans la suite « WQ die Kugel noeh lan-ten werde » (XUI, 19 septembre 1621).

HISTOIRE DE L'ALSACR A.U XVIIe SIECLE                       59
libre passage du Rhin pour ses troupes. L'effroi fut grand dans toute la province ; le président de la Régence autrichienne d'Ensis-heim, M. de Stadion, s'écriait à la nouvelle de la venue subite de Mansfeld qu'il fallait s'attendre à le voir rejoint bientôt par Charles-lïmmanuel de Savoie et le duc de Bouillon, qui s'appliqueraient à réaliser les noirs complots découverts par la saisie -des papiers secrets du prince d'Anhalf. Le Magistrat de Strasbourg ne pouvait songer à livrer le passage de son pont sur le Rhin aux ennemis de Ferdinand, et cependant que dire pour refuser, sans trop l'irriter, un adversaire dangereux? «Refuser et accorder, disaient les avocats généraux consultés, sont choses également dangereuses; quoiqu'on fasse, on aura Mansfeld ou l'empereur à dos. » Et Mansfeld sem­blait le plus à craindre, car il était le plus proche. Dès le 28 no­vembre, il s'était emparé de vive force de Wissembourg et avait pillé la ville ; ses éclaireurs étaient signalés déjà aux environs de Brumath2; dans des missives pressantes il réclamait le concours de la République pour « remédier au triste et lamentable état de notre commune patrie allemande » et il se déclarait hors d'état de res­pecter ses terres, si on ne lui fournissait des munitions et des vivres3. Il réclamait en même temps une contribution de guerre de cent mille florins à la préfecture de Haguenau, et demandait la même somme au comte de Hanau-Lichtenberg, pour prix d'une sauvegarde générale de son territoire, qui n'en fut pas moins terri­blement foulé. Un colonel au service de l'Empire, Jean-Rodolphe d'Ossa, qui se trouvait alors en Alsace, pour y faire des levées, étant allé voir Mansfeld pour l'engager à protéger le comte de Hanau, lui conseilla de ne pas irriter laRépublique de Strasbourg en dévastant ses domaines et lui insinua que le meilleur moyen d'avoir des vivres, c'était d'empêcher le gaspillage insensé qu'en faisaient ses soldats1. Le général lui répondit —et sans doute, il était sincère —• qu'il faisait décimer et pendre les maraudeurs autant qu'il le pou­vait, mais que cela ne servait pas à grand'chose quand on n'avait rien à donner à des troupes depuis longtemps sans solde, et que, s'il était tout prêt à donner sa tête pour le Palatin, il n'avait pas quatre cents florins en caisse. Ne voulant point se commettre ouver-
1.  XIII, 17 nov. 1621. —On venaitde publier sous le nom de Cancellaria Anhaltina, les papiers secrets de l'Union, saisis dans les fourgons du roi Frédéric, à la prise de Prague, le lendemain de la batailla de la Montagne-Blanche.
2.  XUI, 21 nov. 1621.
3.  Lettre de Mansfeld à Strasbourg, 25 nov. 1621, (Archives de la ville.)
4. XIII, 86 nov. 1621.

60                            l'alsace au xvne siècle
toment avec un personnage si compromettant, le Magistrat lui envoya, comme négociateur officieux, un bourgeois d'origine fran­çaise, Pierre Manuel, pour l'engager à respecter la neutralité de la République. Mais cette démarche ne resta pas cachée à l'évêque Léo-pold d'Autriche, qui fit savoir à Strasbourg tout le déplaisir que lui causaient des rapports aussi suspects1, et profita de la circons­tance pour réclamer à son tour l'usage du pont du Rhin pour les troupes impériales2. Le même jour, il lui fut répondu, que la ville libre ne songeait pas à être infidèle au traité d'Àschaffenbourg, qu'elle ignorait absolument les plans de Mansfeld, mais qu'il lui était impossible aussi d'interpréter le traité en question de façon à être engagée soudain dans une guerre en faveur de la maison d'Au­triche3.
Le général palatin menait en effet avec vigueur la lutte contre cette dernière; le 3 décembre 1621, il avait paru devant les portes... de Haguenau et sommé la ville, défendue par une très faible garni­son, de se rendre à merci. Le 6, il y avait fait son entrée solennelle, et, de cette capitale improvisée, il menaçait l'Alsace entière, rêvant de s'y tailler un domaine à la pointe de l'épée, comme Rernard de Weimar devait le tenter plus lard. Le 22 décembre, il se présentait devant Saverne, siège de la Régence épiscopale, défendu par le comte Hermann-Adolphe de Salm, assaillait la ville, s'emparait même des faubourgs, mais ne parvenait pas à forcer l'enceinte principale. Par l'entremise d'un envoyé lorrain, M. de Ville, une trêve fut signée par les belligérants au village de Steinbourg, le 9 janvier 1622*, mais Mansfeld, irrité des pertes faites devant Saverne, tout en se retirant à Haguenau, permit à sa cavalerie de ravager le plat pays, et ses escadrons, commandés par un chef entreprenant, le colonel Jean-Michel d'Obentraut5, pénétrèrent fort avant dans la Haute-Alsace, répandant partout la terreur et la déso­lation. Ramassis d'aventuriers accourus de toutes parts, les troupes . sous ses ordres n'étaient guère réunies, malgré les belles assu­rances de leur chef, que par l'amour commun du désordre et du
1. XIII, 23 déo. 1621.
2.  Lettre de l'évêque à la Ville, 13 déc. 1621.
3.  Peu après, M. de Seebaoh,l'uu des conseillers de la Régence, vint dire, en réponse sans doute à, cette missive, que Sa Majesté ne pouvait permettre que Strasbourg restât neutre entre elle et ses ennemis (XIII, 29 déc. 1621).
4.  Le texte de cette suspension d'armes négociée par M. de Ville se trouve à la Bibl. Nat., Msor. français, 15932.
5. Ce colonel de cavalerie est le prototype du « Michel allemand » tradi­tionnel, auquel il ressemblait d'ailleurs si peu, qu'on a quelque peine à s'expliquer la formation de la légende sur son nom.

HISTOIRE DE L ALSACE AU XVIIe SIECLE
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butin1 ; aussi les paysans affluaient-ils en masse vers les places fortes, et à Strasbourg, en particulier le chiffre des fuyards était prodigieux. Dans une lettre à l'ex-roi de Bohême le Magistrat esti­mait qu'à la fin de l'année 1621, il avait hébergé un instant jusqu'à cent mille personnes dans ses murs2. Encore en 1622, une visite domiciliaire, ordonnée par lui, faisait constater la présence de 9812 paysans étrangers, avec 4453 chevaux, 2635 bœufs ,et vaches, etc3.
Sans doute la Régence d'Ensisheim avait envoyé un millier d'hommes au Landgraben, frontière de la Haute et de la Basse-Alsace, dès la fin de novembre 1621 ; mais l'archiduc étant absent de la province, personne n'étant particulièrement chargé de diriger la défense et de donner des ordres, le plus grand trouble et le plus complet désordre régnaient partout. Il yen avait qui croyaient que Léopold était mort4 et jugeaient la résistance inutile ; les sommes votées par les Etats de la Haute-Alsace en 1621 n'avaient été que partiellement versées et ce qui fut encaissé fut mal employé5. On alla jusqu'à solliciter les bons offices du duc Henri de'Lorraine, qui se déclara prêt à intervenir, tout en exprimant la crainte de ne pouvoir être fort utile. Il s'aboucha en effet avec Mansfeld, et sou­mit au comte de Salm et à la ville de Strasbourg les propositions du général palatin6. Mansfeld se déclarait prêt à quitter l'Alsace, à condition : 1° qu'on lui permettrait de la traverser avec 10,000 fan­tassins et 2,000 cavaliers, en payant ses vivres; 2° que Léopold retirerait toutes ses troupes sur la rive droite du Rhin, sauf
1. « Jà dessous ses drapeaux marche [le fier Anglois,
Le Piote, l'Esclavoa, le généreux [François,
Le Lorrain, l'Hibernois, le Walon [plein d'audace,
Le Gascon plein de feu, de courage [et de grâce,
Le Hollandois dressé aux exploits [belliqueux,
Le reistre empistolé, le Suisse fu-[rieux...»
L'Aiguillon d'honneur (S. 1. 1621,4"), auquel nous empruntons ces vers, est un poème de D. Jocquet, obscur poète, qui semble avoir vécu alors dans le Palatinat et qui avait publié à Lyon, en 1613, un poème sur le mariage de Frédéric V.
2. Archives de la ville, AA. 932.
3.  Dacheux, Fragments de Chroniques, III, p. 173.
4.  Avis de Strasbourg, 25 nov. 1621. (Archives Nationales, K. 1971.)
5.  Defensionalabschied de nov. 1621. (A.N.K. 1971.) Voy. aussi X.Moss-mann, Notes* et Documents tirés des Archioes de Colmar, 1871, fasci­cule IX. Une seconde réuniou des États eut lieu à Colmar, les 2-12 jan­vier 1622, sans meilleurs résultats. La ville de Colmar elle-même refusa de recevoir une garnison impériale.
6.  Lettre du duc de Lorraine à Strasbourg, 5 février 1622. (Arch. de la ville.)

62                             l'alsack au xvne siècle
2,000 hommes de pied et 300 chevaux, qui feraient la police du territoire, sans jamais attaquer les siens ; 3° qu'on verserait 100,000 rixdales pour le dédommager de tous ses frais. Ces propo­sitions n'étaient pas sérieuses, car il ne pouvait croire que l'archi­duc évacuerait le pays sans même tenter la lutte1, et lui-même ne songeait pas à quitter une contrée, dont il venait de faire sa place d'armes, et où sa présence seule le vengeait déjà, dans une cer­taine mesure, de son vieil ennemi, l'archiduc d'Autriche2. Ce qu'il y a de particulièrement curieux dans l'attitude de Mansfeld, à ce moment, c'est l'effort qu'il fait pour agir sur l'opinion publique protestante d'Alsace, à défaut des gouvernants, qu'il déclare cor­rompus. Ses lettres aux Strasbourgeois^ du 9 janvier et du 20 février 1622, présentent un tableau pathétique des intentions perlides de la maison d'Autriche et des dangers que court partout le pur Evangile3. Tout en admettant volontiers que l'auteur de ces missives fût assez indifférent, au fond, aux querelles religieuses, elles prouvent qu'il connaissait les dispositions des espi'its, et l'on peut constater en effet que les bons Strasbourgeois devenaient frondeurs contre une autorité, trop tiède ou trop craintive à leurs yeux. Il en venait à l'Hôtel de Ville, pour se plaindre de ce que leurs fermes et leurs champs étaient pillés par lès mercenaires de Léopold ; d'autres parlaient ouvertement d'opposer la violence à la violence, et dans les auberges on racontait que tel ou tel des con­seillers de la ville, le docteur Wolff surtout, avait reçu de Spi-nola de belles chaînes d'or, « à se mettre debout dedans », pour avoir aidé à détruire l'Union*.
Mansfeld comptait à ce moment, d'une façon plus ou moins cer­taine, sur le concours, au moins secret, du gouvernement de Louis XIII. Un diplomate français qui, dès le mois de décembre 1621, l'avait visité à Haguenau,M. de Marcheville, écrivait le 25 decemois
1.  Aussi Lèopold dans une lettre adressée à soa envoyé WoH Boecldin de Boeoldinsau, du 23 lévrier 1622, refusa net d'entrer dans la discussion des " préliminaires proposés.
2.  Cette haine profonde remontait à des faits de l'année 1610 (Voy. R. Reuss, Ernst oon Mansfeld, p. 3). On la connaissait partout, et nous lisons dans un rapport italien du 19 nov. 1621 : « Egli (Mansfeld) odia œortal-mente l'arciduoa Leopoldo per i disgusti ch' ebbe quai tempo che le serviva, ed io vedo bene che lui sempro desidera qualche iritrica di guerre in quel conflni dall' Alzacia, per audare in quelle parti, a fare il fatto suo. » (Bibl. Nat. Mscr. franc., 15931.)
3.  Archives de la ville, A.A. 923. Une lettre de Mansfeld à Nuremberg (11 janvier 1622) également communiquée à Strasbourg est des plus curieuses par ses effusions pieuses et patriotiques.
4.  XIII, 23 février 1622.

HISTOIRE DE L'ALSACE AU XVIIe SIECLE                       63
au conseiller d'État Le Clerc, pour lui offrir les services du comte, qui « n'a d'autre maistre aujourd'huy que son inlerest, lequel, à mon advis, il prendra où il le rencontrera1 ».A Vienne, onn'étaitpas sans « concevoir quelque desgout et ombrage » de ces négociations occultes, connues bientôt à la cour impériale, comme à Bruxelles. En mars 1622, on y racontait que Mansfeld avait reçu du roi de France le titre de maréchal de camp et de colonel général des Wallons, avec une pension de 18,000 livres2; qu'aurait-on dit si l'on avait su qu'il n'avait pas craint de solliciter Louis XIII de le protéger « dans la possession del'Estat et Ville deHaguenau, souî>z la recognoissance et,dépendance de Sa Majesté3? » Sans doute il ne recevait aucune réponse encourageante à des insinuations aussi directes, mais en mars 1622, Baugy faisait remarquer cependant à l'un des ministres de Ferdinand que si son maître « n'avait aucu­nement l'intention de préjudiciel1 à l'Empereur, et moins encore à la religion catholique, il ne pouvait souffrir, que sous le pré­texte d'icelle, et pour des desseins qui en sont bien éloignés, on entreprenne contre la paix et la liberté publique et la sûreté de ses voisins et alliés' ».
Ces voisins étaient, en attendant, également tourmentés par leurs amis et par leurs ennemis ; les troupes de Léopold n'exerçaient guère moins de ravages dans le pays que celles de Mansfeld et pillaient les gens de Wasselonne et de Dorlisheim5, bien que Stras­bourg, propriétaire de ces localités, eût fourni des munitions de guerre à l'évêque pour sa tentative de reprendre Haguenau. Le général palatin, ayant eu vent de ce secours clandestin, se fâcha bien fort et, après avoir mis en fuite les régiments autrichiens, il demanda des quantités de vivres énormes, s'il devait continuer à respecter la neutralité de la République 6. Le Magistrat protesta contre des pré-
1.  B. N. Mscr. franc., 15931.
2.  Baugy à Puysieulx, 23 mars 1622. Dès le 28 février, Mansfeld écrivait au roi, pour le remercier de ses titres et brevets et signait sa lettre « son très-humble, très-obéissant et très-fidèle soldat et serviteur». (Bibl. de l'Insti­tut, Collection Godefroy, vol. 269.)
3.   Instruction de Mansfeld pour Guichard. envoyé à Puysieulx, 1 et 12 fé­vrier 1622. B. N. Mscr. franc. 15932.
4. Lettre de Baugy à Puysieulx, 30 mars 1622.
5.  Quand la ville se plaignit à Léopold (14 mars 1622), celui-ci répondit que les Mansfeldiens ayant ruiné tout son territoire, il était bien obligé de s'approvisionner sur celui des autres. (Lettre du 29 mars 1622.)
6.  Lettre des 9-19 mai 1622. Le colonel Peblitz demandait en son nom, « pour le soldat qui ne peut pas attendre longtemps », 531 rezaux de blét 750 rezaux d'avoine et 22 foudres de vin par jour pour son armée.

64                            l'alsace au xvii11 siècle
tentions aussi démesurées; il répondit à Mansfeld que ce n'était pas au moment où on lui ruinait son commerce et où on lui assommait ses paysans, alors qu'elle n'avait plus rien pour nourrir ses propres habitants, que la République pouvait faire face à de pareilles demandes1 . Les semaines qui suivirent le retour de Mansfeld en Alsace, après son infructueuse tentative pour se joindre à l'armée : de Chrétien de Brunswick, l'administrateur de Halberstadt, dont il ne put que recueillir les débris, se passèrent en négociations et en correspondances entre l'électeur palatin Frédéric, le duc de Lor­raine, le margrave de Bade, le duc de Wurtemberg, la noblesse de la Basse-Alsace, la ville de Strasbourg, l'administrateur de l'éve-ché, Hermann-Adolphe de Salm, et le général impérial, Jérôme. Carafa, marquis de Monténégro ; il y eut des conférences à Erstein, Haguenau et ailleurs; les États de la province étaient prêts aux plus grands sacrifices pour faire évacuer la province, car si l'on _ ne parvenait point à ensemencer les terres, une famine effroyable régnerait l'année suivante en Alsace. Mais Mansfeld demandait des sommes exorbitantes, et l'archiduc Léopold, qui s'était sauvé jusqu'à Bregenz, défendit à Monténégro de continuer les négo­ciations. Un instant le général palatin eut l'idée de se jeter sur Brisach et de pénétrer en Bavière2, mais il n'osa risquer cette manœuvre stratégique avec des troupes aussi peu sûres que les sien­nes, et résolut de faire une dernière tentative contre Sayerne, afin de garder, en cas de réussite, une porte ouverte sur l'Alsace. Il atten­dait en même temps des nouvelles favorables de France, le gouver­neur de la Champagne, le duc de Nevers, lui ayant fait faire par son envoyé, M. de Montereau, les plus belles promesses de service. Mais il dut reconnaître bientôt que ses espérances de ce côté étaient vaines a. D'autre part, les Espagnols et l'armée de la Ligue _ s'approchaient et ne lui permettaient plus de s'arrêter longtemps dans la vallée rhénane, où ses soldats, de plus en plus démoralisés, brûlaient et pillaient tout, pour le plaisir de détruire *, au moment où son maître, le Palatin fugitif, exhortait éloquemment les Slras-bourgeois « à soutenir la liberté germanique si chèrement acquise
1.  Lettre des 10-20 mai 1622.
2.  Lettre d'un inconnu â Puysieulx, 4 juillet 1622.
3.  * Je croyais que vos promesses lant de fois réitérées seraient effectuées, écrivait Mansfeld à Puysieulx, le 5 juillet, et que Sa Majesté estimeroit mon affection et le service que je luy pouvais rendre. Cela a apporté grand pré­judice à mes affaires et les a mises en termes que je suis contraint de cher­cher qui m'employe. » (B. N. mscr. fr. 15932.)
4.  Le colonel Peblitz lui-même, le représentant de Mansfeld à Strasbourg, dut avouer que ces incendiaires étaient « horribles ». (Lettre du 27 juin 1622.)

HISTOIRE DE L'ALSACE AU XVIIe SIECLE                       65
et à favoriser la liberté de conscience qu'on veut étouffer mainte­nant1 ». Villages prolestants et catholiques étaient également livrés aux flammes : Geispolsheim, Wolxheim, Kolbsheim, Breuschwick-ersheim, etc., à moitié détruits, et deux villes même de la Décapole, Rosheim et Obernai, prises d'assaut ou forcées à se rendre. Du haut de la tour de la cathédrale, on pouvait voir parfois une quin­zaine d'incendies rougir l'horizon -, et la ville regorgeait plus que jamais de fuyards. C'est chargés des malédictions de tous, que les régiments de Mansfeld se mirent en marche vers les montagnes, où leur second assaut contre Saverne devait être aussi infructueux que le premier; c'est sous les murs de cette petite, mais vaillante cité que l'ex-roi de Bohême, poussé par son'faible beau-père, Jacques Ier d'Angleterre, le congédia en bonne forme, ainsi que le duc de Brunswick, pour essayer de sauver par des négociations une part de son patrimoine à ses enfants. Mansfeld disparut alors vers le Nord ;li janvier 1622), se dirigeant à travers la Lorraine, vers les Pays-Bas espagnols, où l'attendaient des aventures nouvelles.
Il laissait derrière lui l'Alsace dans un état de misère matérielle et de surexcitation morale extrêmes, y ayant discrédité pour long­temps la cause protestante et allumé une soif de vengeance facile à comprendre aux cœurs des catholiques. C'est seulement lorsqu'il eut disparu derrière la crête des Vosges, que les Etats de la pro­vince se décidèrent à mettre en pratique les mesures arrêtées un an plus tôt, et à organiser une battue générale du pays, pour le débar­rasser des maraudeurs, des invalides et des pillards restés en arrière. Cette opération dura quatre semaines et rendît quelque sécurité aux campagnes désolées et désertes 3.
Les années qui suivirent l'invasion de Mansfeld en Alsace, cette invasion dont un chroniqueur contemporain a dit qu'on en parlerait encore dans les temps les plus reculés, furent assez tranquilles pour le pays au point de vue de l'ordre extérieur, mais elles comptent parmi les plus troublées au point de vue économique, politique et religieux4. Le retour de Léopold, la présence de troupes impériales en nombre suffisant, permettaient désormais à l'empereur de tra­vailler à la reprise des positions perdues autrefois par l'Eglise en Alsace et à la consolidation du pouvoir de sa maison, fortement
1.  Lettre de Niederehnheim, 25 juin 1622.
2.  Walter, Chronique strasbourgeoise, fol. 175". Le chroniqueur ajoute d'ailleurs : « Die Leopoldischen machten es nicht besser. »
3.  Recôs des États de la Basse-Alsace, du 13-23 août 1622.
4.  Pour la question économique nous renvoyons au chapitre sur le Com­merce, pour le détail de l'état religieux au livre VII de cet ouvrage.
H. Kiîuss, Alsace.                                                                              ô

66                                l'alsaciî au xviil' siècle
ébranlé par les agissements de l'Union évangélique et de ses alliés. On sait avec quelle énergie tenace il agit, dans les années qui sui­virent, contre les princes protestants d'Allemagne les plus puissants, voire même contre des alliés comme l'électeur de Saxe; ce n'étaient pas quelques seigneurs d'importance secondaire et quelques villes impériales qui pouvaient l'empêcher de réaliser ses projets vis-à-vis des protestants d'Alsace, intimidés par les nouvelles qui leur venaient du dehors et par les récits des coreligionnaires exilés de la Bohème, de la Silésie, de l'Autriche, qui venaient chercher un asile jusque sur les bords du Rhin1. Ferdinand II ne demandait que deux choses pour réussir : l'appui fidèle de la Ligue catholique, pour ne pas être pris à revers, et l'assurance, ou du moins l'espoir que la France ne se mêlerait pas aux affaires d'Allemagne dans une intention hostile à ses projets personnels. C'est donc en dehors de l'Alsace que se poursuivent dans les années suivantes les tenjtatives d'alliances et de coalitions entre les amis et les adversaires des Hahsbourgs, qui devaient influer le plus sur les destinées ultérieures de la province. « Former un party catholique en Allemagne, où la maison d'Autriche n'ait point de part et dont nous puissions nous pré­valoir pour balancer et tenir bas celuy des prolestants, et spéciale­ment des calvinistes % » tel était le programme qu'on préconisait dés lors à la cour de France, trop occupée d'ailleurs des affaires du dedans pour prêter une attention soutenue à ce qui se passait au delà des Vosges. Une première tentative pour réaliser cet accord fut faite dès 1623 ; Maximilien de Bavière fut invité à s'allier à la France, la Savoie et la République de Venise, qui venaient de s'ea-lendre le 7 février 1623 pour prendre à leur solde Mansfeld et opérer une diversion dans le nord de l'Allemagne, afin de contre­balancer l'influence de l'Espagne et peut-être de l'Empire *. Mais le nouvel électeur de Bavière, à peine mis en possession de sa dignité récente par Ferdinand, ne crut pas pouvoir l'abandonner déjà. D'ailleurs il ne jugeait pas la cause catholique assez triomphante en Allemagne pour pouvoir rompre sans danger une ancienne et lucra­tive alliance. L'empereur put donc prendre une attitude très décidée en Alsace, qu'il inonda de troupes; il demanda à Strasbourg qu'on lui livrât les fonds de la maison palatine cachés, disait-on, a.u P/cnnigtliurm ou Trésor public de la ville, et en même temps des
1.  Walther, Chronique strasbourgeoise, éd. Reuss, p. 19.
2.  Lettre de Baugy à Puysieulx, 15 juillet 1622. (B. N. Mscr. fr. 15938).
3.  Baugy h Puysieulx, 5 avril 1623.

HISTOIRE DE l/ALSACE AU XVIIe SIKCLE                       67
subsides pour continuer la guerre 1. Le Magistrat répondit dans les formes les plus dévotieuses, mais en refusant ce qu'on lui demandait, et comme il invoqua l'intercession de l'électeur de Saxe, on le laissa tranquille. Des princes plus puissants que l'électeur Jean-Georges s'intéressaient du reste à la petite République ; en juin 1624, un envoyé de Louis XIII s'y arrêta pour affirmer au Conseil que le roi était tout prêt à lui venir en aide le jour où elle se sentirait menacée et qu'il réunirait des troupes près de Metz afin de conserver les libertés de la ville et de la nation allemande. Le Magistrat remercia poliment de celte offre, tout en déclarant qu'il ne se croyait pas en danger2. Ferdinand apprit peu après que MM. de La Haye et de Marescot s'étaient arrêtés à Strasbourg et exprima tout son étonne-ment aux gouvernants de la République de n'avoir pas été immédia­tement informé de ce qu'on leur voulait3. Mais il dut se contenter de l'assurance que la ville était toute dévouée à Sa Majesté, qu'on n'y songeait pas à une alliance avec l'étranger et qu'on n'avait échangé avec les diplomates français que des propos de bon voisi­nage, sans aucune importance politique '.
En été 1024, le bruit se répandit en Alsace que Mansfeld songeait à recommencer une nouvelle campagne dans ces parages, qu'il recrutait une armée dans les Trois-Evêchés, et qu'il allait ruiner complètement cette fois les territoires si maltraités déjà deux ans auparavant. Une crainte commune rapprocha pour un instant le souverain et la petite République ; ils échangèrent des missives infi­niment plus cordiales que les précédentes 5 et Strasbourg obtint même la promesse qu'on ferait partir pour d'autres quartiers un des corps d'armée de Tilly, cantonné dans la province, qu'il dévastait sous prétexte de la garder". Ce n'était pas absolument sans raison d'ailleurs que les Impériaux avaient craint un instant une invasion nouvelle de Mansfeld en Alsace, car séjournant à Paris en décembre
1.  Lettre de Ferdinand XL du 26 mars 1623.
2.  Lettre de la ville de Strasbourg à l'empereur, 8 juillet 1624.
3.  Lettre de Vienne, 20 juillet 1624.
4.   Lettre de Strasbourg à l'empereur, 7 août 1624. La lettre du Conseil de Strasbourg à Louis XIII, du 15 juillet 16,24, pour le remercier des offres trans­mises par M. de La Haye, a été publiée par M. A. Kroeber, dans la Reçue d'Alsace, 1870. p. 137.
5.  Lettres de l'empereur du 20 juillet, et de la ville, du 14 août 1624.
6.  Lettre de la ville à Ferdinand, 4 septembre, et de Ferdinand à Maximi-lien de Bavière et Tilly., 26 sepl. 1624. Les soldats de Léopold qui restaient, suffisaient d'ailleurs à vexer e't à piller les populations. Le 29 juin 1625,1e comte de Salm dut adresser des excuses à Strasbourg, parce que ses soldats avaieDt tiré sau& provocation sur les habitants de Wasselonne.

68                            jl'alsack au xyii0 siècle
1623 et en janvier 1624, le célèbre condottiere y avait en effet dis­cuté avec le duc d'Angoulême le plan d'une attaque à faire, aux frais de l'Angleterre, par l'Allemagne du Nord, tandis que la nou­velle ligue (France, Savoie, Venise; attaquerait du côté des Grisons. Mansfeld viendrait rejoindre les combattants dans la Valteline, en passant par l'Alsace 1. Mais ces projets parurent trop dispendieux et les opérations ultérieures du général palatin se bornèrent, on le sait, à l'Allemagne du Nord.
Mais pendant que les péripéties de la lutte trentenaire se dérou­laient momentanément dans ces parages lointains, la politique fran­çaise, inspirée déjà par Richelieu, commençait à s'occuper plus attentivement des régions rhénanes et l'on peut découvrir, dès 1625, les premières indications d'une orientation nouvelle de ses desseins. « Les armes du Roy, disait un mémoire confidentiel, rédigé au mois de juillet de cette année, ne peuvent estre que très honorables et profitables dans l'Allemagne... utiles en ce que dans cette protection le Roy trouvera moyen de s'accomoder de plusieurs païs voysins de son royaume, ainsy que Henri II a fait deToul, Verdun et Metz, duquel dernier evesché il y a encore plusieurs places, bourgs et villages dans l'Allemagne qui en dépendent, dont Sa Majesté se peult facilement emparer, sans qui se pourra faire dans l'Alsace et le long du Rhin, duquel il importe à la France d'ayoir un passage que l'on acquerra plus aysémenl en entreprenant ce dessein2. » A cette date, personne encore dans le pays ne nourrissait de pressen­timents à ce sujet, et Ferdinand II lui-même ne prévoyait assuré­ment pas celte concurrence prochaine, si nuisible à ses propres projets. Il croyait, à ce moment, rattacher plus solidement que jamais l'Alsace aux destinées de sa maison, en déchargeant l'archiduc Léopold, son frère, de l'administration de l'évêché de Strasbourg, qu'il destinait à l'un de ses propres fils, tout en lui laissant le gou­vernement des pays de l'Autriche antérieure, et en lui rouvrant le siècle par son mariage avec Claudine de Médicis. Ce transfert, si contraire aux canons du concile de Trente, s'opéra dans le courant de l'année 1626, et le jeune archiduc Léopold-Guillaurne, à peine âgé de treize ans, fut préconisé par le Saint-Siège, après avoir été élu par les chanoines-comtes du Grand-Chapitre 3. L'empereur pen-
1.  B. Nat. Mscr. franc. 18985, p. 264.
2.  Ce mémoire est attribué à Richelieu lui-même par M. Ravvson Gardiner qui l'a publié dans la Reçue historique, 1876, I, p. 329.
3.  Tou tes les pièces relatives à cette élection," VInstruction de Ferdinand H pour le comte Jean-Ernest Fugger, le Mémorial du, conseiller intime Jean Lindtner, etc., se trouvent aux archives de la Basse-Alsace, G. 203.

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sait ainsi tenir la Haute et la Basse-Alsace en son pouvoir direct, et briser plus facilement la résistance des Etats prolestants de la province ; longtemps avant la promulgation de l'Kdit de Restitution1, il essaya de l'appliquer, au nom de son fils mineur, dans les terri­toires alsaciens, et de réviser le traité de Haguenau de 1604, par lequel les chanoines protestants du Grand-Chapitre avaient conservé, sinon leurs droits ecclésiastiques, du moins des revenus considé­rables. Dès le 13 avril 1627, il faisait sommer ces derniers et leurs tenanciers ou vassaux d'évacuer les biens du Grand-Chapitre et de les remettre aux commissaires impériaux, en défendant en même temps au Magistrat de Strasbourg d'entraver ces mesures. A Stras­bourg, « on avait grand peur », au dire d'un contemporain2; aussi ne songea-t-on pas à y empêcher la reprise des immeubles du Cha­pitre, qui se fil en juillet. Encouragé par le peu de résistance qu'il rencontrait, Ferdinand résolut d'aller plus loin. Le 25 février 1628, un mandement impérial, insinué par acte notarié, sommait le Magis­trat d'abandonner également toutes les églises, les couvents, ora­toires et biens chapitraux, occupés par lui depuis la paix de religion d'Augsbourg, et cela dans un délai de deux mois.
La situation était d'autant plus dangereuse qu'au même moment les luthériens étaient expulsés de Haguenau, de Schlestadt, de Calmar même, et que la contre-réformation, assurée de la lassitude générale des protestants d'Allemagne, s'accentuait par tout le Saint-Empire. Néanmoins, la ville de Strasbourg ne put se résoudre à abandonner sans lutte tout ce qu'on lui demandait; elle protesta en déclarant qu'elle en appelait à la justice et qu'elle ne céderait qu'après un verdict de la Cour suprême, dont les lenteurs étaient bien connues. L'archiduc Léopold, chargé par Ferdinand de suivre ce litige, envoya ses conseillers, Jean Regnard de Schauenbourg et le D1' Jean Locher, à Strasbourg, pour engager le Magistrat à ne pas irriter le souverain par des tentatives d'obstruction, d'ailleurs inutiles. On leur répondit d'une façon très polie, mais tout à fait dilatoire3. L'inquiétude des gouvernants s'accrut quand, au mois d'août 1629, l'un des avocats de la ville, le D1' Schmidt, reçut d'un de ses correspondants de Vienne, le D1' Varnbùler, la communica­tion confidentielle d'une occupation prochaine du pont du Rhin et du blocus de la ville, médité par les Impériaux, pour la punir de
1.  L'Édit de Restitution ne fut promulgué que le 6 mars 1629.
2.  Walther, Chronique, éd. Reuss, p. 20.
3.  Les pièces relatives à cette mission, surtout la longue Relation de M. de Schauenbourg, du 26 février 1629, se trouvent aux archives de la Basse-Alsace, G. 176.

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s'èlro1 engagée avec la France en des négociations secrètes-. Déjà les commissaires impériaux avaient fait afficher, à Strasbourg même, des édils du souverain, prescrivant la restitution des biens ecclé­siastiques et l'expulsion des calvinistes, sans qu'on eût osé s'y opposer2 ; chaque jour la correspondance avec le chancelier épis-copal, le Dr Biegeisen, avec l'administrateur de l'évêché, le comte de Salm, et avec M. de Schauenbourg devenait plus pressante d'un côté, plus embarrassée de l'autre.
En même temps les dépenses augmentaient, la cherté des vivres allait croissant, les contributions de guerre, réclamées par le com­missaire général, Wolf d'Ossa, semblaient énormes aux administra­teurs des petits territoires d'Alsace dont les ressources financières^ étaient modestes. Dès 1628, on avait réclamé aux villes seules de la Décapole une contribution hebdomadaire de quatre mille florins, pour la solde de troupes qui n'étaient même pas encore en Alsace. En 1629, cette occupation du pays étant effectuée, chaque ville eut de fortes garnisons à nourrir et à payer, pour les protéger contre les ennemis du dehors, qui préparaient leur ruine complète, comme le commissaire Vizthum d'Eckstaedt l'écrivait gravement aux Colmariens3. Le fait est que la Régence d'Ensisheim avait constamment l'œil ouvert du côté de la France et qu'on allait jusqu'à arrêter comme espions de pauvres Lorrains et Franc-Com­tois, qui venaient quêter en Alsace pour rebâtir leurs villages incen­diés *. Mais les procédés employés par les soudards de Gollalto étaient peu faits pour rendre les villes alsaciennes sensibles au bonheur d'être protégées par eux contre les mauvais desseins de la France. Les députés de la Décapole se réunirent ls 15 septembre 1629 pour protester contre les lourdes charges qu'on faisait peser sur leurs commettants, et qui dépassaient 4,000 florins par mois,
1.  Lettre du Dr Varnbûler, datée de Vienne, 3-13 août 1689. Archives de la ville, A.A. 974. En effet, des troupes espagnoles avaient pénétré dans le comté de Hanau-Lichtenberg et se montraient près du château de Herrenstein,. appartenant à Strasbourg. Ce qu'il y a de curieux, c'est que les ministres de Louis XIII choisissaient ce moment pour demander également au Magistrat de restituer à la collégiale de Haslach certains revenus appartenant à cette dernière et dont la ville jouissait depuis longtemps. Bien qu'écrit sur un ton fort courtois, ce document, témoignage de zèle religieux plutôt que d'habi­leté politique, devait étonner et même blesser le Magistrat. La lettre royale du 11 août 1629 se trouve dans Kentzinger, Documents historiques tirés des _ archives de Strasbourg, I, p. 100.
2.  XIII, 23 avril 1629*.
3.  Lettre du 30 janvier 1629. Mossmann, Matêriauso, etc., Reoue d'Alsace, 1876, p. 319.
4.  Reeue d'Alsace, 1876, p. 324.

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pour la seule ville de Colmar1; mais en vain retracèrent-ils le tableau lamentable de la situation des pauvres bourgeois, empêchés dans leur négoce, ruinés par les impôts et les réquisitions en nature et abandonnant finalement leur droit de bourgeoisie quand ils avaient perdu tout leur argent. Les marches et les contremarches inces­santes des Impériaux n'en continuèrent pas moins au printemps de l'année suivante, bien qu'on fût, en apparence, en pleine paix. Evi­demment, les rapports bienveillants ou du moins courtois que la cour de Vienne avait entretenus si longtemps avec celle de Saint-Germain avaient cessé depuis que la mort de Gonzague de Mantoue avait rouvert la question italienne, et que Richelieu pensait trouver chez Maximilien de Bavière et ses alliés de la Ligue catholique, exaspérés contre Wallenstein et craignant la trop grande puissance de Ferdinand, un nouveau point d'appui contre les Habsbourgs, en dehors de l'alliance des hérétiques. C'est certainement dans la crainte de l'attaque inattendue d'une armée française que les troupes impé­riales organisaient un camp retranché tout autour de Haguenau et qu'Ossa réclamait à Strasbourg les clefs du Herrenstein, petite forteresse dans les Vosges2 appartenant à la République.
Ce fut donc au milieu de vives alarmes qu'on célébra dans l'Alsace protestante, le 25 juin 1630, le premier centenaire de la présentation de la Confession d'Augsbourg à Charles-Quint. Les passages inces­sants de troupes, les avis anonymes annonçant des attaques pro­chaines énervaient et inquiétaient gouvernants et gouvernés3, et nul ne se sentait sûr du lendemain.Le découragement était siprofond, la lassitude si générale, que même la nouvelle de la déposition subite de Wallenstein ne fit pas d'abord une grande impression sur les esprits. Elle était due d'ailleurs aux seuls princes catholiques présents à la diète de Ratisbonne, et leur zèle religieux surpassait de beaucoup celui de l'ex-duc de Mecklembourg ; la cause protes­tante ne pouvait, semblait-il, tirer aucun profit de ces dissensions intestines du parti adverse. Presque en même temps, cependant, on apprenait que le roi de Suède, Gustave-Adolphe, avait débarqué sur les côtes de Poméranie et que le roi de France se refusait à ratifier l'accord de Ratisbonne, relatif à Mantoue. La guerre allait donc recommencer à la fois sur les bords de la Baltique et sur les bords du Pô.
1. En juin 1631, Colmar calculait ses dépenses de guerre depuis l'invasion mansfeldienne, à 219,189 florins. (Mossmann, Ree. d'Alsace, 1S76, p. 328.)
". Elles lui furent d'ailleurs refusées et !a forteresse mise en état de défense. XIII, 14-28 avril 1630.
3. Walter, Chronique, p. 22-23.

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Ces nouvelles étaient graves assurément; mais on ne saurait s'étonner que l'effet produit par elles sur les populations alsa­ciennes n'ait point paru tout d'abord très profond. Les plus opti­mistes parmi les protestants avaient été profondément découragés par les échecs successifs de tous les adversaires de Ferdinand II. Pourquoi le roi de Suède serait-il plus heureux que celui de Dane­mark, écrasé malgré ses alliances dans l'Empire et à l'étranger ? Quand on se rappelle que, durant de longs mois, ses plus proches voisins, ses parents même, le duc de Poméranie, l'électeur de Bran­debourg, n'osèrent pas se prononcer pour Gustave-Adolphe, de peur de subir le sort des ducs de Mecklembourg et de l'électeur palatin, on ne saurait s'étonner de ce que les villes et les dynastes_ protestants de l'Alsace n'aient pas songé à manifester leur conten­tement au sujet de cette intervention généralement inattendue. Cependant les effets s'en firent sentir, presque immédiatement, jusque dans notre province. Une partie des troupes qui l'occupaient partirent pour le nord de l'Allemagne, d'autres, avec Ossa lui-même, furent dirigées sur l'Italie, et s'il en resta un certain nombre dans la Basse-Alsace, et sur les deux rives du Rhin, les campagnes.. se sentirent néanmoins soulagées dans une certaine mesure, et les esprits se montrèrent moins résignés à tout concéder par crainte de violences. Aussi quand les commissaires impériaux revinrent à Strasbourg, le 8 décembre 1630, pour sommer le Magistral d'obéir enfin à l'Édit de restitution, ils furent poliment reçus, magnifiquement traités, mais amicalement refusés, selon le mot du chroniqueur1, et lorsqu'ils essayèrent défaire acte d'autorité _ et qu'ils voulurent se saisir de force des biens ecclésiastiques dans le bourg de Wasselonne et y réintroduire le culte catholique, ils furent énergiquement éconduits par les autorités strasbourgeoises5.
Cependantla France avait enfin fourni, par le traité de Baerwalde (janvier 1631), les subsides matériels nécessaires au roi de Suède pour qu'il pût marcher en avant. Le sac de Magdebourg (20 mai 1631), en forçant les princes luthériens d'Allemagne à sortir de leur réserve pusillanime, lui procura de plus l'irrésistible appui de l'opinion publique protestante, qui réclamait une ven­geance de cet effroyable massacre. Vers le même moment, se signait
1. Walter, Chronique, p. 23. — Les négociations de 1630, au sujet des biens du Grand-Chapitre (surtout le procès-verbal des séances des commis­saires épisoopaux, F. Ernest de Créhange, Othon-Louis de Salm et le Dr Biegeisen, avec les délégués du Magistrat, en décembre 1630) se trouvent A.B.A. G. 177. g. XIII, 28 janvier 1631.

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à Fontainebleau un traité secret avec la Bavière, qui, en lui garan­tissant ses territoires et la dignité électorale, entraînait Maximilien du côté de Louis XIII, sans grand profit d'ailleurs pour les Wittels-bach, puisque les succès foudroyants du roi de Suède ne permirent pas à Richelieu de protéger bien efficacement ce second allié, l'anta­goniste le plus marquant du premier1.
Pendant tout l'été, les passages de troupes continuèrent en Alsace; il en venait du Nord et du Sud, Espagnols, Italiens, Lor­rains et Flamands ; en août seulement il passa dix mille hommes sous les murs de Strasbo'urg2 ; les localités du bas pays étaient épuisées, le Trésor de la République entièrement vidé, et c'est en vain que la ville essaya de négocier un emprunt à Berne ou à Zurich3. Il fallut se résigner à accepter l'offre, — qui semblait bien dangereuse alors, — d'un secours pécuniaire qu'un envoyé français, récemment accrédité en Alsace, Melchior de l'Isle, offrait au nom de son maître. Ce personnage, autrefois professeur de droit à Bâle, sa ville natale, et protestant lui-même *, allait être bientôt le premier de la longue série des diplomates que, pendant un demi-siècle, le gouvernement royal entretint à poste lixe à Strasbourg, afin d'y représenter ses intérêts, d'y gagner les esprits et de préparer peut-être, dès ce moment, les solutions entrevues dans l'avenir. Le secrétaire du Conseil des XV, Josias Glaser, fut donc envoyé en mission secrète5 à Paris, au mois de juillet 1631, pour y obtenir un prêt de trente mille florins. Sa demande fut accordée de la façon la^ plus gracieuse, et cet emprunt fut le premier lien effectif entre la France et la petite République. Glaser était à peine revenu en sep­tembre, qu'arriva la grande nouvelle de la victoire décisive de Breitenfeld, gagnée sur Tilly par le roi de Suède. Cette fois-ci, il n'y avait plus à en douter, la délivrance approchait, et la joie des populations protestantes de l'Alsace fut profonde et même un peu bruyante6. On craignit, à la cour de France, que les succès du roi
1. Le traité de Fontainebleau fut signe le 30 mai 1631. Son texte se trouve Bibl. Nat. Collection de Brienne, vol. 86.
2.  Walter, Chronique, p. 24.
3. XIII, 20 juin 1631.
4.Chron. de Wencker, Dacheux, Fragments, III, p. 184.
5.  Sur les détails de cette négociation je me permets de renvoyer à mon étude sur Josias Glaser, dans la Reçue d'Alsace, 1869. La mission fut tenue secrète parce que le Magistrat avait grand'peur des Impériaux, qui venaient de saccager le Wurtemberg, uniquement parce que le duc avait adhéré aux décisions de neutralité de la Convention de Leipzig, tout comme Stras­bourg ( Walter, p. 24).
6.  Le moine dominicain qui continuait au milieu au XVIII8 siècle la Chro-

74                             l'alsace au XVH1" siècle
de Suède ne leur fissent trop perdre de vue le protecteur plus proche; aussi Louis XIII fit-il partir en février 1632 pour Stras­bourg un nouvel envoyé spécial, le sieur Magnin. Dans une série de conférences intimes, tenues avec le stettmeistre Joachim de Bers-tett, l'ammeistre Mueg et le Dr Becht, celui-ci leur exposa le désir de son maître, de les voir « demeurer fermes et stables à son ser­vice, et, honorant le roy de Suède comme ils font, de garder à Sa Ma­jesté le rang et la dignité dans leurs cœurs et en leurs affaires, telle qu'il luy appartient, et à sa couronne ; que s'entretenant et vivant de la sorte avec ces deux grands monarques, ils n'auront jamais subject n'y appréhension de perdre volontairement la liberté qui est si chère et inestimable, et que la plus grande extrémité du temps passé n'a pu leur ôter1 ».
Un peu plus tard, le roi envoyait un personnage de plus de poids renouveler l'assurance de ses sentiments bienveillants à la Répu­blique de Strasbourg; il tenait cependant à marquer les limites jus-qu'auxquelles il consentait à s'associer au mouvement pour la la délivrance des Etats protestants de l'Empire. C'est certainement par ordre supérieur que Melchior de l'Isle, gentilhomme de sa chambre, et envoyé vers les princes luthériens et calvinistes d'Alle­magne, exposait en mars 1632, dans un document fort étendu, la politique qu'entendait suivre la couronne de France, à ce moment précis. Loin de vouloir pousser la lutte à outrance, disait le repré­sentant de LouisXIII, « SaMajesté Très Chrétienne juge très néces­saire que tant les protestants que catholiques (sans s'arrëster au différent de la religion, que Dieu seul peut accorder) conspirent conjoinctement à la conservation de leur patrie, au redressement des lois fondamentales d'icelle, au restablissement de la justice, violée de tant de façons^ et à l'affermissement d'une bonne et stable paix, qui seule peut rendre son ancienne splendeur, vigueur et dignité à la Germanie; que, quant à la religion, comme Sa Ma­jesté n'a jamais cru que les armes fussent un bon moyen pour la planter au cœur des hommes, aussi ne pense-t-elle pas que les princes et États protestants de l'Empire, qui ont toujours détesté de telles violences et contraintes des consciences, voulussent main­tenant se servir des armes pour l'amplification de leur religion,
nique de Guebwiller, cite d'après les souvenirs de son père à, lui, le commen cément d'une chanson bachique, chantée par les protestants de la Haute-Alsace en l'honneur du Suédois, qui « allait faire boiter la foi des papistes ».> Chron. de Guebwiller, éd. Mossmann, p. 269. 1. Kentzinger, Documents, II, p. 26-27.

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scachans bien que les âmes ne peuvent et ne doivent estre forcées en leur croyance et qu'une année de paix fera plus de religieux que dix ans de guerre et qu'une bonne instruction et les exemples d'une bonne vie et saincte conversation sont plus persuasifs que toutes les violences du monde ». Belles paroles assurément, et qui font naître des regrets d'autant plus vifs que le fils du monarque dont elles émanent signait, cinquante ans plus tard, la révocation de FÉdit de Nantes.
Melchior de l'Isle ajoutait que la paix désirée par son maître pour l'Allemagne, était une paix solide, ferme et équitable, à laquelle le roi de Suède trouverait son compte et les protestants leur sûreté. « Sa Majesté ne prétend chose quelconque en Germanie et n'employé sa royale sollicitude et celle de ses ministres que pour le bien et soulagement des princes et Eslats de l'Empire, qu'elle désireroit voir jouir paisiblement de leurs dignités, privilèges et immunités et délivrés de l'oppression qui les a quasi tout à fait ruinés1. »
Gomme s'il ne pouvait assez prodiguer les démonstrations d'amitié et les conseils de prudence politique, Louis XIII les fit réitérer au Magistrat par un troisième envoyé, M. de La Grange-aux-Ormes, le 5 avril de la même année. Il était chargé de les inviter à faire du roi « un refuge et secours assuré contre toutes les afflictions » et de les engager itérativement « à ne soumettre leurs murailles, leur Etat et l'autorité de la République, directement ou indirectement, à d'autres qu'à eux-mêmes2 ». C'était évidemment la crainte d'une alliance trop intime avec la Suède qui dictait ces paroles.
Pendant toute la première moitié de l'année 1632, les désordres causés par les troupes impériales et leurs alliés lorrains conti­nuèrent en Alsace; vieux soudards ou recrues, ils pillaient par tout le pays, s'attaquant même à la propriété des familles ré­gnantes3, brûlant les villages du Kochersberg, et le commissaire impérial d'Ossa, revenu d'Italie, loin de veiller au maintien de l'ordre, donnait lui-même l'exemple des violences en s'emparant de force de la ville de Wissembourg, dont il enlevait le Magistrat sous prétexte qu'il s'était mis en rapport avec la Suède*. Mais déjà les mercenaires à la solde de Strasbourg osaient quitter les murs de la
1.  Kentzinger, Documents, I, p. 211.
2.   là., Ibld.. II, p. 35-36.
3. C'est ainsi que le 10 juillet 1632, ils pillaient le château princier de Hor-bourg. (Arch. Haute-Alsace, E. 54.)
4.  Les Lorrains, de leur côté, faisaient prisonnier le comte Philippe-Wolf-gangde Hanau-Lichtenberg sur sou propre territoire.

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ville et repousser les bandes incendiaires lorraines qui avaient brûlé Dossenheim et attaquaient Barr, Northeirn, et autres localités du territoire strasbourgèois1. On sentait que la délivrance appro­chait. Au commencement de juin 1032, les Conseils, pleinement convaincus que la puissance impériale n'é,tait plus à craindre, signaient avec l'envoyé de Gustave-Adolphe, Nicodème d'Ahausen, une alliance offensive et défensive2, qui prévoyait l'arrivée pro--chaine de contingents suédois en Alsace. Cette perspective ne pou­vait qu'effrayer, on le comprend, les catholiques du pays ; aussi c'est sur leurs craintes et, par suite, sur leur résignation, sinon sur leur appui, que comptaient Louis XIII et Richelieu, en déci­dant qu'une armée française, la première depuis Henri II, des­cendrait à son tour en Alsace, après avoir occupé le duché de Lor­raine. En envoyant M. de Brézé aux princes catholiques d'Alle­magne, ils le chargeaient de dire, que le roi essayerait de s'y saisir des meilleures places, « pour empescher que le roy de Suède n'oc­cupe le pays et pour y conserver la religion3 ».
Le 12 juillet 1632, Melchior de l'Isle notifiait la venue de ces troupes, destinées à balayer les Impériaux et les Lorrains de la vallée rhénane. Le maréchal d'Effiat, qui les commandait, mourut inopiné­ment à La Petite-Pierre, au moment où elles allaient déboucher des Vosges, et ce fut sous les ordres du comte de La Suze que les pre­miers régiments du roi traversèrent la Basse-Alsace, Wissembourg et Landau pour mettre le siège devant Trêves. Leur conduite fut exemplaire et ils ne causèrent aucun dégât1. Le roi de Suède com­prit qu'il devait se hâter s'il voulait exercer quelque influence dans ces parages, et donna l'ordre à son tour au général Gustave Horn et au rhingrave Othon-Louis d'entrer dans le pays. Ils franchirent le pont du Rhin, en vertu de l'alliance conclue avec Strasbourg, dans les derniers jours d'août, visitèrent1 en amis, vivement acclamés, la ville libre, puis remontèrent, à petites étapes, vers la Haute-Alsace, s'emparant d'Obernai, d'Erstein et d'autres loca­lités moins importantes. Mais ils se virent arrêtés par la ville épis-
1.  'Walter, Chronique, p. 25.
2. Les procès-verbaux du Conseil des XIII ayant disparu pour les séances du 27 février au 3 juillet 1632 (peut-être ne furent-ils pas inscrits au registre par mesure de prudence), on ne connaît pas très exactement les'stipulations secrètes du traité.
3.  Instruction pour M. de Brézé. Ce brouillon publié par l'éditeur des Lettres de Richelieu, (VIII, p. 230) y est rapporté à 1631; il est certainement de 1632.
4.  Walter, Chronique, p. 26.

HISTOIRE DE L'ALSACE AU XVIIe SIECLE '               77
copale de Benfeld, dont l'archiduc Léopold avait fait, après Stras­bourg, la place d'armes la plus moderne et la plus solide du pays. Aussi résista-t-elle du lSseptembre au 8 novembre, malgré la grosse artillerie empruntée par Horn à l'arsenal de Strasbourg, et obtint-elle finalement une capitulation fort honorable. Les Suédois s'y éta­blirent immédiatement et s'y maintinrent jusqu'après la fin de la guerre. Averties par la chute de Benfeld, les autres petites places fortes, plus ou moins délabrées, Marckolsheim, Guémar, Bergheim, Molsheim, ouvrirent leurs portes; Châtenois fut emporté d'assaut et malgré la triste nouvelle de la mort de Gustave-Adolphe à Lutzen, nouvelle qui ne parvint à Strasbourg que le 16 novembre 16321, les Suédois mirent le siège devant Schlestadt quelques jours plus tard. En vain l'un des généraux impériaux, le margrave de Bade, essaya-t-il de débloquer la ville; elle dut se rendre à son tour, le 12 décembre, recevoir garnison suédoise, et rouvrir une église aux protestants2.
A partir de ce moment toute tentative de résistance sérieuse fut abandonnée par la Régence d'Ensisheim, dont les membres se sau­vèrent jusqu'à Faucogney en Franche-Comté; les autorités locales furent abandonnées à elles-mêmes et les petites villes de la Haute-Alsace, Kaysersberg, Ammerschwihr, Turckheim, Munster, Ensis-heim et Rouffach, furent successivement occupées par les partis ennemis3. Il ne restait plus, sur la rive gauche du Rhin, que deux villes importantes entre les mains des Impériaux, Saverne et Col-mar. Cette dernière cité, mal défendue par quelques compagnies de mercenaires et des milices sundgoviennes sous les ordres du colo­nel Vernier, était d'autant moins disposée à tenter une résistance prolongée que les bourgeois, catholiques ou protestants, avaient également à se plaindre du commandant. Des altercations violentes, suivies d'un commencement d'émeute, décidèrent le Magistrat, entièrement catholique alors, à entrer en négociations avec Horn (19-20 décembre); celles-ci aboutirent à une capitulation qui,tout en respectant les libertés de la ville, y imposait la réouverture des lieux de culte protestants'. Belfort capitula le 27 décembre 1632,
1.  Walter, Chronique, p. 27.
2. Histoire manuscrite du Collège des Jésuites de Schlestadt, trad. par l'abbé PantaléoQ Mury, Reçue catholique d'Alsace, 1866, p. 469.
3.  Ensisheim, siège de la Régence autrichienne, fut pris d'assaut et presque entièrement brûlé en décembre 1632.
4.  Voy. Belaegerung und Einnehmung c/er Stadl Colmar, récit contem­porain édité par M. Julien Sée, Colmar, 1877, S". Il se forma bien vite une légende surla'« grande trahison » des Colmariens, dont on retrouve les élé­ments dans la Chronique de Thann du P. Tschamser (II, p. 450).

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Thann le 1er janvier 1633. La conquête de la Haufe-Alsace était ainsi achevée, mais dans ces régions, généralement dévouées aux Habsbourgs et plus dévouées encore à l'Église, l'apparition des escadrons suédois et allemands du rhingrave causa non seulement un vif effroi, mais éveilla de violentes colères, que leur indisci­pline et leurs pillages, fort peu réprimés depuis que Gustave-Adolphe était mort, ne pouvaient qu'accroître1. Dès le premier jour, il y eut là des explosions d'une haine farouche entre vain­queurs et vaincus, qui, bourgeois ou paysans, participaient à la défense du pays5. Ce fut d'ailleurs une grande razzia plutôt qu'une_ campagne méthodique et savante, car dès le mois de février 1633, les troupes impériales venues de Brisach et de Bourgogne, et celles que le duc de Féria amenait d'Italie rentrèrent en Alsace, refoulant devant elles la cavalerie du rhingrave, et réoccupèrent Belfort, Thann, Soullz, Ensisheim et Guebwiller. Mais Féria, s'il réussit à débloquer Brisach, ne parvint pas à se maintenu' dans la Haute-Alsace, qu'il dut quitter après un séjour de quinze jours à peine, pour aller rejoindre Aldringer dans la Forêt-Noire et sur le Haut-Danube3, et les malheureuses localités, à peine délivrées, durent subir de nouveau la loi du vainqueur. A partir de ce moment, ca furent des passages continuels de détachements ennemis ou amis, mais également désastreux pour le pays ; comme le disent naïvement les Annales des Franciscains de Thann, «. tantôt les Impériaux venaient battre les Suédois, et tantôt les Suédois revenaient batti'e les Impériaux; c'était un massacre sempiternel* ». Plus néfastes encore et plus terribles que ces combats entre mercenaires furent les soulèvements désordonnés des paysans du Sundgau, qui taillèrent en pièces des partis suédois isolés et égorgèrent le colo­nel suédois d'Erlach à Ferrette. La répression fut impitoyable, les rebelles furent traqués, cernés, massacrés par centaines, pendus ou brûlés vifs dans leurs maisons, à Blotzheim, àLandser, àDanne-
1. Les pillards se portaient de préférence aux églises, aux couvents, dont ils chassaient les religieux, s'affublant des vêtements sacerdotaux, profanant les vases sacrés, etc. Chronique de Guebwiller, p. â73.
2.  Cette haiae ne se bornait pas aux couches populaires. Le comte de Salm, administrateur de l'Évêchê, adressaitde Saverae, lelor nov. 1633, une lettre violente au Magistrat de Strasbourg, dans laquelle il l'accusait d'être la seule cause de la ruine du pays, où il avait introduit l'ennemi. On y pré»-para d'abord une longue réponse, mais finalement on préféra répondre, par le silence du mépris. Sur le brouillon, il est dit que la missive ne fut pas expédiée. (Arch. de la ville, AA. 1654.)
3.  Voy. F. Weinitz, Der Zuq des Hersogs Bon Feria nach Deutsohland im Jahre 1633. Heidelberg, Win ter, 1882, 8°.
4.  Tschamser, II, p. 453.

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marie et autres lieux1. La froide cruauté, l'âpre soif de vengeance qui se manifestèrent de part et d'autre, ont gravé d'une manière ineffaçable cet épisode lugubre dans les souvenirs des populations de ces contrées2.
L'été de 1633 fut encore marqué par d'autres rencontres., plus importantes au point de vue militaire, parmi lesquelles nous ne mentionnerons que la bataille de Pfaffenhofen, gagnée, non sans peine, par les troupes de l'Union de Heilbronn sur les Impériaux et les Lorrains, le dernier juillet3. Il est absolument inutile, en effet, de s'arrêter à l'énumération des escarmouches et des combats qui se produisirent alors en Alsace, de Niederbronn à Rouffach, expédi­tions de pure rapine bien souvent et qui ne donnent pas, en tout cas, une bien haute opinion des chefs militaires de l'un et de l'autre parti. On se croirait reporté aux petites guerres féodales du moyen âge en suivant sur la carte ces luttes embrouillées où les garnisons des places fortes et des petits corps volants escarmouchaient avec leurs voisins.                                                                  '
Au milieu de ce désordre général on ne pouvait manquer cepen­dant de constater que la Suède et ses alliés d'Allemagne étaient en progrès, et les populations catholiques de l'Alsace, se croyant aban­données par l'empereur, commençaient à regarder au delà des Vosges, soupirant après la protection d'un coreligionnaire, fût-il étranger, car elles avaient bien peur « qu'on ne les fît parler sué­dois4 ». De son côté, les politiques français devaient se dire que le moment de s'affirmer davantage était venu. Peut-être bien la prière que « les Allemands ont fait au Roy de tenir une armée en Alsace, pour les servir, s'ils en ont besoing3 », dont Charnacé devait faire mention chez les princes d'Oulre-Rhin, n'avait-elle pas été for­mulée jusque-là d'une façon bien nette ; mais il est certain que si Louis XIII laissait fouler plus longtemps les populations catho­liques de la province, il courait grand risque de perdre l'appui de l'élément le plus favorable, en somme, à ses projets futurs. Déjà
1.  H. Bardy, Les Suédois dans le Sundgau, Reçue d'Alsace, 1853, p. 17,362; 1854, p. 413. Voy. aussi Archives de la Haute-Alsace, G. 510, des pièces sur les soulèvements de Ferrette, Délie, du Florimont, etc.
2.  Ces mouvements ne se produisirent pas seulement dans le Sundgau; il y en eut dans la vallée de La Bruche, dans le val de Ville, près de Reiohs-hoffen, où beaucoup de paysans furent massacrés.
3.  A.H.-A. C. 495.
4.  Lettre de F. Maire, prévôt de Saint-Dié au secrétaire de la ville de Ribeauvillé. 28 novembre 1632, Archives de la Haute-Alsace, E. 562.
5.  Instruction à M. de Charnacé, 13 janvier 1633.[Lettres de Richelieu, IV, p. 423.)

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plusieurs des membres de la noblesse de la Haute-Alsace, fatigués de voir leurs terres dévastées, se tournaient vers la Suède1. D'autre part, il y avait certainement quelque danger à provoquer la jalousie de l'Union de Heilbronn et surtout celle du grand chancelier Axel Oxenstierna, en paraissant vouloir se substituer à la couronne de Suède dans une province qu'elle regardait un peu comme sienne et dans laquelle elle distribuait déjà des domaines et des localités entiè­res à ses alliés, comme si elle en avait été le possesseur incontesté2. Un événement, assez inattendu, mais, préparé sans doute par des négociations secrètes, permit à Richelieu de faire un pas décisif en avant, dans les premiers jours de l'année 1C34. Jusqu'ici les troupes royales avaient bien traversé le pays, mais elles n'occupaient au­cune position militaire importante en Alsace, puisque les petites villes appartenant au comte de Hanau-Lichtenberg, Ingwiller et Bouxwiller, placées sous la protection de Louis XIII, bien qu'en­tourées de murs, ne pouvaient passer pour de véritables forte­resses. Mais le comte de Salm, administrateur de l'évêché, croyant ne plus pouvoir se maintenir longtemps dans Saverne, et se voyant à la veille de perdre également Haguenau, préféra les remettre entre les mains du roi très chrétien, que de les voir tomber au pouvoir de la Suède. Le 28 janvier, il signait avec M. de la Bloc-querie un accord qui ouvrait les villes de Saverne et de Haguenau et le château du Haut-Barr à des garnisons françaises3. Elles ne les occupaient d'ailleurs qu'à titre de gages provisoires d'un arran­gement futur, et dès le mois de mars, Louis XIII proposait à Fer­dinand la conclusion d'une trêve, avec l'assurance « qu'il ne ferait pas difficulté de rendre quelques-unes des places d'Alsace, bien que telles restitutions ne se façent que par la pais* ». On peut être
1. Nous voyons que par ordre de la Régence autrichienne le procureur fis­cal instruisait alors et un peu plus tard (1633-1635) contre Jean-Christophe et Frédéric de Truchsess-Rheinfeld, Adalbert de Baerenfels, Rodolphe de Rei-nach, Bernard de Kageneck, etc., pour avoir ouvertement pris le parti des Suédois. A.H.A. C. 449.
2.  C'est ainsi que la couronne de Suède donnait à Strasbourg, en avril 1633, les bailliages épiscopaux du Kochersljerg et de la Wantzenau avec Reichs-hoffen, au rhingrave la ville de Molsheini, Erstein, Rouffaoh et Dachstein, au colonel Wetzel de Marsilien la ville de Mutzig, etc.
3.  Walter, Chronique, p. 30. — Lettres de RiclicUeu, VIII, p. 97. L'accord était déjà conclu quand Richelieu écrivait au maréchal de La Force, le 2 février 1634, de se hâter de signer ce transfert « aux conditions qui peuvent donner satisfaction audit comte », car « les Suédois l'investiront pour em-pescher qu'il ne puisse traiter avec Sa Majesté ». Lettres de Richelieu, VIII, p. 266.
4.  Instruction pour M. de Saint-George. Lettres de Richelieu, IV, p. 547.

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assuré que les Suédois, maîtres de Schlestadl et de Benfeld, virent de fort mauvais œil cette apparition subite, et surtout cette instal­lation durable dans leur voisinage immédiat, mais ils avaient besoin de l'alliance de la Franre pour renouveler avec la Pologne la trêve de 1629 qui allait expirer, et leurs armées étaient occupées sur le Danube et en Franconie, à tenir tête aux armées impériales. Ils se virent donc obligés d'assister, sans récriminations ouvertes, aux premiers actes du gouvernement français en Alsace, bien qu'ils missent en question, d'une façon passablement blessante, les déci­sions prises naguère par le chancelier suédois1.
Bientôt, d'ailleurs, ils ne furent plus en mesure d'opposer une volonté propre aux volontés du grand ministre de Louis XIII. La fortune qui leur avait été propice depuis la journée de Breitenfeld, les abandonna subitement dans les plaines de Xoerdlingen (5-G sep­tembre 1634). La nouvelle de l'écrasement des troupes commandées par Gustave Horn et Bernard de Weimar, produisit une émotion profonde en Alsace, et d'autant plus persistante, que quinze jours à peine après leur victoire, les Impériaux rentraient dans la pro­vince et que des milliers de Croates pillards inondaient les cam­pagnes. Les populations rurales éperdues, reprenaient, une fois de plus, leur fuite vers les murs protecteurs des villes, qu'elles encom­braient de malades et d'affamés2. A la cour de Saint-Germain, l'an­nonce de la bataille de Noerdlingen ne causa pas moins d'émoi; sans doute on s'y voyait débarrassé de rivaux dangereux, mais on ne pouvait se dissimuler d'autre part, que tout le poids de la lutte allait retomber, pour un temps, sur la France. Avec sa décision ordinaire, Richelieu fit avancer partout les troupes royales pour couvrir, autant que possible, l'Alsace; le vieux La Force dut se poster en avant de Haguenau ; son fils reçut l'ordre de jeter des renforts dans Saverne ; tous les fonds extraordinaires dont il aurait besoin, devaient être immédiatement fournis au maréchal3. Mais
1.  Dès que la France eut ses troupes à Saverne et à Haguenau, fidèle à sa politique de ménagements pour les catholiques, elle contesta au Magistrat de Strasbourg ses droits sur le bailliage du Kochersberg, donné à la ville par la couronne de Suède. Il y asur ce sujet un volumineux dossier aux Archives municipales (AA. 1871-1372) pour l'année 1634, Strasbourg avait fait placer ses armes dans les différents villages du district; M. de Saint-Simon, gou­verneur de Saverne, les fit surmonter des armes de France. Sur les récla­mations énergiques du Magistrat, M. de Feuquières, ambassadeur de France auprès de l'Union, écrivit de Francfort, le 19 mai 1634, à Saint-Simon de laisser les revenus du bailliage à Strasbourg et d'y rétablir seulement la reli­gion catholique. (Kentzinger, Documents, I, p. 45.)
2.  Walter, Chronique, p. 31-32.
3.  Lettre du 1er octobre 1634, Lettres de Richelieu, IV, p. 619.
R. Hi-:uss, Alsace.                                                                                         6

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tout cela ne pouvait guère empêcher l'invasion de l'Alsace, d'autant plus que, dans les premiers jours de 1635, les Impériaux s'empa-rèrentparsurprise de Philippsbourg, la citadelle spiroise récemment construite, el que l'archevêque de Trêves, Philippe de Soetern, avait ouverte aux Français. C'était pour eux une base d'opérations pré­cieuse, et elle allait jouer dorénavant un rôle signalé dans les guerres du XVIIe siècle.
La défaite de Noerdlingen, avec ses conséquences immédiates ou lointaines, marque le point tournant dans les destinées de l'Alsace. « Videtur laborantis Germaniae spes posthac e Galliapendere, » écri­vait le diplomate hollandais Hugo Grotius, dès le 10-20 sep­tembre 16341. En effet, le grand chancelier Axel Oxenstierna, se rendant compte de la gravité de la situation, ne voyait qu'un moyen de continuer la lutte, celui d'y engager directement la France, en la poussant à rompre avec l'Espagne. Il faisait partir, le 15 septembre, en mission secrète, le vice-chancelier Wurtembergeois, Jacques Loefïïer, pour offrir à Louis XIII toute l'Alsace, sauf Benfeld, ou même avec Benfeld, si l'on ne pouvait maintenir l'alliance française au pris d'un moindre sacrifice2. Avant même que les négociations fussent terminées à Paris, le résultat en était acquis à Louis XIII ; le. rhingrave Othon-Louis, menacé par l'approche des Impériaux, avait supplié le maréchal de La Force de lui venir en aid.e, « ne fût-ce que pour trois ou quatre jours » ; sur son refus, et pour le décider àmar-cher, le résident suédois Moekhel et le rhingrave signaient avec lui une convention militaire qui, sauf Benfeld, abandonnait l'Alsace en­tière à l'occupation française3. Déjà les villes du Palatinat, Kaisers^ lautern, Neustadt, Mannheim, vexées par les troupes suédoises bat­tues et moins disciplinées que jamais, avaient accepté voloBtiers des garnisons françaises, qui y apportaient de l'argent et une meilleure discipline1. Le 10 octobre 1634, les troupes royales entraient à Col-mar, le 14 octobre à Schlestadt ; le22 octobre, on esquissait à Worms le projet de traité entre la France, la Suède et l'Union protestante de Hfiilbronn, dont le § XI assurait à Louis XIII, dès qu'il prendrait ouvertement pari à la lutte, toutes les villes d'Alsace, même Brisach,
1.  Huponis Grotii epistolae guotquot reperiri potuerunt. Amstelodami, 1637, folio. Epistola 354.
2. Nous ue faisons qu'effleurer ici les négociations diplomatiques de Paris et de Francfort, qui préparent de loin celles de Westphalie ; nous y revien­drons plus tard.
3. Cette convention fut signée le 9 octobre 1634; voy. G. Droysen, Bamhard oonWeirnar, Leipzig, 1885, II, p. 40.
4.  Droysen, Dernhard non Weimar, II, p. 38.

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une fois cette forteresse prise, et jusqu'à ce moment, le libre pas­sage sur le pont de Strasbourg. A la paix, il est vrai, toutes les garnisons françaises de la rive gauche, comme celles de la rive droite, devaient être retirées (§ XII)1, mais la paix était encore loin, et d'ici là la politique française gardait une liberté d'action com­plète; au point de vue militaire, elle occupait, pour son entrée en campagne, toute la ligne du Rhin, de Bàle à Mayence, qui ne pou­vait être assaillie, avec quelque chance de succès, que par le sud ou par le nord de l'Alsace. Ce fut contre les vœux de la Suède que ces concessions furent faites à Louis XIII par les princes allemands; Oxenstierna prévoyait fort bien les conséquences de cet acte, mais il n'avait pu l'empêcher2.
Louis XIII et Richelieu n'étaient point pressés d'entrer direc­tement en lutte avec la maison d'Autriche, et préféraient mettre pendant quelque temps encore leur participation très réelle à la guerre sous le couvert de l'Union protestante ; mais ils se sen­taient déjà les maîtres en Alsace et leurs représentants y poussaient les États encore hésitants à réclamer la protection de la France comme la seule efficace, tout en déclarant qu'on ne songeait point à les forcer à la recevoir3. L'Union protestante, de son côté, ou du moins ceux de ses membres qui ne l'avaient point encore quittée4, réunis une seconde fois à Worms, en février 1635, avaient désigné comme généralissime le duc Bernard de Weimar, avec les plus larges pouvoirs. Mais ils ne pouvaient lui donner ce qui leur manquait à eux-mêmes, l'argent nécessaire pour solder une armée, et quand la diplomatie impériale eut réussi à faire signer à l'é­lecteur de Saxe et à ses adhérents le traité de Prague (30 mai 1635), tout appui dans l'Allemagne septentrionale, toute possibilité d'opé­rations militaires sérieuses au nord ou au centre de l'Empire
1.  Le texte de ce traité se trouve dans les Actapublica del.ondorp, tome IV, fol. 444 suiv. Sur les négociations de la Convention de Worms, voy. Droysen, Bernhard eon, Weimar, II, p. 53-66.
2.  II y a aux archives de la ville de Strasbourg (AA. 1053) un rapport fait en 1634 au chancelier par un de ses correspondants de Paris, sur les desseins de la France, et particulièrement sur son désir de s'emparer de l'Alsace et de Strasbourg, qui a été évidemment communiqué au Magistrat par la chancellerie suédoise.
3.  11 y a une lettre de Melohior de Flsle, écrite de Strasbourg au seigneur de Ribeaupierre, le 2 novembre 1634, qui est bien caractéristique à cet égard. [A.H.A. E. 1484.)
4.  Après que Ferdinand et l'électeur de Saxe eurent signé l'accord de Pirna (22 novembre 1634), en vue d'une paix définitive, la désertion se mit parmi les membres de l'Union, et même en Alsace il y eut quelques-velléités, de la part de certaines villes, de s'associer à ces négociations.

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furent perdus pour la cause protestante. Il ne restait donc en_ réalité d'autre ressource à la Confédération désemparée que les secours de la France, d'autre base d'opérations que la vallée rhé­nane. Les Suédois, rejetés vers la Baltique, devaient renoncer pour longtemps à tout espoir de combiner leurs efforts avec ceux de leurs alliés, à tout espoir aussi d'exercer une influence politique dans le sud-ouest de l'Allemagne. En conservant à peu près in­tactes les forces du roi pour ce moment définitif, Richelieu avait pré­paré de loin, mais d'une main sûre,' le dénouement final. L'Alsace: était à lui; quand, en janvier 1635, le duc Henri de Rohan y des­cendit, les Impériaux n'y occupaient plus que Rouffach qui fut promptement enlevé et Riquewihr, qui était incapable d'une résis­tance prolongée. Tout le x*este, sauf Strasbourg, déclarée neutre, et_ Bcnfeld occupé par les Suédois, avait déjà des garnisons françaises1. Bernard de Weimar acculé sur le Rhin par des forces supérieures. et les alliés d'Allemagne dont il tenait son mandat n'étaient don e pas à même de refuser à la longue aucune des conditions que leur imposerait la France ; il ne leur restait d'autre alternative que de. les accepter ou se soumettre à Ferdinand. Et combien terrible, serait en ce cas pour les villes protestantes d'Alsace la vengeance de. l'empereur, exaspéré par la ruine de ses pays héréditaires et par tout ce qui s'y était fait dans les trois dernières années? Richelieu, d'ailleurs, était beaucoup trop habile pour dévoiler dès lors le but. vers lequel il tendait. Comme il ne se souciait pas d'engager toutes, les forces de la France dans une guerre à fond contre les deux 'branches des Habsbourgs à la fois, et comme il tenait à garder au service du roi l'épée d'un prince de l'Empire, du plus connu des géné­raux de l'Allemagne protestante, il était prêt à faire à Bernard les_ ouvertures les plus flatteuses et les promesses les plus tentantes, sauf à décompter plus tard. Quand M. de Feuquières fut chargé, dans les premières semaines de l'année 1635, de gagner le généra­lissime de l'Union, il eut mission de lui offrir un million, au besoin même un million et demi de subsides, et de plus, les revenus des bailliages autrichiens de l'Alsace supérieure et de celui de Ilague-nau3. Mais ce premier projet ne fut pas agréé par le duc, qui ne.
1.  Le traité de Paris, ratifié par l'Union à Worms le 20 mars 1635, cédait Benfeld lui-même à Louis XIII; mais la Suède refusa de le ratifier à sou; tour, et par le traité particulier de Compiègne (18 avril 16|5) le roi consenti!, à le laisser à la Suède.
2. Lettres de Richelieu, V,p. 927, « Le Roy, écrivait Feuquières [Lettres dé Feuquières, 11,443), cousent à ce qu'il jouisse ^.a. landgraviat d'Alsace et du bailliage de Haguenau, ce gui s'entend du reeenu qui pourra appartenir à la

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voulait pas se sentir dans la dépendance absolue de Louis XIII, et ne jouir de ces terres « qu'avec, la despendance et soubz l'authorité de Sa Majesté », d'autant plus que celte jouissance n'aurait été que temporaire, le roi ne s'attribuant ces pays « que comme un despot jusques à la paix et pour les garantir de l'oppression des deux partys ». Il voyait bien, en outre, qu'à ce moment, Richelieu avait un besoin urgent de son concours, non seulement « pour se rafraischir », mais pour « sauver » les places fortes de l'Alsace, Colmar, Schlesladt, etc. \ dont l'importance était capitale à ses yeux, car elles formaient le front d'attaque du côté de Brisach 2, et la ligne
de défense contre une invasion de la Lorraine3.
La situation militaire avait en effet notablement changé par la conclusion du traité de Prague, De tous points les troupes impé­riales, espagnoles et lorraines convergeaient vers le Rhin, car l'armée suédoise était momentanément hors de combat. Il semblait, non sans raison, à la cour de Vienne que l'Alsace et le Palatinat, derniers centres de résistance, une fois conquis, la guerre serait finie. Bernard, déjà rejeté sur la rive gauche du fleuve, s'y mainte­nait à grand'peine et devait se retirer en septembre jusque dans le pays de la Sarre et sur les confins de la Lorraine, demandant, par des messages urgents, le concours, désormais indispensable, de l'armée française. Le cardinal de La Valette étant enfin venu le rejoindre, ils avaient repris l'offensive et poussé une pointe com­mune jusque sur le Mein, mais ils avaient dû finalement battre en retraite, et si celle-ci avait été glorieuse pour certains généraux, elle avait amené la ruine à peu près complète des armées. Acculé derechef sous les murs de Metz, Bernard fut bien obligé d'accepter les conditions formulées dans le traité de Saint-Germain, du 17-27 octobre 1635. En échange de quatre millions de subsides, il s'engageait à entretenir une armée de dix-huit mille hommes au ser-
maison d'Autriche, sans y comprendre les biens d'Eglise. ..voulant aussy que ledit duc y maintienne la religion catholique en toute liberté..., Sa Majesté se réservant aussi les places fortes desdits landgraviat et bailliage. » Voy. aussi le travail de M. J. G. Droysen : In Sachen Hersogs Bernhardt, dans les Forschungen sur deutschen Gesc/ilchte, Gœttingen, 1886,- t. XXVI, p. 357 ss.
1.  Richelieu aux généraux en Alsace, 26 mars 1635. {Lettres de Richelieu, IV,p. 692.)
2. Richelieu à la Force, 18 avril 1635. (Lettres de Richelieu, IV, p. 710).
3. On voit avec quelle sollicitude le ministre s'occupait des détails de la défense du pays par sa lettre à Servien, du 23 avril 1635, dans laquelle il lui réclame « des plans bien faicts des places d'Alsace... par lesquels on puisse juger clairement de la bonté et des travaux d'icelles ». (Lettres du Riche­lieu,, IV, p. 723.)

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vice de la France. En sus de celle somme, « Sa Majesté donne et délaisse audit sieur duc le landgraviat d'Alsace, y compris le bail­liage de Haguenau, pour enjouir soubz le titre de landgrave d'Alsace, avec tous les droitz qui ont appartenu cy-devant à la maison d'Au­triche, et lui promet de lui procurer ailleurs un équivalent, s'il doit abandonner le pays à la paix générale ». Il y a, dans les termes de cet article, une équivoque volontaire sur le terme de « landgraviat d'Alsace », que nous retrouverons encore plus tard. En apparence les termes du traité sont plus larges que ceux du projet de mars 1635, car les réserves en faveur de l'autorité royale et de l'occupation des places fortes ont disparu ; mais comme Louis XIII ne tient plus en ce moment en Alsace que quelques rares forteresses, la chose importe assez peu. C'est un territoire ennemi que le duc devra commencer par conquérir pour en jouir jusqu'à la paix. Quant à la nature de sa possession ou de ses droits, elle reste entièrement dans le vague. Est-ce un territoire qu'on lui promet, sont-ce des revenus seulement? On ne sait, et chacune des parties contractantes se réservait sans doute le droit d'interpréter le document à sa guise, le jour où elle se croirait la plus forte1.
A la fin de 1635, la situation des districts septentrionaux de l'Alsace était des plus lamentables ; les cavaliers de Jean de Werth couraient le pays et faisaient flamber les villages par douzaines 2; les habitants des campagnes mouraient de faim pal* milliers ; les petites places fortes de Molsheim et de Dachstein étaient prises, et Saverne lui-même, ainsi que sa citadelle du Haut-Barr, canonnés à outrance, ouvraient leurs portes au comte de Gallas. Plus au Sud, la situation n'était guère moins compromise. Le duc de Rohan, après avoir guerroyé, non sans succès, dans le Sundgau, venait d'entrer en Suisse pour passer en Valteline ; les petites localités de la Haute-Alsace, défendues par des garnisons françaises ou par leurs seuls habitants, étaient attaquées, l'une après l'autre, par les troupes lorraines. Guebwiller avait été pillé par les Impériaux le 1er juin",
1. En tout cas l'on ne saurait prétendre, comme l'a fait M. Droysen (op. cit., p. 367), que « l'Alsace » a été explicitement donnée par la France à Bernard de Weimar. Si M. Droyseu, dans la biographie de son héros, affirme que celui-ci n'a pas songé un instant à moissonner des lauriers pour la France, qu'il n'a cessé de penser, pendant toutes ces négociations, à la patrie allemande I Bornliard oon Weimar, II, p. 180), nous voulons bien l'en croire; mais il est évident aussi qu'en octobre Richelieu ne pouvait songer à concéder au duc, refoulé hors de l'Alsace, ce qu'il lui avait refusé en mars, alors qu'il tenait encore la rive droite du Rhin.
S. Walter, Chronique, p. 32.
3. Les troupes de la garnison de Brisach venaient sur les terres de l'abbaye

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Riquewihr était pris par le colonel Vernier, quinze jours plus tard, et terriblement pressuré par le vainqueur; Soultz, Turckheim, Rouffach éprouvaient le même sort1. Les troupes royales se sentaient mal à l'aise dans les villes plus particulièrement dévouées à l'Église et, pour ce motif, plus attachées à Ferdinand II. Ce sentiment d'insécurité peut seul expliquer certaines mesures draconiennes, prises à ce moment, et qui ne furent pas de longtemps oubliées. C'est ainsi qu'à Schlestadt, le gouverneur, M. d'IIocquincourt, d'ailleurs très cassant d'allures avec tous les alliés du roi2, ne crut pouvoir se maintenir dans la ville, qu'en expulsant, à l'improviste, et « comme une bande de pourceaux » tous les jeunes bourgeois, mariés ou célibataires, au nombre de plus de quatre cents 3. Les habitants des campagnes pliaient sous le poids des réquisitions et des corvées ; il leur fallut venir travailler aux fortifications des places occupées, et y conduire ce qui leur restait de leurs récoltes, durant toute l'année 1635 4. Si les Impériaux s'approchaient en nombre de Colmar ou de Haguenau, il était fort à craindre que ces forteresses, abandonnées à leurs propres forces, ne pussent résister, et l'on craignait déjà une invasion en Lorraine 5. Fallait-il les abandonner à leur sort? C'eût été le parti le plus facile à prendre, mais, comme le dit un mémoire trouvé parmi les papiers de Richelieu, « honteux et préjudiciable au service du roi ». Les conserver, était « néces­saire, mais très difficile ». Bernard de Weimar était encore au nord, La Force se sentait trop faible pour quitter les Vosges et s'aventurer dans la plaine. Il fallait donc tenter l'affaire avec des troupes nou­velles qui viendraient du côté de la Bourgogne. « L'événement de ce dessein est incertain, disait notre mémoire, mais on n'en sçait pas de meilleur et il est certain que si on ne secourt ces places, elles
de Murbach, charger des centaines de voitures avec des tonneaux de vin, sans les payer, bien entendu. Chronique des Dominicains de Guebwiller, p. 279.
1.  Ensfelder, Le siège de Riquewihr en 1635, Reoued'Alsace, 1877, p. 373 ss.
2.   Voy. la lettre qu'il écrivit au Magistrat de Strasbourg, le 16 octobre 1635. (Kentzinger, Documents, II, p. 48.)
3.  Chronique manuscrite de J. Frey, citée par l'abbé Gény, Jahrhilcher der Jesuiten su Schlettstadt (Strasbourg, Le Roux, 1895), p. 395. A Hague­nau, le gouverneur, M. d'Aiguebonne, avait interné les principaux bourgeois dans sa maison pour les maintenir plus facilement.
4.  Ou peut suivre les réquisitions de Manicamp pour les ouvrages de Col­mar, et ceux de d'Hocquincourt pour Schlestadt, dans les archives de la petite ville de Bergheim. (Inventaire des Archives communales, A.A. 3,4.)
5.  Dès le 3 août 1635, Louis XIII demandait au seigneur de Ribeaupierre son château de Hohnack pour fermer le passase de Lorraine. (Arch. Haute-Alsace, E 1484.)

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sont perdues et qu'ensuite... on apportera aisément la guerre au dedans du royaumeA. »
Richelieu s'efforça de réunir pour cette expédition les fonds néces­saires avec aussi peu de délais que possible, s'empoi'tant contre les intendants des armées qu'il accusait de gaspiller les finances5, puis il ronfla l'exécution de l'entreprise au cardinal de La Valettea. Celui-ci, venant de Lorraine, eut la satisfaction de voir Gallas se retirer devant lui, jusque vers Landau, et put ainsi accomplir heu­reusement la mission de ravitailler les places d'Alsace. En février 1636, il était de retour ; seulement comme on n'avait point suivi les ordres de Richelieu, enjoignant d'amasser de grandes quantités de vivres à Bâle, ce ravitaillement fut insuffisant et le grand ministre prévoyait dès lors qu'on serait « en la mesme peine, devant qu'il soit trois mois * ». Ce fut un moment très critique pour la politique française ; Strasbourg lui-même avait eu, dès l'année précédente, des velléités d'accommodement avec l'empereur, assez faciles à comprendre. Ecrasée par les frais d'une garnison nombreuse, par l'absence de tout commerce, par l'obligation de nourrir une foule de malheureux réfugiés dans ses murs, la République était entrée en correspondance avec Gallas, et celui-ci s'était empressé de faire au Magistrat les promesses les plus séduisantes s'il rentrait dans le devoir. En juillet 1635, les pourparlers avaient semblé devoir abou­tir, mais l'insistance de Ferdinand à réclamer la restitution des biens ecclésiastiques 5, et la promesse formelle de Louis XIII de ne pas les abandonner, s'ils restaient fidèles à l'alliance de Francfort, apportée par un envoyé spécial, le vicomte de Roussillon, finirent par rompre les projets de réconciliation assez avancés déjà.
Au mois de juin 1636, la situation changea légèrement; lecardinal de La Valette était venu ravitailler une seconde fois les forteresses alsaciennes et débloquer Haguenau", tandis que Bernard de Weimar mettait le siège devant Saverne, qui dut capituler le 14 juillet7, après
1.  Lettres de Richelieu, VII, p. 738-740.
2.  Lettre à Servien, 19 nov. 1635; lettre à l'intendant de Gobelin, 21 nov. 1635. (Lettres de Richelieu, V, p. 953-954.)
3.  Lettre du 1" janvier 1636. [Lettres, V, p. 961.)
4.  Lettre du 7 février 1636. [Lettres, V, p. 965.)
5.  Certains princes protestants d'Allemagne conseillaient de céder sur ce point aussi. Il y a un mémoire des conseillers du landgrave Georges de Hesse, adressé au Magistrat, daté du 13 oct. 1635, qui l'engage vivement â cette res­titution. (Aroh. Basse-Alsace, G. 177.)
6.  Richelieu s'était occupé de cette nouvelle expédition, dès le commence­ment de l'année. Voy. ses lettres du 12 février, 19 mars, etc. {Lettres, V, p. 966,968.)
7.  « Immortalem laudem sunt consecuti, » disait le capucin irlandais,

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une défense acharnée, que le commandant suédois de Benfeld pre­nait Obernai d'assaut (4 juillet) et que le comte de La Suze s'empa-rail de Belfort. Les trois chefs d'armée, Gallas, le duc et le cardinal, quittant alors simultanément l'Alsace, où les villes, réputées jadis imprenables, changeaient si rapidement de maîtres1, le pays eut un instant de répit, et les malheureux agriculteurs purent, pour autant qu'ils survivaient à de si dures épreuves, ensemencer enfin leurs champs et procéder plus lard à la récolte sous la protection des pos­tes français stationnés dans les localités les plus importantes 2.
Les Impériaux une fois expulsés de l'Alsace, qui allait y avoir la haute main? Bernard de Weimar réclamait l'exécution, au moins partielle, du traité de Saint-Germain, resté lettre morte jusque-là 3. Il y eut dans les sphères dirigeantes des hésitations faciles à com­prendre. Le 20 juillet 1636, Richelieu avait écrit à La Valette, que le roi trouvait bon que Saverne fût remis entre les mains du duc i ; mais déjà trois jours plus tard il exprimait des regrets au sujet de celte décision, et disait au cardinal dans un billet du 23 juillet: « On voudrait mettre Saverne aux mains de Weimar, mais on craint le bruit que feroient les catholiques; on lui consignera quelque au­tre place en Alsace 5. » A ce moment, la question n'était d'ailleurs pas brûlante, puisque le sort final de la province ne semblait pas arrêté, même dans l'esprit du puissant directeur de la politique française6. Des occupations plus urgentes réclamaient aussi l'atten­tion du général en chef, car après un répit de quelques mois, durant
Thomas Carve, dans son Itinerarium (p. 177), et Richelieu écrivait au roi, le 10 juillet 1636 : « Nous voyons Saverne pris; celui qui est dedans, a faict le diable. » (Lettres, V, p. 506.)
1.  «C'était une misérable époque, dit la Chronique de Gaebwiller (p. 276); tantôt les Français et les Suédois étaient les maîtres, tantôt les Impériaux. Personne ne savait plus au juste de qui il était le sujet. »
2.  Le Magistrat de Strasbourg avait pris l'initiative de cette mesure ap­puyée par Richelieu auprès du roi, afin qu'une partie des céréales récoltées pussent servir à l'approvisionnement des garnisons rovales. (Lettres, V, p. 484.)
3.  Bernard avait été à Paris, en mars et avril 1636, très bien traité, mais sans obtenir grand'chose au point de vue pratique. Il ne se faisait pas abso­lument illusion sur ce que le don apparent de l'Alsace avait de .précaire, puisque son conseiller, M. de Ponikau, disait peu après à Grotijis, que le duc ne l'avait accepté que pour être d'autant mieux dédommagé lors de la. paix générale. (Droysen. II. p. 202.)
4.  Lettres, V, p. 980.
5.  Ibidem.
6. Encore le8 octobre 1636, Richelieu écrivait au maréchal d'Estrées, am­bassadeur à Rome: «Pour ce qui est de l'Alsace... S. M. ne fera aucune difficulté de remettre toutes les places à ceux auxquels elles appartiennent, le : mesme lui estant faict.....» {Lettres, V, p. 612.)                           :

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lesquels Gallas se tint en Bourgogne et en Franche-Comté, l